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4 juillet 2016

A toute vapeur au-dessus de Montreux

Marcher sans trop se fatiguer, en jouant avec les locos, les funis et les trains de luxe... De quoi plaire aux randonneurs de tous âges et de tous niveaux de forme. Avec, en point de mire, le sentier des narcisses, au-dessus des Avants (VD).

Panorama sur le Lac Léman
Une vue à vous couper le souffle.
Le funiculaire Les Avants-Sonloup
Le funiculaire Les Avants-Sonloup a conservé ses voitures et sa machinerie d’époque.

Faisons taire d’emblée les mauvaises langues: il ne s’agit pas de jouer les paresseux, mais de faire honneur aux moyens de transport rétro. Raison pour laquelle le premier tronçon du chemin des narcisses, au-dessus de Montreux, se fait en… funiculaire. Les incorruptibles peuvent bien sûr monter à pied – auquel cas il faut rajouter une bonne heure à la rando – tandis que les autres s’installeront sur les sièges spartiates du funiculaire historique, construit en 1910 et restauré en 2012, qui monte à Sonloup.

On quitte ainsi à 1,7 m/s la combe fleurie et immobile des Avants, ses terrasses, son institut pour jeunes filles style Belle Epoque, ses pâturages inclinés, sa chapelle au toit pointu. Un démarrage en douceur entre les potagers, les jardins lavés par la pluie.

Et puis la pente se fait plus raide, la cabine ballotte, grince, cahote, frôle les conifères et recrache ses passagers au sommet, à peine cinq minutes plus tard. Il vaut la peine alors de jeter un œil à la machinerie: en pressant sur un bouton, le local s’éclaire sur de gigantesques roues noires et crantées, dignes des Temps modernes. De quoi ravir les plus petits!

Place à l’exercice

Ancolies
A cette époque de l’année, les narcisses ont déjà disparu, laissant place aux ancolies.

La balade pédestre peut alors commencer. Difficile de se perdre, le chemin est bien tracé, balisé par les panneaux jaunes intitulés «chemin des narcisses».

Très vite, on s’enfonce dans le bois, la terre s’assombrit, détrempée comme une éponge, tandis que le pied des arbres s’allume en vert fluo: les mousses en pleine forme surlignent tout, troncs, souches, racines.

Fougères géantes, aspérule odorante et cris d’oiseaux. La forêt, gorgée d’eau, prend des allures étranges en ce début d’été. Le sentier descend, boueux, avant de remonter en lacets serrés.

Et déjà, en quelques enjambées, après quarante minutes de marche tranquille, on atteint le point culminant du jour: le belvédère du Cubly, 1157 m, où se dressait au Xe siècle la tour de guet de Salaussex. La tentation est grande alors de s’installer sur un des bancs et de laisser son regard voler à tire-d’aile entre le Linleu et les contreforts du Jura.

Après l’ascension du Cubly, on attaque la descente d’un pas tout aussi héroïque par une volée de marches géantes. Le sentier se fait bucolique entre les herbes hautes et le sous-bois où se faufile souvent le velours d’un chamois.

Chalets du village des Avants
Les Avants

A la bifurcation, on aura le choix: descendre directement sur Chamby (35 min) ou revenir aux Avants pour terminer la boucle (35 min). On prend cette seconde option, en pente douce entre les graminées et les boutons-d’or.

Il faut soudain remonter sur la gauche, quitter la route goudronnée pour suivre un petit reck entre deux cordons électrifiés, bercé par l’odeur suave des sureaux. A Fiaudire, le sentier s’enfonce à nouveau étroitement dans la forêt, avec ses ombres et ses ravines, ses rares ancolies.

Le dernier tronçon est sans doute le plus bucolique: quand on émerge soudain du bois, entre chênes moussus et aubépines, l’immense champ de fleurs veloutées court jusqu’au ciel, tandis qu’en contrebas la vue s’ouvre jusqu’au lac. Il n’y a plus de narcisses en cette saison, la floraison ayant lieu à mi-mai, mais qu’importe, la magie opère quand même.

Un appel à la rêverie

La journaliste en train de marcher.
Après quarante minutes de marche tranquille, on atteint le point culminant du jour.

Jusqu’à la fin du parcours, il y aura cette alternance de couvert et de prairie ouverte, avec ses tilleuls lourds, ses chemins herbacés qui filent vers les portails. C’est précisément de cette alternance d’ombre et de lumière, de caché et de surprise, de blotti et de jaillissement que naît l’enchantement.

Des bancs jalonnent le chemin aux endroits panoramiques: de quoi s’asseoir, parfois juste à côté des vaches grises rhétiques aux belles oreilles poilues, et rêvasser en pensant à Vladimir Nabokov traquant le papillon alors qu’il écrivait Feu pâle dans sa chambre au Montreux Palace…

Le ciel semble brusquement immense en face des Rochers-de-Naye et de la Dent-de-Jaman, la chaîne des Verraux ressurgit, tandis que l’arc d’une hirondelle fauche l’air en silence. On revient lentement à la civilisation, le sentier de gravillon devient goudron, les vergers immenses rapetissent en jardins. Et déjà se déroule la grand-route qui remonte aux Avants. Reste à se laisser tenter par un moelleux au café-restaurant du Relais... 

Le chemin de fer - musée Blonay-Chamby possède une superbe collection de véhicules historiques.

Texte: © Migros Magazine | Patricia Brambilla

Auteur: Patricia Brambilla

Photographe: Laurent de Senarclens