Archives
8 avril 2013

A vos souhaits

Alors que cet hiver semble s'éterniser, c'est ensuite le rhume des foins qui nous guette... Isabelle Kottelat, bien loin de nous mener par le bout du nez, nous livre ses connaissances sur l'éternuement, phénomène désormais ordinaire. A moins qu'il ne nous réserve encore quelques surprises malgré sa désacralisation...

dessin d'une plume qui chatouille un bout de nez
L’air de rien, c’est parfois une tempête qui s’échappe
 de votre nez!

C’est aussi expéditif qu’un service de champion de tennis, mais c’est à la portée de chacun: éternuer. Ou l’art de projeter des miasmes à près de 200 km à l’heure!

Ce mécanisme de défense d’une violence extraordinaire boute hors des voies respiratoires microbes et autres intrus. Voyez plutôt comme vous fermez les yeux quand ça arrive: c’est pour éviter qu’ils ne sortent des orbites sous la pression, affirment les scientifiques. Et l’éternuement ne provoque rien de moins qu’une micro-interruption de la conduction électrique cardiaque.

S’il a la carrure de faire bugger tout l’organisme, à entendre certains témoignages de froissage de côtes ou de luxation d’épaule, il recèle aussi le potentiel de le recharger, comme lorsque vous faites redémarrer un ordinateur: selon des chercheurs de l’Université de Pennsylvanie (Etats-Unis), cette explosion irrésistible possède la vertu insoupçonnée de relancer le système de circulation.

Quoi qu’il en soit, les anciens avaient l’habitude de bénir ceux qui sont sujets à ce genre d’ouragan. «A vos souhaits !», telle est la formule toujours consacrée. Dans l’Antiquité, le fait d’éternuer était vu comme un bon ou un mauvais signe selon la position de la lune et des planètes. Chez les Grecs, il révélait un esprit divin: on se permettait donc de lui adresser des vœux. Dans certaines cultures, il est associé au passage d’un esprit ou un vent associé à l’âme. Certains croyaient qu’elle pouvait sortir du corps lorsqu’on éternue. C’est pourquoi on met la main devant la bouche. D’autres pensaient qu’il était provoqué par l’expulsion d’un démon. En Ecosse persiste la légende selon laquelle les nouveau-nés doivent éternuer au moins trois fois pour se libérer de l’esprit des fées.

Ceux qui ne pouvaient éternuer étaient taxés de fous ou de malades et on disait d’un convalescent qui éternuait qu’il pouvait rentrer à la maison. Bien sûr, les pestes et autres grippes génératrices d’éternuements en ont emporté tellement qu’il est devenu courant d’adresser ses vœux à celui susceptible d’y rester… D’autant que, selon la mythologie, si c’est le premier acte du premier homme sur terre, c’était aussi le dernier. Bénir Adam avant sa montée aux cieux était donc la moindre des choses.

Auteur: Isabelle Kottelat

Photographe: Konrad Beck