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29 août 2011

A l’ombre du pain de sucre vaudois

Des Avants aux... Avants, en passant par le col de Jaman et au pied de la dent du même nom. Une magnifique boucle dans les alpages à la portée de pratiquement tous les randonneurs.

André Dénéréaz, agriculteur
André Dénéréaz, agriculteur, débarrasse l’alpage des chardons.

«Pluie du matin n’arrête pas le pèlerin!» Ce proverbe, que me répétait mon père, s’avère parfaitement approprié à la météo de ce jour-là. En effet, après un démarrage chagrin sous le crachin, nous avons pu remiser nos imperméables pour tout le reste de la balade.

Mais revenons à notre excursion. Déjà, rallier son point de départ par le rail nous fait remonter le temps: Eurocity ultramoderne jusqu’à Montreux, puis wagons dorés du GoldenPass Panoramic jusqu’aux Avants (si l’on vient en voiture, c’est ici qu’il faut parquer) et enfin funiculaire centenaire jusqu’à Sonloup (1149 m).

Un panneau, sur lequel est écrit le plus sérieusement du monde «Emplacement des autres indicateurs », est planté à côté du terminus. On obtempère avec le sourire. Plus loin, la signalétique se fait plus précise: «Col de Jaman – 2 h 15». Il faut arpenter une route goudronnée qui monte, qui monte…

Des deux chemins, prendre celui de droite

Un pudique voile de brume cache encore à nos yeux les contours de la Dent-de- Jaman qu’un internaute compare avec humour ou audace au fameux Pain de Sucre de Rio de Janeiro. Le fond de l’air est frais et l’on entend tinter les cloches d’un troupeau éparpillé sur l’alpe.

Quelques hectomètres plus haut, dilemme: deux flèches couleur pissenlit indiquent des chemins différents, mais sans spécifier où ils vont… Que faire? Eh bien, prendre à droite le sentier bucolique qui passe sous le chalet de la Planiaz (1425 m). Fini le bitume, du moins pour un bon bout de temps.

Un chemin forestier ouvre une tranchée dans un magnifique sous-bois. On y rencontre notre premier promeneur. Il est accompagné de deux chiens noirs comme la suie, deux jeunes labradors baptisés Kim et Indy. Lui, il s’appelle Paul Gian et réside aux Avants. «Je viens de l’Engadine, une magnifique région mais mal habitée à la belle saison. Ici aussi, c’est joli et surtout c’est plus tranquille.»

La vache heureuse.
La vache heureuse.

Un chemin zigzaguant à plat dans le sous-bois

On quitte ce représentant en barbecue pour s’enfoncer encore un peu plus dans une nature préservée et luxuriante. Le sentier zigzague pratiquement à plat entre sapins, fougères, feuillus et petits rus. On s’arrête un instant pour déguster quelques fraises des bois mûres à point. Les marguerites et gentianes piquent déjà du nez, signe que l’été touche à sa fin. A deux kilomètres de notre destination, revoilà la route que l’on quitte peu après en prenant à gauche un «chemin de montagne» (panneau rouge et blanc) qui grimpe dans la forêt. Puis, retour sur l’asphalte. Nous voilà arrivés au col de Jaman, à 1512 mètres d’altitude, entre la dent du même nom et la Cape-au-Moine. Panorama décoiffant sur le bleu Léman.

Aujourd’hui, ce col – véritable trait d’union entre la Gruyère et le Pays de Vaud – n’est plus emprunté que par quelques randonneurs et moult oiseaux migrateurs. Mais dans le passé, il a vu défiler des pèlerins, des caravanes de mulets qui transportaient des meules de fromage ainsi que les facteurs de Château-d’Œx et de Vevey qui s’échangeaient, paraît-il, leurs sacoches à son sommet.

Une fromagerie et une porcherie

Comme il y a un vent à décorner les boeufs, on se réfugie dans le restaurant Le Manoïre pour reprendre calories (les röstis sont délicieux!) et forces afin de pouvoir rallier Les Cases. Entretemps, la «tempête» s’est heureusement calmée. On commence à perdre de l’altitude juste après être passés entre deux bâtisses élégamment coiffées de tavillons – une fromagerie et une porcherie où les cochons boivent du petit- lait en attendant de passer à la casserole. La route en cailloux trace des lacets dans un vallon verdoyant et silencieux. Des paysans ont parqué leur 4x4 sur le bas-côté. Dans leur remorque, une moisson de chardons. En bons jardiniers du paysage, ces agriculteurs du cru désherbent l’alpage. «On enlève les chardons, parce que si on ne le fait pas, les ronces viendront par la suite coloniser cet endroit, puis ce sera au tour de la forêt… C’est le cycle de la nature», explique André Dénéréaz avec son accent 100% vaudois.

La descente en pente douce se termine à la halte des Cases. Mauvais créneau horaire: le prochain train ne passe que dans une heure et demie! On décide de prolonger la balade jusqu’aux Allières, hameau se situant à une vingtaine de minutes de là et qui marque le début de la vallée de l’Intyamon. Celui-ci a l’avantage d’abriter, outre une minuscule gare, le Restaurant de la Croix-de-Fer avec sa jolie terrasse et ses joyeux armaillis.

L’heure tourne. Il est temps de prendre congé, car le MOB – le Montreux-Oberland-Bernois – n’attend pas.

Photographe: Pierre-Yves Massot /Arkive