Archives
18 août 2016

A la poursuite du rêve hollywoodien

A l’instar de Lauriane Gilliéron et de Carlos Leal, certains comédiens romands n’hésitent pas à quitter leur Suisse natale pourtenter leur chance à Los Angeles, comme bien d’autres avant eux depuis le début du XXe siècle.

Maya Stojan
Maya Stojan, de Genève, s'est installée à Los Angeles il y a sept ans.

D’ici à la fin de l’année, la comédienne valaisanne Elodie Cinquanta devrait s’envoler pour les Etats-Unis. Destination finale: Hollywood . «J’en rêve depuis que je suis toute petite…» Et elle n’est pas la seule! Tout autour de la planète, au cours de ces cent dernières années, des générations entières d’acteurs en herbe, de réalisateurs en devenir, ou de scénaristes débutants, ont pris le chemin de Los Angeles dans l’espoir d’y faire carrière. Avec plus ou moins de succès, certes, mais toujours la même ferveur.

«Depuis très longtemps, l’Europe lorgne du côté du Nouveau Monde, souligne Olivier Moeschler, sociologue de la culture et chercheur associé à l’Université de Lausanne.

C’est un pays d’immigration, où chacun peut espérer trouver une vie meilleure.

En fait, le rêve américain et le mythe hollywoodien sont étroitement liés: tous deux évoquent un environnement propice à l’autoréalisation, c’est toute la mythologie du self-made man.»

Le cinéma américain comme référence

Et de revenir sur l’histoire des célèbres studios de la côte Ouest: «A l’issue de la première guerre mondiale, le cinéma européen était en miettes. Hollywood a donc naturellement pris une place plus importante, pour s’imposer progressivement comme un pôle dominant de production, notamment avec l’avènement du cinéma parlant dans les années 30. Il est depuis devenu une référence, et le reste encore aujourd’hui, même s’il a perdu de son faste de la belle époque.»

Travailler dans le saint des saints, voilà donc ce qui attire les foules. Avec l’espoir, peut-être, d’ajouter un jour sa propre étoile sur la célébrissime Walk of Fame . «Bien sûr, le désir de notoriété joue un rôle important dans la décision de tenter sa chance à Los Angeles, confirme Olivier Moeschler. Et dans l’esprit de nombreux jeunes artistes, réussir à Hollywood permet d’atteindre trois objectifs normalement peu conciliables dans ce milieu: être connu du grand public, être reconnu dans la profession… et gagner de l’argent.»

Reste qu’entre le nombre d’appelés et d’élus, le déséquilibre est extrême. Et la désillusion bien souvent amère. «Mais plus impossible est le rêve, plus on a envie de l’atteindre, poursuit le sociologue. C’est bien souvent le caractère un peu fou d’un projet qui pousse les artistes en herbe à se lancer.»

Par ailleurs, Olivier Moeschler en est persuadé: il n’est pas indispensable d’être connu à Hollywood pour y faire son trou. «On peut tout à fait y travailler, y développer ses projets, exercer son métier sans forcément atteindre la gloire. Mais encore faut-il être prêt à revoir un peu son rêve, à le faire évoluer.»

Maya Stojan

De Genève, à Los Angeles depuis sept ans

«Même si j’en avais toujours rêvé, je n’imaginais pas qu’un jour je me retrouverais à Hollywood!» Installée à Los Angeles depuis sept ans, la comédienne genevoise Maya Stojan s’est bel et bien trouvé une place de choix dans la cité des anges. A son actif notamment, des apparitions dans Grey’s Anatomy et NCIS, et, cerise sur le gâteau, un rôle récurrent dans la série Castle.

Je n’étais censée jouer que dans un épisode, j’ai eu de la chance que les producteurs m’apprécient et veuillent me garder: cela n’arrive que très rarement.»

De père tchèque et de mère sri-lankaise, la jeune femme s’est envolée pour les USA à l’âge de 18 ans. Première étape, le Connecticut, pour y suivre des cours d’art dramatique, une passion qu’elle a vu naître à l’adolescence. «La première fois que je me suis retrouvée sur scène, au cycle d’orientation à Versoix, je jouais le rôle d’un oiseau. J’étais assez timide à l’époque, mais j’ai eu ce jour-là une sorte de déclic: j’ai su que j’avais envie d’être vue et entendue.» Avec l’anglais comme langue maternelle, le choix des Etats-Unis s’est rapidement imposé: «Ce pays, ainsi que la Grande-Bretagne, me paraissaient plus prometteurs que la Suisse, où les possibilités sont limitées.» Une fois sa formation terminée, elle décide donc de tenter sa chance à Los Angeles.

Si elle estime n’avoir jamais vraiment galéré pour décrocher des rôles, elle reconnaît avoir travaillé dur pour se créer des contacts et dégoter des auditions. «J’ai commencé par participer à de petits films d’étudiants, puis de fil en aiguille, j’ai réussi à me constituer un CV. Quant je vois certains de mes amis acteurs, qui sont à Hollywood depuis dix ou quinze ans et peinent à trouver ne serait-ce qu’un petit rôle à la télévision, je réalise que pour moi, les choses se sont passées vite.»

