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14 décembre 2015

Aider les parents, c’est aider les enfants

Des adultes bien armés pour affronter le quotidien sont mieux à même de soutenir leur progéniture. Fort de ce constat, l’Espace Parents de l’EPER, à Neuchâtel, conseille les mères et pères qui en ont besoin dans leurs démarches administratives.

L’Espace Parents de l’EPER, à Neuchâtel
Lors des ateliers, Florianne Charrière et Sophie Sarr (au centre) permettent aussi aux parents de sortir de leur isolement.

Il est à peine plus de 18 h 45 et la Villa Yoyo, qui propose à Neuchâtel des activités en dehors des heures d’école, continue à résonner de rires d’enfants. Ce soir, les plus jeunes accompagnent toutefois leurs mamans à l’Espace Parents. Sise au sein de la Villa Yoyo, cette structure mise sur pied en 2009 par l’Entraide protestante suisse (EPER) accueille petits et grands et offre aussi bien des ateliers que des conseils.

Comme l’explique sa responsable, Sophie Sarr, son objectif est de donner aux parents les moyens de régler toutes sortes de questions, partant du principe que des adultes bien armés pour affronter les difficultés du quotidien seront aussi mieux à même de soutenir leurs enfants. Cette initiative est l’un des projets qui bénéficient, cette année, de la collecte de dons de Migros.

L’Espace Parents est né du constat des responsables de la Villa Yoyo que les adultes aussi avaient parfois besoin d’aide. Il tient deux permanences hebdomadaires, le mardi soir et le jeudi matin. L’an dernier, elles ont permis d’accompagner une cinquantaine de parents de vingt-six nationalités différentes. Cet espace propose aussi des ateliers destinés à «tisser du lien» et sortir de l’isolement.

Une fenêtre ouverte sur le monde et sur la Suisse

Ce soir, l’atelier «puzzle» rassemble une belle diversité de parcours. Comme Semhar et Tiegsti, deux Erythréennes, Habiba et Leyla, originaires de Somalie, sont venues autant pour entraîner leur français que pour partager un moment ludique et rencontrer du monde. «On vient aussi quand on a besoin d’écrire une lettre ou de comprendre un formulaire», expliquent les deux femmes. Dominique, Suisse allemande qui a longtemps travaillé sur des bateaux de croisière, trouve ici à la fois un moment ludique et une fenêtre ouverte sur le monde. «Je viens pour les ateliers cuisine, les bricolages et pour rencontrer des gens d’autres pays. J’ai travaillé avec quarante nationalités différentes et, pour moi, cette diversité multiculturelle est une richesse.»

A côté d’elle, Agnès esquisse avec sa fille Léa les contours de ce qui deviendra ensuite le puzzle. Congolaise d’origine, elle est arrivée à Neuchâtel lorsque son mari franco-britannique est venu y travailler, après un séjour à Londres. «Nous avions choisi le côté francophone de la Suisse pour que je puisse trouver un emploi», explique-t-elle. Mais elle a très vite découvert que ses diplômes d’assistante de direction et de formatrice d’adultes n’étaient pas reconnus et ne lui permettaient pas de décrocher un travail. Dans son parcours pour entreprendre de nouvelles formations, elle a trouvé conseils et soutien à l’Espace Parents.

Le besoin d’avis différents et d’une aide ponctuelle est aussi ce qui a conduit Amani à la permanence. «Ma fille a rencontré des problèmes à l’école que je n’arrivais pas à résoudre, raconte cette aide soignante tunisienne. Elle n’avait que des remarques négatives et des smileys qui font la grimace. Elle a aussi été punie de manière qui me semblait inadéquate pour une enfant de son âge. Je ne savais pas si c’était normal, alors j’ai demandé conseil à Sophie. Elle m’accompagne aussi aux rendez-vous scolaires. Avec elle, je me sens en sécurité.»

Renforcer les parents et servir de relais

Alors que Florianne Charrière, responsable des ateliers, fait le tour des participants en donnant des conseils, Sophie Sarr, elle, est à l’écoute. «Notre rôle est de renforcer les parents mais aussi de les aider à créer et enrichir leur réseau, explique la responsable. Nous ne remplaçons pas les services existants, mais nous orientons les parents aux bons endroits.»

Après avoir organisé ces rencontres uniquement à la Villa Yoyo, l’Espace Parents a décidé d’investir différents lieux de vie pour aller à la rencontre des populations moins favorisées. «Maintenant, par exemple, nous organisons des ateliers dans un immeuble logeant des requérants d’asile», explique Sophie Sarr. A côté d’autres collaborations avec diverses associations, cette manière de faire a permis de développer une vraie mixité sociale. «L’Espace Parents a une approche globale qui touche à toutes sortes de questions et dans laquelle nous servons de pont, de relais.»

Auteur: Anne-Isabelle Aebli

Photographe: Christophe Chammartin