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17 février 2014

A vos aiguilles!

Isabelle Kottelat revient sur la grande histoire du tricot.

Illustration montrant une pelote de laine en train de tricoter
Les plus anciennes pièces 
de tricot connues à ce jour étaient dédiées à un usage religieux.

On ne se moque pas du pull que Tata Denise a tricoté pour Noël. Le tricot, c’est sacré. S’il garde des origines obscures, les plus anciennes pièces déterrées étaient dédiées à un usage religieux: des gants et des chaussettes liturgiques. Exception faite des chaussons millénaires retrouvés en Nalbinding, son ancêtre viking: de la laine tissée en spirales.

Deux religions concourent pour le prix de la première aiguille: les coptes égyptiens et l’islam. Avant l’Orient, le tricot vient d’Asie, mais on perd le fil. Il a en tout cas voyagé jusqu’en Europe et même dans les îles Britanniques dès le Xe siècle.

Les Espagnols rescapés du naufrage de l’Invincible Armada – quand ils voulaient envahir l’Angleterre au XVIe siècle – l’ont enseigné aux pêcheurs des Shetlands, fameuses îles à laine dont l’une a donné son nom à un motif de jersey, le Fair Isle.

Un passe-temps de reine aussi

Le tricot, une histoire d’hommes? Pas uniquement. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, il sert de passe-temps convenable à ces nobles dames. La reine Marie-Antoinette adore enfiler les mailles. Ses ennemies aussi. Les aiguilles dans les mains face à l’échafaud où montent les ennemis de la Révolution française, «les tricoteuses» appellent à la Terreur.

Les hommes mettent rapidement de l’économique dans le tricot. Le révérend William Lee invente un cadre pour la ­fabrication de chaussettes en 1589. Et le bien nommé Monsieur Cotton construit en 1864 un métier à 300 000 mailles la minute.

Après le tricot utile du début du XXe siècle, c’est le tricot mode dès 2000 avec des cafés-tricot et des stars de cinéma qui s’y mettent entre deux prises (Julia ­Roberts quand même). Et la bonneterie – première appellation fort réductrice de l’industrie de la maille – n’a jamais si bien porté son nom qu’aujourd’hui où les couvre-chefs tricotés main font rage. Avec pompon sinon rien.

© Migros Magazine - Isabelle Kottelat

Auteur: Isabelle Kottelat

Photographe: Konrad Beck