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2 avril 2012

A Mategnin, la nature a repris ses droits

Il y a un an, Pro Natura Genève fermait une petite mais très fréquentée route entre la France et la Suisse pour redonner tout son lustre au marais du même nom. Balade et récit d’une première helvétique.

Le marais de Mategnin vu à travers un poste d'observatoire.
Les étangs ont été classés d’importance nationale. (Photo: Julien Gregorio)

C’était il y a une année, quasiment jour pour jour, ici même dans les marais de Mategnin en bordure du Pays de Gex. Et la concrétisation du projet fit alors un certain bruit en République de Genève. Le 7 avril 2011, la fermeture définitive d’une petite route transfrontalière entre Meyrin et la France signait, pour la section cantonale de Pro Natura, une belle victoire pour la biodiversité. Difficile, alors que nous nous tenons sur la ligne droite désormais rendue à la nature, d’imaginer que le petit tronçon était devenu un raccourci emprunté par près de 6000 véhicules par jour.

On savoure d’autant plus l’étonnant calme de cette zone de détente périurbaine d’une quinzaine d’hectares en se souvenant aussi que c’était la première fois, dans notre pays, qu’un axe avec un trafic important était démonté au profit de Dame Nature. «La réserve de Mategnin les Crêts a désormais pour vocation de préserver l’un des derniers sites marécageux du canton de Genève en relation avec une mosaïque de milieux forestiers, ainsi que la faune et la flore qui en dépendent», explique Isabelle Perotin. Coordinatrice de Pro Natura Genève, la jeune femme est depuis le début de l’année en charge de la gestion des réserves naturelles du canton du bout du lac. «Soit une dizaine de sites», explique cette ingénieure HES en gestion de la nature, plutôt fière de cette revitalisation franco-suisse.

Un refuge pour espèces menacées

Avec la Pointe-à-la-Bise et la Rade, l’endroit est abondamment fréquenté par les oiseaux migrateurs, mais aussi par de nombreuses espèces de batraciens, «dont 70% figurent sur la liste rouge des espèces menacées». Alors que nous longeons la forêt pour rejoindre la promenade aménagée dans et autour du marais des Crêts, Isabelle Perotin explique que, «comme tous les milieux naturels et humides, les marais de Mategnin ont tendance à être envahis peu à peu par la forêt. Ils ont donc été régénérés dès 1999, afin de leur redonner l’écosystème qui est le leur.»

Isabelle Perotin, coordinatrice de Pro Natura Genève. (Photo: Julien Gregorio)
Isabelle Perotin, coordinatrice de Pro Natura Genève. (Photo: Julien Gregorio)

Tout autour, des sentiers font la joie des adeptes de la mobilité douce. Les marais de Mategnin sont composés du marais des Crêts et de celui des Fontaines. La réserve des Fontaines est destinée à abriter des espèces très sensibles aux dérangements humains et n’a pas pour vocation d’accueillir le public. Le but de notre balade est donc bien le marais des Crêts, devenu l’un des sites de sensibilisation du public à la nature les plus importants du canton. Classés d’importance nationale, ces étangs «jouent un rôle de relais pour toutes les espèces qui migrent le long de la chaîne du Jura ou qui cherchent des lieux pour hiverner dans nos régions.

Ce rôle est important, car il permet aux espèces de trouver la nourriture nécessaire à leurs longs déplacements», relève encore Isabelle Perotin, alors que nous atteignons le chemin en bois construit avec l’aide de la Protection civile. Véritable incursion in situ, cette boucle de promenade offre de multiples points de vue privilégiés pour observer une faune et une flore uniques. A la belle saison, 80 espèces d’araignées différentes s’y faufilent, survolées par une vingtaine de sortes de libellules.

Marais oblige, les batraciens sont ici particulièrement nombreux et le visiteur attentif (et patient) pourra tenter d’y distinguer les sept espèces recensées, dont la grenouille agile, l’une des quatre grenouilles brunes indigènes. «Ce sont ses très longues pattes postérieures, lui permettant des sauts impressionnants, qui lui ont valu son surnom», nous apprend notre accompagnatrice. Et vous, saurez-vous la repérer?

Parmi les espèces du site...