Luca Nicora

Luca Nicora

De Lausanne, à Los Angeles depuis deux ans

Son aventure hollywoodienne, voilà deux ans que le comédien vaudois Luca Nicora l’a entamée. «Ma carrière est toujours en développement, reconnaît-il. J’élargis mon réseau professionnel et participe à de nombreux castings. J’ai notamment prêté ma voix à plusieurs publicités, j’ai joué dans une vidéo promotionnelle pour le film «Zoolander 2», et même fait une apparition dans la série «Orange is the new black». Pour l’instant, mes activités de comédien ne me permettent de gagner ma vie, du coup j’exerce toute sorte de petits jobs à côté.»

Pas de quoi le décourager pour autant! Les héros de son enfance? Eddie Murphy, Robin Williams et Jim Carrey. «En regardant les bonus d’un DVD, je me suis rendu compte que les acteurs avaient l’air de bien s’amuser durant le tournage. Je me suis dit que ça me plairait bien, comme job!»

A l’âge de 7 ans, il commence donc le théâtre, une activité qu’il poursuivra tout au long de sa scolarité. «Mon objectif a toujours été de partir pour les USA.

Même si on dit beaucoup de mal des grosses productions américaines, j’apprécie le côté universel du cinéma hollywoodien.»

Son certificat d’anglais en poche, il s’envole donc pour l’Académie d’Art dramatique de New York, où il décroche son diplôme en 2012. «J’ai ensuite eu l’occasion de jouer dans plusieurs théâtres importants de la ville. Mais au bout d’un moment, j’en avais marre des loyers très élevés, du froid et des métros bondés. Quand j’ai visité Los Angeles, j’ai tout de suite apprécié le côté cool des gens, le soleil, la plage, et j’ai décidé de m’établir là-bas.»

Aucun regret de s’être exilé aux Etats-Unis? «Non! Ce choix fait désormais partie de ma vie. En arrivant à Hollywood, j’ai vécu quelques mois frustrants, et j’ai remis en question ma volonté de persister dans ce milieu. Mais maintenant cela va mieux. Je me sens fier de moi, un sentiment que l’on ne cultive pas assez en Suisse. Je ne peux pas encore dire que j’ai accompli mon rêve, mais je ne le perçois plus aujourd’hui comme un but en soi. Je le vois davantage comme une énergie, celle qui me pousse à avancer.»

Elodie Cinquanta

Elodie Cinquanta

D’Orsières (VS), à Los Angeles dès 2017

«Quand j’étais petite, je voulais être dessinatrice. Par ce biais-là, j’ai découvert Walt Disney, puis Steven Spielberg, et de fil en aiguille, je me suis intéressée au cinéma, au métier d’acteur.» Adolescente, Elodie Cinquanta s’inscrit à des cours au Théâtre Alambic à Martigny: «Mais je n’ai jamais suivi de formation professionnelle. J’ai appris sur le tas, en commençant par faire de la figuration.» Aujourd’hui, la comédienne valaisanne fait valoir à son actif plusieurs projets en collaboration avec des amis réalisateurs, et surtout, une participation à la websérie romande Ladies Happy Hour. Sur le conseil de ses parents, elle a également suivi en parallèle un apprentissage de dessinatrice en bâtiment, qui lui permet de gagner sa vie.

Mais pour la jeune femme, pas de doute: sa carrière devra passer par les USA. «Même avant d’y mettre les pieds, j’étais fascinée par ce pays, sans trop savoir pourquoi. Quand j’y suis allée pour la première fois à 14 ans, j’ai adoré!» Depuis 2014, elle se démène donc pour obtenir son visa d’artiste, rassemble des lettres de recommandations, multiplie les projets qui lui permettront de décrocher le Graal.

J’ai même dû engager un avocat aux Etats-Unis pour m’aider dans mes démarches. Et je peux compter sur le soutien d’un cousin éloigné, qui travaille déjà dans le milieu à Los Angeles et qui sera mon sponsor.»

Son rêve est donc en passe de devenir réalité. Malgré tout, elle garde les pieds sur terre. «C’est mon côté suisse! Je suis tout à fait consciente que je rentrerai peut-être bredouille au bout de trois ans (ndlr: la durée de validité de son visa). Heureusement, je peux pratiquer mon emploi de dessinatrice en bâtiment à distance: ça m’aidera à arrondir mes fins de mois. Et puis, ce qui me motive, ce n’est pas de devenir célèbre. J’ai juste envie de vivre un temps l’expérience hollywoodienne. Je ne sais pas où cela va me mener, mais je suis convaincue que je dois aller au bout de mon rêve...»

Texte: © Migros Magazine | Tania Araman

Auteur: Tania Araman

Photographe: Getty Images