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1 août 2016

A la recherche des déchets

Le littering a diminué dans les parcs lausannois grâce à une sensibilisation accrue et à la mise à disposition de davantage de poubelles. Si la tendance à la stabilisation se vérifie au niveau national, on est encore loin du zéro déchet sauvage.

Ce lundi de juillet, les nettoyeurs du parc Bourget sont à pied d’œuvre depuis 6 heures du matin.

Entre la carotte et le bâton, ceux qui fréquentent le parc Bourget, à Lausanne, semblent s’être décidés pour la première option. C’est dire notre déception «en bien», comme on dit en terre vaudoise, lorsque nous sommes arrivés sur une pelouse pratiquement vierge de déchets en ce lundi matin de juillet.

Mais commençons par le commencement. Quelques jours plus tôt, nous avons pris rendez-vous avec le chef du service responsable des parcs pour aller faire un tour et parler du littering, ces détritus laissés par les pique-niqueurs et les fêtards trop fatigués ou plus en état de jeter leurs ordures au bon endroit une fois la fête terminée. On s’attendait à découvrir pléthore de gobelets, restes de brochettes, chaussures et autres objets en tout genre jonchant le sol. On est venus, on a vu, et on a été déçus... «en bien».

Retour sur la pelouse. Il est 7 heures ce lundi matin lorsque nous rejoignons Cédric Baudin, jardinier responsable, sur le parking du parc Bourget. Son équipe est déjà à pied d’œuvre depuis une heure, mais n’a pas encore attaqué le ramassage des déchets abandonnés sur l’herbe. Autour de nous, le bal des camionnettes s’active tandis qu’on se dirige vers le lac, emmenant une à une les vingt bennes disséminées entre le parc et le Théâtre de Vidy pour les vider dans l’immense fosse (100 000 litres de contenance) de la station d’épuration à quelques mètres de là. Encore quelques pas et nous voici sur les lieux du crime.

«Mais, il n’y a rien!», lâche-t-on dépitée en scrutant la pelouse d’un vert immaculé. «Non, c’est vrai, c’est un lundi très calme», répond presque un peu gêné le jardinier.

Pourtant, ajoute le photographe qui nous accompagne, quand je suis passé hier soir prendre des clichés, la pelouse était noire de monde.»

On cherche et finalement on trouve. Un gril abandonné par-ci, une basket trônant sur une table par-là, quelques verres en plastique, des restes de ballons accrochés à un arbre, les reliques de la veille sont là, tout comme les corneilles venues chercher quelque chose à se mettre sous la dent. Mais rien à voir avec l’époque vécue par Cédric Baudin «où on ne voyait plus l’herbe».

Changement de décor

Bon, alors quoi? Les gens ne sont donc plus des cochons? Ont-ils enfin compris que pique-niquer ou boire un verre c’est bien, mais que ranger c’est encore mieux? «Peut-être bien, avance Natacha Litzistorf, la nouvelle municipale du Logement, Environnement et Architecture en charge des parcs. Le résultat est celui d’une politique volontariste entamée il y a deux ans par la Ville.

On manie la carotte et le bâton en sensibilisant d’un côté les gens avec l’affichage de directives et en mettant à disposition davantage de poubelles pour trier ses déchets, et de l’autre, nous n’hésitons pas à sévir en amendant via des dénonciations auprès de la police quand le règlement n’est pas respecté.

«En deux ans, le temps consacré au ramassage des déchets a ainsi diminué d’un tiers au Bourget», confirme Yves Aellen, responsable des parcs lausannois. «Grâce à une meilleure mécanisation du ramassage et à l’amélioration du comportement des gens», ajoute Etienne Balestra, chef ad interim du service des parcs et domaines de la ville de Lausanne (SPADOM). Sans être aussi spectaculaire, la tendance se vérifie dans les autres espaces verts très fréquentés.»

A Genève, les rues et les parcs ont aussi changé de visage depuis deux ans. «Depuis que la voirie travaille le week-end, mesure prise par Guillaume Barazzone, l’actuel maire de Genève, en charge du Département de l’environnement urbain et de la sécurité, fait remarquer son porte-parole Lucien Scherly.

Nous ne disposons pas encore de chiffres, mais cela fait quelques mois que nous recevons moins de doléances, le signe peut-être que le littering a diminué»,

dit-il. La prolongation jusqu’à 3 heures du matin au lieu de minuit des tournées effectuées par la police municipale a également permis d’accroître la sensibilisation auprès des jeunes et de verbaliser s’il le faut.

Le constat est partagé par l’IGSU, sigle en allemand qui signifie «Communauté d’intérêts pour un monde propre», fondée en 2007 par deux organisations de recyclage et qui lutte contre les déchets sauvages via des campagnes de sensibilisation au niveau national.

Le littering est en phase de stabilisation et les gens sont de plus en plus nombreux à prendre conscience du problème»,

analyse la directrice Nora Steimer. La recette d’un tel résultat réside, selon l’étude publiée en novembre 2015 par l’IGSU suite à un sondage réalisé auprès de diverses villes alémaniques, en un mix de mesures alliant sensibilisation, mise à disposition d’infrastructures et répression sous forme d’amendes quand, malgré les avertissements, le message ne passe pas.

Briques de verre sous les pieds

Tout n’est pourtant pas rose. Et même si la prise de conscience est indéniable, des efforts restent à faire. Ce matin-là, ce que l’on ne voyait pas dans l’herbe grasse, c’étaient les briques de bouteilles de bière fracassées par les fêtards. Un vrai fléau, se désole Cédric Baudin, les morceaux de verre étant si petits qu’il est impossible de les ramasser mécaniquement. Sur la plage, deux employés sont affairés à ratisser le sable afin d’éviter que les baigneurs ne se blessent. «Les gens ne se rendent pas compte, mais chaque matin, nous passons trois heures à remettre le parc en état pour les suivants.» Un travail de Sisyphe, dont les jardiniers du Bourget ne sont pas près de voir la fin.

Texte © Migros Magazine – Viviane Menétrey

Auteur: Viviane Menétrey

Photographe: Jeremy Bierer