Cette espèce de libellule s’identifie facilement grâce aux taches jaunes latérales présentes sur l’abdomen. (Photo: Keystone/Kina)
Cette espèce de libellule s’identifie facilement grâce aux taches jaunes latérales présentes sur l’abdomen. (Photo: Keystone/Kina)

La cordulie à taches jaunes (Somatochlora flavomaculata)

Cette espèce de libellule s’identifie facilement grâce à son thorax vert métallique et aux taches jaunes latérales présentes sur l’abdomen. De la mi-juin à la mi-août, les mâles sont observés en chasse le long des lisières forestières parfois loin de l’eau. Existant désormais principalement en Europe centrale et de l’Est, elle affectionne les marais à proximité des zones boisées, comme à Mategnin. Son statut est en danger critique.

Il fabrique un petit nid ovoïde d’herbe au sol, ou très bas dans la végétation. (Photo: istockphoto)
Il fabrique un petit nid ovoïde d’herbe au sol, ou très bas dans la végétation. (Photo: istockphoto)

Le pouillot fitis (Phylloscopus trochilus)

Espèce de passereau habitant dans les zones humides et les bois pas trop denses. Il a la particularité de fabriquer un petit nid ovoïde d’herbe au sol ou très bas dans la végétation dense, où il pond six à sept œufs, entre avril et mai.

Ce lépidoptère n’existe déjà plus en Grande-Bretagne. (Photo: istockphoto)
Ce lépidoptère n’existe déjà plus en Grande-Bretagne. (Photo: istockphoto)

Le Cuivré des marais (Lycaena Dispar)

Lépidoptère appréciant les eaux stagnantes, c’est un petit papillon présentant des variations entre les sexes et les sous-espèces entre le marron et le cuivré, parfois tirant sur l’orange. Celui qu’on appelle aussi le Grand Cuivré disparaît en même temps que les zones humides, il n’existe par exemple plus en Grande-Bretagne. Les colonies survivantes se dispersent de l’ouest de l’Europe jusqu’à la région du fleuve Amour en Sibérie. Il est strictement protégé, hiverne et au second stade sa chenille survit à un long séjour dans l’eau. Il vole en une génération, en juin et juillet.

La grenouille agile ne mesure pas plus de 75 mm de long. (Photo: istockphoto)
La grenouille agile ne mesure pas plus de 75 mm de long. (Photo: istockphoto)

La grenouille agile (Rana dalmatina)

La grenouille agile est l’une des quatre espèces, extérieurement très semblables, de grenouilles brunes indigènes d’Europe centrale. Ne mesurant pas plus de 75 mm de long, elle est nettement plus petite que la grenouille rousse. Les mâles sont plus petits que les femelles. En été, la coloration de base de son dos est beige, grise, brun clair voire légèrement rougeâtre, uniforme ou parsemée de taches sombres; durant la période de reproduction, les mâles sont souvent très foncés, les femelles rougeâtres. La grenouille agile passe l’été dans son habitat terrestre, qui peut être à plus d’un kilomètre de son site de ponte. Elle y chasse entre autres des coléoptères, des mouches et des araignées, souvent au crépuscule. Les têtards éclosent environ trois semaines après la ponte et sont tout de suite capables de nager. Ils vivent plutôt discrètement, probablement à une profondeur moyenne. Leur développement dure nettement plus longtemps que chez la grenouille rousse et dépend fortement de la température, comme chez tous les amphibiens. En Suisse septentrionale, on peut observer des individus fraîchement métamorphosés à partir de fin juin ainsi qu’en juillet.

Son bec rougeâtre, long et mince, lui sert à attraper des vers, des sangsues, des crevettes, voire de petits poissons. (Photo: Keystone/F1Online/M.Schaef)
Son bec rougeâtre, long et mince, lui sert à attraper des vers, des sangsues, des crevettes, voire de petits poissons. (Photo: Keystone/F1Online/M.Schaef)

Le râle d’eau (rallus aquaticus)

Avec sa taille de 22 à 28 centimètres, le râle d’eau se distingue des autres râles et des marouettes par son bec rougeâtre long et mince, qui lui sert pour attraper des vers, des sangsues, des crevettes voire de petits poissons. Les adultes ont la face et les parties inférieures gris ardoise. Durant la journée, il vit caché dans les roseaux touffus des étangs, marais et rivières aux eaux peu profondes. En automne, il migre vers le sud-ouest de l’Europe. Le râle préfère courir plutôt que voler. Cependant, lorsqu’il se décide à prendre son envol, il stagne à faible hauteur, au ras de la végétation.

Auteur: Pierre Léderrey