Archives
8 février 2016

A la Saint-Valentin, les couples aiment s’aimer

Elle a beau dater de l’après-guerre, la fête des amoureux connaît toujours le même engouement. La raison? Le 14 février est l’occasion d’affirmer son couple dans ce qu’il a de plus pur: les sentiments.

Un couple à la montagne photo
La Saint-Valentin est l’occasion pour les amoureux d’exprimer leurs sentiments. (Photo: Getty Images)

On a beau l’aimer ou pas, rares sont ceux qui peuvent se targuer de n’avoir jamais offert la moindre attention à leur douce moité le jour de la Saint-Valentin. La fête des amoureux a encore de beaux jours devant elle: cette année, plus d’un Français sur deux a déclaré s’apprêter à célébrer le 14 février et l’on peut aisément imaginer qu’il n’en ira pas très différemment chez nous.

Comment comprendre que ce rituel introduit en Suisse en 1949 sur l’initiative des horticulteurs traverse les générations au-delà des changements sociétaux? Sans doute parce que le 14 février n’est pas qu’une histoire de fleurs et de cadeaux, comme l’explique le psychiatre et sexologue genevois Willy Pasini. Au-delà de l’aspect matériel, la Saint-Valentin incarne l’amour dans ce qu’il a de plus romantique, se focalisant en primeur sur les sentiments. A cela s’ajoute l’aspect public de l’affaire. On se rend au restaurant, on se fait un cinéma main dans la main. Bref, on s’aime et on est fier de le montrer. Un besoin en recrudescence dans un monde où le couple est mis à mal, estime celui qui a aussi fondé la Fédération européenne de sexologie. Porter haut et fort les couleurs de son union, réaffirmer à l’autre son engagement font office de rempart dans une société où amour ne rime pas avec toujours.

Et puis la journée est très souvent davantage attendue par les femmes dont le désir d’entendre monsieur exprimer ses sentiments est plus fort que chez leur partenaire. Preuve que si les temps changent, le romantisme demeure.

«Cette fête est celle des sentiments et du cœur, pas du sexe»

Willy Pasini, psychiatre et fondateur de la Fédération européenne de sexologie.

Pourquoi la Saint-Valentin a-t-elle toujours autant de succès?

C’est parce que personne ne défend vraiment le couple aujourd’hui. Beaucoup de voix s’élèvent pour défendre d’autres formes de liens, telles la famille élargie ou recomposée ou encore ceux qui vivent en solo, mais force est de reconnaître que le couple traditionnel est peu soutenu. C’est même l’inverse: aujourd’hui, on tire sur lui comme on tire sur la Croix-Rouge alors qu’en réalité nous n’avons pas encore trouvé de substitut. La Saint-Valentin est l’occasion de marquer ce lien des sentiments et du cœur davantage que celui du sexe.

On pourrait opposer à cela que l’amour se nourrit de preuves quotidiennes...

Oui, mais c’est oublier que l’amour au quotidien est tué par l’habitude. A l’instar du carnaval où tout est sens dessus dessous, le changement fait office d’aide au désir. C’est pour cela que le cadeau de Saint-Valentin doit être surprenant.

Quel type de cadeau préconisez-vous?

Certains font des cadeaux très surprenants, comme réserver une place dans un restaurant gastronomique lointain, une voiture ancienne, etc. Pour ma part, j’ai déjà emmené ma femme voir un opéra à la Scala de Milan ou offert un tour en catamaran. L’important est surtout que le présent fasse plaisir à l’être aimé plutôt qu’à son auteur. Inutile d’offrir, comme j’ai pu le voir, un four à raclette dans l’espoir d’en manger plus souvent à la maison ou un lave-vaisselle afin de recevoir davantage ses amis...

Y a-t-il des différences entre l’homme et la femme? On a l’impression que les hommes sont voués à faire des cadeaux et les femmes à les recevoir...

C’est vrai, les hommes sont habitués à définir leur amour par un don alors que les femmes réclament que ces derniers soient attentifs à leurs besoins. Au-delà de l’aspect commercial, la Saint-Valentin revêt un aspect romantique et sert à défendre le couple par le cœur.

Vit-on l’amour différemment que nos grands-parents?

Tout dépend de ce que l’on entend. Il a bien évidemment changé «au-dessous de la ceinture». On montre et parle beaucoup de sexe mais pas de ses sentiments. Surtout chez les hommes où il règne une véritable pudeur à ce niveau. Cela n’a pas changé. A la Saint-Valentin, ces derniers doivent faire preuve de sentiments, c’est là l’enjeu de cette fête. Chez les femmes, c’est l’inverse. Même si certaines revendiquent un comportement masculin en collectionnant les «sexfriends», la plupart sont restées romantiques et cherchent des preuves d’amour par les mots. Alors que pour les hommes, la meilleure façon de le montrer demeure dans l’action et l’objet. Ce n’est pas pour rien que le diamant demeure le plus grand symbole de l’amour.

C’est donc, comme le dit le sociologue français Jean-Claude Kaufmann une fête qui se fonde sur la culpabilité masculine?

Je dirais plutôt qu’elle les met en difficulté en les entraînant sur un terrain que beaucoup préfèrent éviter, faute de s’y sentir à l’aise. Ce jour-là, les femmes ont envie que l’être aimé s’occupe d’elles en répondant à leurs besoins et non pas en recevant un chèque pour s’acheter ce qu’elles veulent.

Quelle est la recette d’un couple heureux?

La générosité. Contrairement à ce que dit Rousseau, nous naissons possessifs et égoïstes et nous apprenons la générosité. C’est le plus haut des sentiments, celui qui n’existe pas chez les animaux. Oui, le bonheur, si l’on veut qu’il dure, dépend de la générosité.

Texte © Migros Magazine – Viviane Menétrey

Auteur: Viviane Menétrey