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1 février 2016

A la découverte des secrets d’Estavayer-le-Lac

De ruelles pavées en passages étroits, un rallye ludique permet aux petits d’observer des détails historiques étonnants. Et aux grands d’éviter les sempiternels «On est bientôt arrivés?»

Le château de Chenaux
Le château de Chenaux, le seul des trois châteaux d’Estavayer à avoir été bien entretenu.

Il règne un froid polaire à Estavayer-le-Lac (FR) le jour de notre balade. Mais qu’importe, la curiosité nous pousse à avancer d’un bon pas aux côtés de notre guide Anne-Marie Caboussat. Plan à la main, nous sommes à la recherche des dix détails architecturaux et historiques présentés sur les photos. La balade s’intitule «Rallye à travers la ville» et permet même aux moins sportifs d’arpenter les rues sans s’en rendre compte.

L’œil aux aguets, nous voici arrivés devant la collégiale Saint-Laurent, construite sur les fondations d’une église romane. De style gothique bourguignon, sa porte principale se situe sur le côté et la tour a été construite au milieu du bâtiment. «C’est la tour la plus haute d’Estavayer, elle fait 50 mètres, explique notre guide.

Un sonneur de cloches y a vécu jusqu’en 1939. Il disposait d’une petite chambre tout en haut, sans eau ni toilettes,

et il devait monter les bûches qui lui servaient à se chauffer. Sa fille l’a remplacé jusqu’en 1945, date qui fut marquée par l’électrification de l’horloge et de la sonnerie du clocher.»

Annonciation miraculeuse

L’entrée de la collégiale Saint-Laurent
L’entrée de la collégiale Saint-Laurent

Entrons dans l’église pour découvrir une merveille: lors d’une rénovation dans les années 1980, les architectes remarquèrent que certains murs rendaient un son creux. Sous une couche de plâtre et de paille se dissimulait une magnifique Annonciation de molasse peinte, datant de 1410. Cette dernière a été rénovée et offre désormais aux regards ses délicats détails. Anne-Marie Caboussat attire également notre attention sur les stalles dentelées, ainsi que sur la grille majestueuse qui permettait de séparer le clergé des fidèles.

Façonnée par un artisan lausannois en 1506, elle empêchait les vols. Et comme l’artisan était payé au poids de métal utilisé, il y a mis la matière!»

Portrait d'Anne-Marie Caboussat
Notre guide, Anne-Marie Caboussat

On remonte la Grand-Rue. A gauche, le «banc des menteurs». A l’époque, les hommes s’y asseyaient pour discuter, pendant que les femmes allaient à la messe… Plus loin à droite, la magnifique maison qui abrite le pub du Cerf. Les lettres IHS sur la façade indiquent que des chanoines y habitaient. «Estavayer a très peu changé depuis le Moyen Age et de nombreuses maisons datent encore des XIVe et XVe siècles», remarque notre guide.

Place de jeu devant le château
Même les places de jeux de la cité peuvent abriter certains indices.

Au bout de la rue se dresse le couvent des dominicaines. Juste sur notre gauche, un détail se rapporte à l’un de nos indices: le fronton sculpté indique que, là aussi, ont logé un jour des chanoines. Et la petite Vierge, au coin du monastère? Hé non, elle ne fait pas partie des photos présentées! Estavayer est si riche en détails qu’il aurait fallu imaginer un rallye de plusieurs jours pour pouvoir tous les inclure…

On redescend de quelques pas pour prendre la rue du Musée. Pavés et trottoirs étroits et inégaux font partie du charme médiéval de la cité, mais gare aux faux pas! Juste à côté du célèbre Musée des grenouilles, l’une des plus anciennes maisons de la cité, datant d’environ 1400.

Une meule à noix
Une meule à noix

Et là, caché dans la ruelle de la Fausse-Porte, un autre indice: une meule à noix activée par la force hydraulique, qui a fonctionné jusqu’en 1957. Un saut sur la place de jeux pour admirer une vieille presse pour le raisin, puis on s’aventure dans la Rite à Pajot, un passage si étroit qu’on y avance en file indienne. Petit écart sur la droite pour observer une curiosité: un rebord de fenêtre, façonné dans de la pierre de la Molière, cache une dent de requin, vestige d’un des innombrables fossiles retrouvés dans les carrières de grès coquillier.

Un château de briques rouges

La porte du Camus
La porte du Camus

On prend ensuite la rue de la Batiaz. A gauche, une ferme construite sur de la molasse. «Vous voyez ces fentes, dans la pierre? Les habitants de l’époque y aiguisaient leurs outils», indique Anne-Marie Caboussat. On remonte ensuite en direction de la porte du Camus, avant de rejoindre le château de Chenaux.

Les seigneurs d’Estavayer étaient séparés en trois branches, et chacune s’était construit un château,

L’une des entrées du château de Chenaux.
L’une des entrées du château de Chenaux.

explique notre guide. Le château de Motte-Châtel a disparu et une école a été construite sur le site du château de Savoie, il ne reste qu’une tour dans le jardin des dominicaines, et le château de Chenaux est le seul à avoir été bien entretenu. Il accueille désormais la préfecture et différents bureaux.» Le monument arbore encore, à droite, une petite tour d’origine et comporte de nombreux éléments en briques rouges. «Les carronniers venus du nord de l’Italie l’ont construit selon la mode de leur région.»

Le tilleul de la place de Moudon
Le tilleul de la place de Moudon

On passe à côté du donjon –«Il abrite encore trois cachots en bois du XVIe siècle, entièrement démontables» – puis on descend la rue du Château pour prendre l’impasse de Motte-Châtel, admirant au passage de grimaçantes gargouilles de dragon. A droite, la maison des Sires, entièrement restaurée, appartient désormais à des particuliers. Quant à la place de Moudon, elle abrite un tilleul d’environ cinq cents ans et présente une vue magnifique sur le lac et le château.

Sinistre tourelle

On quitte la place pour descendre, à droite, les 105 marches des Egralets («escaliers» en patois) et atteindre l’ancien quartier des pêcheurs. «Jusque vers 1870, il y avait de terribles inondations dans la région des trois lacs.

Suite à la correction des eaux du Jura, le niveau du lac de Neuchâtel a été abaissé d’environ 2,70 m et le lac s’est retiré de près de 500 mètres.»

De jolies maisonnettes s’enchaînent le long de la rue, nous dévoilant ici et là quelques précieux indices.

On part, à gauche, en direction de la porte de la Thiolleyres, pour aller voir la tour de la trahison. «Attaqués en 1475 par des assaillants bernois et fribourgeois lors des guerres de Bourgogne,

les défenseurs prirent peur devant le nombre d’ennemis et voulurent fuir en jetant des cordes depuis la tour.

Ils furent tués au bas de la falaise et les assaillants profitèrent des cordes pour entrer dans la ville.»

Notre balade touche à sa fin. On remonte la rue du Port, «construite à la fin du XIXe-début du XXe siècle par des forçats, boulet au pied, dans des conditions épouvantables», pour s’arrêter devant un joli puits, vestige de l’époque où la rue des Moulins portait bien son nom. On tourne finalement à gauche, pour passer devant l’Hôtel de Ville et son mémorial. Et ensuite? Tournée générale de boissons bien chaudes!

Texte: © Migros Magazine | Véronique Kipfer

Auteur: Véronique Kipfer

Photographe: Laurent de Senarclens