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1 juillet 2013

A la découverte des fermes bio du Jura

Des agriculteurs du Jura, labellisés bourgeon, ont tricoté un réseau de chemins reliant leurs exploitations. Une invitation originale à l’adresse des citadins.

Vanessa et Benedikt Bebler
Sur leur exploitation, Vanessa et Benedikt transforment le lait de leurs brebis en 
fromage.

Prenant à rebrousse-poil le fameux dicton «Chacun chez soi et les vaches seront bien gardées», les paysans bio du Jura, du moins une trentaine d’entre eux (ils sont cent vingt en tout), ont décidé d’ouvrir grand leurs portes aux curieux de nature afin de leur montrer les coulisses de leurs domaines, de les sensibiliser à leurs activités et de leur faire découvrir leur région ainsi que leurs produits.

Pour cela, ils ont mis sur pied «les chemins du bio», soit un réseau de parcours de ferme en ferme axé sur la mobilité douce (marche, bientôt vélo et à terme aussi trottinette, raquette, ski de fond, ânes et chevaux). «Ce sont des forfaits de randonnées de deux jours ou plus qui comprennent visites d’exploitations, hébergements et repas», résume Jean-Claude Cattin, le coordinateur de ce projet soutenu financièrement par le canton du Jura et la Confédération.

L’itinéraire choisi passe par les régions de l’Allaine, du Mont-Terri etde la Haute-Ajoie.
L’itinéraire choisi passe par les
régions de l’Allaine, du Mont-Terri et de la Haute-Ajoie.

Histoire de se faire une idée plus précise de ce concept original d’agritourisme vert, nous avons donc arpenté – en sa compagnie et celle de Bernard Froidevaux, le président de l’association «les chemins du bio» – quelques portions de l’un des circuits proposés et rencontré aussi à cette occasion quelques agriculteurs concernés (lire encadrés). C’était en terre ajoulote, sous un ciel plombé.

Baptisé poétiquement «Chemin des étoiles», l’itinéraire choisi, qui s’étale en réalité sur trois jours, entraîne le marcheur dans les contrées un peu méconnues de l’Allaine, de la Haute-Ajoie et du Mont-Terri avec villages agricoles, forêts, plaines céréalières, vallons oubliés, pâturages boisés et crêtes tourmentées. Convaincant, ce test d’une journée, agrémenté de trois étapes fermières, nous a mis tout bonnement la damassine à la bouche!

Les randonneurs, eux, se font pour l’heure un peu prier. «Nous avons ouvert les premiers chemins l’an passé (ndlr: l’offre, qui comprend aujourd’hui une demi-douzaine de parcours, devrait tripler d’ici à 2016) et nous souffrons encore d’un déficit de communication», relève Jean-Claude Cattin. Mais cela n’inquiète guère Bernard Froidevaux: «De toute façon, quoi qu’il advienne de ce projet, il en restera quelque chose, notamment en termes d’infrastructures d’accueil.» Aux citadins maintenant de faire le pas…

La «Bergerie des Etoiles», Vanessa et Benedikt Bebler, Courgenay

Ne dites pas à Benedikt Bebler qu’il n’y a pas plus con qu’un mouton, car il risquerait bien de sortir son tromblon! Très attaché aux ovins depuis qu’il a effectué sa formation en biodynamie dans le Sud de la France, ce jeune agriculteur et son épouse Vanessa possèdent un troupeau de vingt brebis. «On transforme leur lait en fromage – des pâtes mi-dures et du bleu –, yaourts et petits frais.» Benedikt a aussi hérité d’une bonne vingtaine de vaches laitières de ses parents qui sont depuis trois ans maintenant ses employés. «Le lait de vache, on le vend. Et on fait un peu de maraîchage aussi.» C’est l’heure de la traite des brebis. En musique, s’il vous plaît, et avec l’aide d’une Québécoise venue soulager Vanessa qui est enceinte de huit mois.

Les Bebler ont rejoint l’aventure «les chemins du bio» plus par conviction que par intérêt économique. «Notre fromage, on l’écoule sans problème.» Ils se contentent donc d’organiser une visite de leur ferme et une dégustation de leurs produits. «C’est une bonne chose de faire venir des gens de la ville chez nous, de leur expliquer notre philosophie, de montrer notre fabrication… Bref, de partager!»

Ferme «Le Pécal», Sylviane et Claude Cattin, Cornol

La famille Cattin prévoit de créer bientôt des chambres d’hôte dans leur ferme.
La famille Cattin prévoit de créer bientôt des chambres d’hôte dans leur ferme.

Sylviane et Claude Cattin nous entraînent dans l’écurie où s’ébattent une bonne quarantaine de vaches laitières. «Depuis notre reconversion dans l’agriculture biologique, nos bêtes sont moins malades et vivent plus longtemps.» Le vétérinaire, ils ne l’appellent que très rarement. Les antibiotiques, ils n’en donnent qu’exceptionnellement. «Nous préférons recourir aux médecines alternatives.»

Les Cattin aiment échanger. D’où leur enthousiasme pour «les chemins du bio». «Ce concept a un énorme potentiel parce que la population aujourd’hui recherche le contact avec les gens de la terre. Et puis, ça fait du bien de voir des personnes qui apprécient notre travail et nos produits.»

Actuellement, Sylviane et Claude proposent visite du domaine et casse-croûte de midi. Mais ils ont le projet de créer des chambres d’hôte. «Ça va se faire!» Le tiers environ du coût de ces travaux sera à leur charge. Pour le reste, ils bénéficieront des subventions octroyées dans le cadre du projet «les chemins du bio». Une diversification bienvenue puisqu’elle pourrait permettre à terme de faire vivre deux familles sur l’exploitation, la leur et celle du fils (ils ont trois enfants) qui travaille avec eux.

Auteur: Alain Portner