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17 août 2015

Agoraphobe, mais je me suis soignée…

L’agoraphobie, cette peur des espaces libres et des lieux publics, a coupé les ailes à Séverine durant près de quinze ans. Cette Lausannoise d’adoption a ramé pour s’en sortir et aujourd’hui elle a retrouvé goût à la vie et aux voyages.

Séverine agoraphobe au milieu d'une foule
Il y a encore quelques années, Séverine aurait difficilement pu endurer un tel bain de foule.

« Ma première crise, je l’ai eue à 20 ans. Elle s’est déclenchée dans un centre commercial pendant que je faisais mes courses. Tout à coup, j’ai eu les mains moites, une grosse boule au ventre, le cœur qui battait à tout rompre, des vertiges… Je n’avais qu’une envie: fuir cet endroit au plus vite!» Séverine sourit à l’évocation de cet incident qui remonte à 1995. Il faut dire qu’elle a fait du chemin depuis.

Mais il y a deux décennies, cette hypersensible ignorait qu’elle souffrait d’agoraphobie, du moins au début.

Je ne savais pas ce qui se passait, je ne comprenais pas ce qui m’arrivait, alors j’ai mis ça sur le compte de la fatigue, du stress.»

Les attaques de panique se succèdent «souvent lorsqu’il y avait du monde autour de moi». Du coup, elle se met à éviter les lieux qu’elle considère comme à risque: supermarchés, banques, restaurants, transports publics…

Un appel à l’aide

«Certains agoraphobes ne sortent plus de chez eux. Moi, je me suis forcée à mener une existence à peu près normale – je n’ai par exemple jamais cessé de travailler (elle a toujours œuvré dans des agences de voyages, ndlr) –, mais ma vie devenait sans cesse plus compliquée. Et puis, j’étais constamment inquiète, j’avais peur de devenir folle!»

Alarmés, ses proches et son généraliste tentent de la raisonner, de la rassurer. «Ils me disaient de me calmer, que ça allait passer… Mais ce n’est pas si simple: quand le mécanisme s’emballe, on ne parvient pas à l’arrêter!» Son médecin traitant lui propose des anxiolytiques. «J’ai refusé, car je ne suis pas trop médicaments.» Elle tient le coup un an, cahin-caha.

Usée par ce combat, elle finit par consulter un psy. Le diagnostic tombe: «Vous êtes agoraphobe!» «Il a mis un nom sur mes symptômes, ce n’était pas juste du stress et je n’allais pas mourir. Parce qu’on a peur de mourir quand on a une crise d’angoisse.» Séverine est soulagée, mais avec le recul elle a le sentiment aussi d’être tombée dans un «piège»:

J’avais désormais un excellent prétexte pour me dispenser d’aller à tel ou tel endroit, et j’ai fait subir à mon entourage l’excuse de l’agoraphobie.»

Cette jeune femme entame alors une psychanalyse classique durant laquelle elle revisite son enfance qu’elle qualifie pudiquement de «compliquée». «J’ai grandi dans un climat familial lourd et j’ai pris beaucoup sur moi étant petite.» De plus en plus convaincue que ressasser le passé ne réglera pas son mal-être présent, elle met un terme à ces séances. «Pour continuer d’avancer, je me suis appuyée sur ma mère ainsi que sur mon compagnon de l’époque.»

Les années et son amour passent. Pas sa phobie. «J’ai essayé diverses thérapies alternatives: sophrologie, réflexologie… Je suis même allée voir un chaman!» Avec le temps, et malgré une difficile traversée de trois périodes de deuil rapprochées, son tumulte intérieur s’apaise un peu. «A ce moment-là, j’ai également trouvé une bouée de sauvetage sur internet, le site d’un ex-agoraphobe. Je me suis dès lors sentie moins seule.»

Dans l’élan, cette Lausannoise d’adoption entame une psychothérapie cognitive et comportementale. Ce qui l’oblige, via des exercices pratiques, à se confronter à ses angoisses. Tout cela histoire de mieux appréhender le dérèglement émotionnel dont elle souffre. «J’ai tenu bon même si souvent je n’avais qu’une envie, c’était de partir en courant.» Deux ans à se coltiner sa peur pour parvenir à l’apprivoiser.

Avoir le courage d’affronter ses peurs

En rémission, donc pas encore tout à fait guérie, Séverine retourne sur le divan d’un autre thérapeute, celui qu’elle appelle son «psy de choc». On est en 2010. «Il m’a dit: Depuis le temps que vous me parlez de voyager, pourquoi ne partiriez-vous pas? Vous êtes entre deux jobs, c’est le bon moment pour réaliser votre rêve!»

Trois jours après, elle avait son billet d’avion en poche pour un périple en solitaire d’un mois en Thaïlande. «J’étais complètement cinglée, mais il fallait que je me prouve que j’avançais.» Défi relevé malgré quelques sueurs froides et crises d’angoisse. «A partir de là, j’ai recommencé petit à petit à avoir du plaisir à aller à des concerts, à me joindre à des amis en soirée et aussi à faire mes courses au supermarché.» Cette trentenaire – qui, enfant, rêvait d’être hôtesse de l’air – est même devenue une intrépide globe-trotteuse. «Ma vie maintenant, c’est voyager, c’est être libre!» Comme jamais depuis qu’elle est débarrassée du boulet de l’agoraphobie…

Texte © Migros Magazine – Alain Portner

Auteur: Alain Portner

Photographe: Loan Nguyen