Archives
24 février 2014

A propos de la cohérence

Vincent Kaufmann, professeur à l'EPFL, a sa propre hypothèse pour expliquer l'acceptation de l'initiative «contre l’immigration de masse» le 9 février dernier.

Portrait de Vincent Kaufmann
Vincent Kaufmann, professeur à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne et secrétaire général de la Communauté d’études pour l’aménagement du territoire CEAT. (Photo: DR

Tout ou presque a été dit sur la bonne manière d’interpréter les résultats de la votation fédérale du 9 février 2014 «contre l’immigration de masse»: syndrome du «village gaulois» d’Astérix, fermeture identitaire de la Suisse vis-à-vis de l’extérieur, dumping salarial et xénophobie… Toutes ces causes se combinent certainement pour expliquer l’issue du scrutin, mais il en est deux sur lesquelles j’aimerais revenir car elles sont un peu particulières: la saturation des infrastructures de transports et la pénurie de logements. Ces deux raisons ont été largement invoquées par les partisans du oui à l’initiative contre l’immigration de masse, et sont d’une autre nature, car elles relèvent directement de politiques publiques.

Depuis une dizaine d’années, la Suisse connaît une dynamique de croissance économique soutenue, celle-ci s’est accompagnée de créations d’emplois et de croissance démographique. D’ailleurs, notons en passant que la croissance démographique n’est pas mécaniquement liée à l’introduction de la libre circulation des personnes, puisque pour s’établir en Suisse, il convient tout d’abord de trouver un emploi.

La dynamique de croissance a été activement soutenue par les pouvoirs publics par une fiscalité attrayante pour les entreprises souhaitant s’installer en Suisse, mais elle n’a pas été accompagnée par une politique du logement et des infrastructures.

Confrontés à la pénurie de logements et à la saturation des réseaux de transports, de nombreux Suisses ont estimé que leur qualité de vie se dégradait avec cette croissance démographique.

Cette situation nous rappelle que les politiques sectorielles à incidence spatiale nécessitent une coordination: une politique économique visant la croissance économique et démographique nécessite parallèlement des investissements dans les infrastructures et dans la construction de logements. La votation du 9 février 2014 a été perdue sur ce terrain, et l’ironie du sort a voulu que le même jour, le peuple suisse accepte un investissement de 6,4 milliards de francs pour améliorer l’offre ferroviaire... Une votation qui a eu lieu dix ans trop tard?

Nos chroniqueurs sont nos hôtes. Leurs opinions ne reflètent pas forcément celles de la rédaction.

© Migros Magazine – Vincent Kaufmann

Auteur: Vincent Kaufmann