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29 août 2016

Pédibus: à pied, c’est tellement mieux

Pour se rendre à l'école en marchant et en toute sécurité, les petits Romands peuvent compter sur le soutien des Pédibus. A Colombier (NE) comme ailleurs,

Chaque trajet des petits écoliers est placé sous la surveillance d’un adulte. Ici, Mireille Bossy prend la tête de son mini-convoi.

Les filles, on vous a à l’œil!» Du haut de ses 6 ans et demi, Valentine veille au grain. Aux côtés de sa sœur Camille, 5 ans, elle lance son avertissement, sur le ton de la rigolade, à ses camarades Chloé et Cléa qui s’approchent d’un passage piéton. «Vous nous attendez, renchérit Mireille Bossy, l’accompagnante du jour. Obéissantes et habituées à l’exercice, les fillettes obtempèrent.

Voilà près de six ans que le Pédibus de Colombier (NE) est opérationnel. Six ans que des habitants du quartier des Epinettes ont adopté ce système permettant à leurs enfants de se rendre à l’école à pied, chaque trajet étant placé sous la surveillance d’un parent. Ils ont pu compter sur le soutien du Canton, qui coordonne l’ensemble du réseau neuchâtelois.

Nous sommes principalement là pour donner un coup de main,

souligne Thierry Gogniat, chef du projet A pied, c’est mieux! Nous apportons notre aide à tous ceux qui souhaitent lancer un Pédibus dans leur quartier ou leur commune, leur fournissons au besoin du matériel, mais ensuite chaque groupe s’organise comme il l’entend. Le but étant de pérenniser les différents trajets.»

Les hommes en minorité

A Colombier, cinq mamans se relaient donc pour accompagner les petits, matin, midi, début et fin d’après-midi. Et les papas, dans tout ça?

«Ils dépannent de temps en temps, relève Léonie Jeanrenaud, référente pour le Pédibus de la localité et mère de Valentine et Camille. Mais ce n’est pas très fréquent.»

Et Thierry Gogniat de préciser: «Sur les trente-huit Pédibus du canton, seuls deux pères sont référents…»

C’est donc un groupe essentiellement féminin – une maman et quatre fillettes, «des vraies pipelettes», selon les dires de la première – que nous suivons ce matin. A 11 h 35, lorsque la cloche a retenti, les petites se sont dirigées d’un pas sûr vers Mireille Bossy, qui les attendait dans la cour de récré du collège des Mûriers, vêtue d’un gilet jaune arborant le logo de la campagne A pied, c’est mieux! Le temps de distribuer des chapeaux et casquettes remis par les autres mamans et les voilà parties en direction de leur quartier.

«Aujourd’hui, j’ai eu rythmique», annonce la fille de Mireille, Chloé, 5 ans. Elle attrape ensuite la main de Cléa, 6 ans et demi, et toutes deux prennent rapidement la tête du convoi, sous l’œil avisé de l’accompagnatrice. Valentine, quant à elle, explique qu’étant en 3e Harmos, c’est la dernière année qu’elle prendra le Pédibus. «L’an prochain, j’irai toute seule!», déclare-t-elle fièrement.

Prendre conscience du danger

«Le but de l’entreprise est en effet que les enfants puissent à terme effectuer seuls les trajets en ayant pris conscience, avec le groupe, des dangers potentiels comme les routes à traverser, explique Thierry Gogniat. Les Pédibus s’adressent donc aux petits entre 4 et 8 ans.» Deux jeunes garçons marchent d’ailleurs à présent devant notre groupe, profitant de leur nouvelle indépendance. «Bien entendu, les grands frères et les grandes sœurs sont les bienvenus pour nous accompagner, précise Mireille Bossy. Parfois, le convoi accueille même des bébés en poussettes et des chiens!»

Quatre participantes, n’est-ce pas un petit chiffre pour un Pédibus? «Pas forcément, assure Thierry Gogniat. D’ailleurs, au-delà de huit enfants, cela devient difficile à gérer. Leur nombre fluctue, de même que celui des trajets sur le canton. Certains s’interrompent avant de rouvrir un an plus tard, en fonction de l’arrivée en âge scolaire des frères et des sœurs d’anciens participants.»

Mais revenons à nos moutons. Une fois la route traversée avec prudence –

N’oubliez pas de faire un signe de la main aux automobilistes pour les remercier!»,

nous voilà au pied d’une rude montée bordant un vignoble. «Certains jours, c’est plus dur que d’autres, les enfants peinent à avancer.» Aujourd’hui, pas de souci pour les fillettes. Chloé et Cléa, galvanisées peut-être par le soleil, gravissent la pente en courant pour mieux redescendre ensuite vers le groupe. Aucune ne s’aventure en revanche sur le mur qui les sépare du vignoble. «Cette directive fait partie de la charte qui définit les droits et les devoirs des mamans et des enfants, souligne Mireille Bossy. Parmi les règles, que nous avons définies nous-mêmes, on trouve notamment l’interdiction de ramasser des bâtons, et l’importance de se présenter à l’heure aux rendez-vous.»

Un petit sas de décompression

Arrivées à une barrière marquant la fin de la montée, les fillettes ne manquent pas de s’amuser à y faire le cochon pendu. Avant de s’élancer dans le vaste champ qui constitue l’essentiel de leur parcours pour rejoindre leur quartier. Elles y croisent parfois des moutons, à leur grande satisfaction. «Le trajet dure entre quinze et vingt minutes, en fonction des bestioles incroyables que nous croisons.» Pour l’heure, elles profitent du terrain à disposition pour se dépenser, sautant gaiement au-dessus des buissons, chantonnant, rigolant. «Pour elles, le trajet est un sas de décompression entre l’école et la maison.»

Il faut dire que le beau temps est au rendez-vous aujourd’hui. «A chaque saison ses plaisirs, sourit l’accompagnatrice. En hiver, elles n’attendent qu’une chose: que la neige commence à tomber. Ça les motive pour marcher.» Et en cas de pluie?

Si c’est vraiment le déluge, nous nous arrangeons avec les autres parents pour amener les enfants en voiture, en utilisant le moins de véhicules possible.»

Le moyen de communication privilégié des mamans: l’application Whatsapp. «Nous avons créé un groupe spécial pour le Pédibus. C’est par ce moyen aussi que nous prévenons quand nous avons un empêchement. Nous arrivons toujours à trouver un arrangement pour nous faire remplacer.»

Les voilà enfin au point de ralliement, rue des Epinettes, devant un panneau rouge à l’effigie d’un bus affublé de pieds. Mireille Bossy leur lance encore un «Vous avez bien toutes vos affaires? Alors vous pouvez y aller. Bon appétit, les filles!» et les voilà parties vers leurs logements respectifs. A l’exception de Chloé, qui s’empare de la main de sa maman et, nous adressant un dernier sourire, file avaler son dîner bien mérité après cette petite marche revigorante…

Texte: © Migros Magazine / Tania Araman

Auteur: Tania Araman

Photographe: François Wavre /lundi 13