Archives
7 avril 2014

A Ornans, sur les traces de Courbet

Entre nature et culture, romantisme et réalisme, balade entre Ornans et vallée de la Loue, dont le célèbre peintre reste le meilleur ambassadeur.

Un jeune homme en train de pêcher au centre de la ville médievale d'Ornan
A Ornans, il n’y a pas que les maisons qui mettent les pieds dans l’eau pour se laisser vivre en douceur... (Photo: Photononstop)
un jeune homme en train de peindre la vieille-ville depuis un pont enjambant la rivière.
Courbet fait des émules... (Photo: Getty Images)

Tout à Ornans évoque Courbet. «Allez-y voir, disait le maître de l’école réaliste, et vous reconnaîtrez tous mes tableaux.» Pourquoi ne pas prendre au mot l’artiste enraciné dans cette nature sauvage, aquatique et minérale, à la fois si proche et si lointaine? Choisir comme nous un jour ensoleillé à la douce lumière aide à retrouver cette clarté et ces couleurs qui ramenaient sans cesse Gustave Courbet dans ce coin de pays où il vit le jour en 1819.

En disgrâce politique en France pour avoir participé à la Commune de Paris en 1871 (il y rencontra et se lia notamment avec Proudhon, originaire de la ville de Besançon comme lui), c’est pourtant à La Tour-de-Peilz qu’il mourut en exil, non sans peindre quelques très belles vues lémaniques, dont un célèbre Château de Chillon.

Vue d'oiseau sur la Loue.
La Loue se jette dans le Doubs après un périple d’environ 130 kilomètres. Photo: Biosphoto)

Autant dire que le visiteur suisse d’un jour (ou d’un week-end romantique, l’Office du tourisme en propose de délicieuses formules) ne manque pas de raisons culturelles et historiques pour marcher sur les pas du maître réaliste. Longer la douce Loue, ou ses sources tumultueuses, comme lui, s’attabler pour déguster une truite comme le faisait l’enfant du pays, passer devant ses ateliers, dont le minuscule espace où il peignit L’Enterrement à Ornans, imposante toile aux dimensions quasi identiques.

Pour y arriver, il convient en guise d’amuse-bouche de musarder le long de la Loue, au milieu des roches karstiques, et de s’arrêter par exemple à Lods, 12 kilomètres avant Ornans, charmante bourgade blottie entre rivière et château du XIIIe. Ou un peu plus haut encore, à Mouthier-Haute-Pierre, pour se balader dans ses petites ruelles bordées de belles bâtisses jusqu’à la brasserie artisanale «Entre 2 Mondes», où chaque bière est élaborée avec des produits du coin. Si vous désirez une visite mêlée de dégustation, visez plutôt une halte sur le chemin du retour, l’accueil au public démarrant plutôt en deuxième partie d’après-midi.

L’Office du tourisme a imaginé six itinéraires, dont la très célèbre source de la Loue du côté d’Ouhans, l’un des grands spectacles hydrologiques de l’Hexagone (et, au milieu du XIXe, un site parsemé de moulins, de scieries et d’une forge mettant à profit la force du courant) dont Courbet tira pas moins de quatorze toiles, désormais éparpillées à travers le monde.

Source de la Loue.
La Loue surgit en cascade au milieu d'un imposant cirque rocheux.(Photo: Office du tourisme)

C’était son site préféré, avec le Puits Noir et la grotte Sarrazine (du côté de Nans et de la source du Lison, autre résurgence du Doubs). Dans le cadre grandiose de la reculée rocheuse, le «trou béant» de cette réapparition du Doubs se révèle tardivement au détour d’un éperon rocheux. Les eaux infiltrées creusent une galerie souterraine et retrouvent l’air libre au pied du massif calcaire de manière spectaculaire, l’eau jaillissant au bas de cette muraille rocheuse d’une centaine de mètres avec une force pouvant atteindre le débit de 100 m3 par seconde.

Retour post-mortem pour l’artiste très attaché à ce coin de terre

A vélo ou à pied, le temps d’une demi-heure ou de beaucoup plus, il est impossible de ne pas rejoindre le peintre, que ce soit l’homme ou l’artiste, tant le paysage se trouve quadrillé par les chemins et les endroits qu’il fréquentait. Le visiteur peut ainsi emprunter à Ornans son «parcours de vie», s’arrêter vers le petit séminaire qu’il fréquenta de 1833 à 1838 et où il prit ses premiers cours de peinture. Ou cheminer jusqu’au cimetière pour y dénicher sa tombe.

«Mort en exil à La Tour-de-Peilz le 31 décembre 1877, Courbet resta longtemps banni de son pays. Il a fallu attendre 1919 pour que son corps retourne ici», nous explique Frédérique Thomas-Maurin, conservateur du Musée Courbet. Rouvert en 2011 après un bel agrandissement, il a évolué d’une seule maison, considérée (par erreur) comme le lieu de naissance du peintre, à trois bâtisses contiguës. A propos d’erreur et de naissance, le conservateur nous fait encore remarquer que la date de la pierre tombale est étonnement erronée, indiquant le 10 août au lieu du 10 juin 1819.

Texte: © Migros Magazine - Pierre Léderrey

Infos pratiques: comment se rendre à Ornans? Que lire pour en savoir plus?

Le plus simple pour arriver à Ornans est de passer par Pontarlier, puis de prendre la très jolie D67 en lacets. 35 kilomètres environ depuis Pontarlier, 62 km depuis la frontière à Vallorbe.

Le nouveau Guide du Routard «Jura franco-suisse», le premier de la célèbre série à être transfrontalier (Ed. Hachette Guides Tourisme, 2014), vous sera fort utile pour préparer votre escapade.

Auteur: Pierre Léderrey