Archives
8 mai 2017

L’archéologue qui rêve de trouver un Ötzi valaisan

A Sion, Caroline Brunetti dirige depuis une année et demie l'office cantonal des recherches archéologiques. Une passion venue de loin et qui lui donne une vision plus sereine du présent.

Caroline Brunetti sur le chantier avec un collaborateur
Caroline Brunetti est toujours une femme de terrain!

C’est un métier hybride qui nous ouvre sur deux mondes, à la fois intellectuel mais avec aussi un côté pic et pelle dans la boue.» Le 1er novembre 2015, Caroline Brunetti est devenue l’archéologue cantonale du Valais. Une vocation qui part de loin: «A 5 ans je voulais m’occuper des dinosaures.

A 7 ans mes parents m’ont amenée à Avenches et depuis j’ai toujours voulu faire ça.»

A 14 ans, elle participe à son premier chantier archéologique: «C’était à Martigny, pour les fouilles des petits termes romains, chez Gianadda.»

Après ses études, cette Sierroise travaille dans le canton de Vaud – les Helvètes sont sa spécialité. Aujourd’hui, revenue en Valais, elle explique que l’archéologie cantonale se pratique essentiellement dans l’urgence.

Nous sommes très liés à la construction, on ne fait des fouilles que lorsqu’un bâtiment ou un parking se construisent, une autoroute se trace ou des canalisations sont changées.»

N’empêche pour Caroline Brunetti, «grattouiller», comme elle dit, à la recherche de vestiges des temps anciens permet aussi d’acquérir une vision plus apaisée du présent. «Par exemple, tous les peuples dont on s’occupe dans l’archéologie sont des peuples qui ont migré, pour des raisons diverses et variées.

Cela nous offre une distance historique bienvenue, et un certain recul pour appréhender des gros problèmes actuels de société, comme le racisme.»

Une journée avec Caroline Brunetti

Caroline Brunetti au téléphone.
Dorénavant, Caroline Brunetti passe plus de temps au bureau.

8 h 00: au bureau
«Depuis que je suis archéologue cantonale, je ne fais plus autant de terrain qu’avant, mais davantage de paperasserie et de prise de décisions. Quand je suis arrivée, j’avais un classeur, aujourd’hui j’en ai quarante, c’est beaucoup moins glamour, mais il me reste encore les visites de chantier.»

Caroline Brunetti et ses collaborateurs en train d'examiner des documents dans leurs locaux.
La topographie du Valais a sa problématique particulière.

9 h 00: avec les collaborateurs
«Pour nous, une des problématiques passionnantes en Valais est l’archéologie glaciaire. Les glaciers ont l'avantage de conserver des choses qu’on ne trouve pas dans les fouilles de plaine: tissu, bois, cuir, parce que ça lyophilise. Un arc vieux de 7000 ans a ainsi été découvert au Schnidejoch. Et je ne désespère pas que nous trouvions un jour un Ötzi valaisan.»

Caroline Brunetti autour d'une table avec la délégation de l'Université de Genève.
Il est important de collaborer avec les Universités d'autres cantons.

10 h 00: délégation de l’Uni de Genève
«Comme nous n’ en avons pas en Valais, nous essayons de développer de bonnes relations avec les universités, qui peuvent déboucher sur des sujets d’études ou de thèses. Nous collaborons avec celles de Lausanne, Neuchâtel et Fribourg. Celle de Genève s’est occupée longtemps des fouilles préhistoriques en Valais. Cette rencontre est l’occasion de rediscuter de la convention qui nous lie.»

Caroline Brunetti avec une collaboratrice en train d'examiner des pièces au dépôt.
Un travail étroit a aussi lieu avec diverses institutions culturelles.

14 h 00: au dépôt
«Une fois les pièces étudiées, nous les transmettons aux musées. Parfois nous ressortons d’anciennes trouvailles comme des squelettes. Les méthodes ADN et le prélèvement d’isotopes dans les dents nous permet d’apprendre par exemple si les restes trouvés dans une nécropole appartiennent aux membres d’une même famille, et aussi d’où venaient ces gens.»

Caroline Brunetti sur le chantier
Caroline Brunetti a la chance de travailler sur un site exceptionnel.

16 h 00: sur le chantier de la nécropole Don Bosco à Sion
«Nous avons trouvé ici un guerrier vieux de près de 3000 ans (vers 850 av. J.-C.), avec toute sa panoplie, le pectoral, la coiffe, le fer de lance, l'épée avec son pommeau en ivoire, deux vases, trois épingles. Le crâne est écrasé, mais on voit les dents, les jambes, un bras avec un bracelet. C’est une tombe très riche, une découverte exceptionnelle.»  

Texte: © Migros Magazine / Laurent Nicolet

Auteur: Laurent Nicolet

Photographe: Isabelle Favre