Archives
13 janvier 2014

A travail égal, salaire égal?

La discrimination salariale basée sur le sexe reste une réalité. Le Conseil fédéral doit-il contraindre les entreprises récalcitrantes à respecter le principe d’égalité entre femmes et hommes? Il y réfléchit.

Illustration d'un homme et d'une femme avec le signe "égal" entre eux
Par rapport à la rémunération de leur travail, hommes et femmes ne sont pas toujours sur un pied d’égalité. (Photo: Getty Images / Matt Herring)

L’égalité salariale entre hommes et femmes n’est toujours pas une réalité en Suisse. Elle est pourtant inscrite dans la Constitution fédérale, qui rappelle qu’il faut un salaire égal pour un travail égal, et concrétisée dans la loi sur l’égalité et son interdiction de discriminer les sexes. Malgré cela, une rémunération égale entre hommes et femmes reste lettre morte dans nombre de métiers. Dans le secteur privé, plus touché que le public, les femmes continuent de gagner en moyenne 23,6% de moins que leurs collègues masculins. Pire: près de 40% de ces écarts peuvent être imputés à des comportements discriminatoires de la part de l’employeur.

Mais «la lutte contre la discrimination salariale fait l’objet d’une volonté politique forte», relève Sylvie Durrer, directrice du Bureau fédéral de l’égalité entre femmes et hommes (BFEG). Le renforcement des mesures appelées à lutter contre ce phénomène est ainsi inscrit dans le programme de la législature 2011-2015 du Conseil fédéral.

Deux études portant sur l’inégalité salariale ont été mandatées par Berne. Pour décider d’éventuelles mesures complémentaires en la matière, le gouvernement s’appuiera sur leurs conclusions ainsi que sur le bilan d’un vaste dialogue d’ici à l’été prochain.

Des contrôles pour parer aux manquements?

Pour certains, c’est tout vu: il faut serrer la vis, en forçant les entreprises récalcitrantes à respecter la législation. Car ce sont quelque 7,7 milliards annuels qui manquent au budget des ménages.

Dans le cadre des marchés publics de la Confédération, le BFEG a déjà compétence pour mener des contrôles et, le cas échéant, sanctionner les entreprises fautives vis-à-vis de la loi tout comme des règles de la concurrence. L’avenir proche nous dira si ce sera l’ensemble de l’économie privée qui sera passé au crible.

Avis d'experte: Sylvie Durrer

Sylvie Durrer est directrice du Bureau fédéral de l’égalité entre femmes et hommes. (Photo: LDD)

Portrait de Sylvie Durrer sur fond neutre.
Sylvie Durrer, directrice du BFEG.

Quel est l’état des lieux des inégalités de salaires entre hommes et femmes?

La plupart de ces inégalités (62,4%) s’expliquent par des facteurs objectifs. Le reste doit être considéré comme une discrimination basée sur le sexe et interdite par l’article 3 de la loi sur l’égalité. Elle peut venir d'un manque d’intérêt ou une méconnaissance du probléme, mais aussi par la persistance de préjugés et stéréotypes.

Comment définir la discrimination salariale?

Elle est constituée de la part de la différence salariale entre femmes et hommes qui ne peut pas être expliquée par des facteurs objectifs tels que qualification, position professionnelle, branche économique, ancienneté dans l’entreprise, etc. Les derniers chiffres, issus d’une enquête de l’OFS datant de 2010, montrent que, dans le secteur privé, les femmes gagnent en moyenne 23,6% de moins que les hommes. Une part de 37,6% de ces différences ne peut être expliquée par des facteurs objectifs et relève d’une discrimination basée sur le sexe. Cet écart salarial inexpliqué représente en moyenne 677 francs par mois. Il coûte aussi cher aux familles: en 2010, ce sont 7,7 milliards de francs qui manquent au budget des ménages.

La discrimination salariale concerne la société dans son ensemble.»

Ces chiffres sont-ils en diminution?

L’écart salarial moyen entre les femmes et les hommes a diminué de 1,2% entre 1998 et 2010. Et la part discriminatoire est passée de 44,4% en 2000 à 37,6% en 2010. Le progrès est donc lent, mais néanmoins constant.

Quels sont les secteurs les plus touchés?

La discrimination est surtout élevée dans la branche des transports et de l’entreposage, ainsi que dans l’industrie chimique. Elle est par contre inférieure à la moyenne dans les branches de la santé humaine et de l’action sociale.

Cette discrimination touche-t-elle plutôt les hauts ou les bas salaires?

Les femmes disposant d’un bon niveau de formation et bien positionnées dans la hiérarchie n’échappent pas à la discrimination salariale. C’est d’ailleurs dans la branche des services, au niveau des cadres supérieur(e)s, que l’écart salarial est le plus élevé et que la part des facteurs non expliqués est la plus forte.

© Migros Magazine | Pierre Léderrey

Auteur: Pierre Léderrey

Photographe: Pierre Léderrey