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3 mars 2014

Lionel Jeannerat, un drôle d'historien!

Le Jurassien Lionel Jeannerat aime jouer avec l’histoire. Au point de créer un jeu de rôle ayant pour décor La Chaux-de-Fonds à la Belle Epoque. Avis aux amateurs, celui-ci sera dévoilé au festival Ludesco qui se déroulera, du 7 au 9 mars 2014, dans la Métropole horlogère.

Lionel Jeannerat, historien et créateur du jeu de rôle baptisé "La Chaux-de-Fonds 1904"
Lionel Jeannerat: «Je m’attache beaucoup à la psychologie des protagonistes.» Photo Matthieu Spohn

Jurassien de cœur exilé à Neuchâtel, Lionel Jeannerat n’est pas du genre historien poussiéreux et ennuyeux. Même s’il avoue prendre du plaisir à plonger dans les archives et à feuilleter les pages défraîchies de vieux bouquins, ce qu’il préfère entre tout, c’est écrire des biographies de personnalités hors normes comme celle du curé Copin ou accoucher de scénarios franchement ludiques. Sa dernière création? «La Chaux-de-Fonds 1904», un jeu de rôle qui combine justement à merveille ses deux passions.

«Tout a commencé à la Bibliothèque de la Ville de La Chaux-de-Fonds où j’effectuais mon service civil, raconte-t-il. En compulsant des documents, je suis tombé sur un véritable personnage de roman qui s’appelait Alexandre Favre. C’était un médecin parano mais populaire à qui l’on avait retiré le droit d’exercer parce qu’il pratiquait des avortements jugés abusifs.»

Ces faits remontent au début du siècle passé, «un moment charnière de l’histoire de la Métropole horlogère» avec grève des maçons et occupation militaire. Le décor était planté. Restait à tricoter un récit mêlant habilement et joyeusement réalité (les événements précités) et fiction (le cadavre d’un ouvrier italien découvert dans le jardin d’une maison hantée). «C’est une œuvre romanesque, mais historiquement documentée», précise Lionel Jeannerat.

Cet auteur sait qu’il tient là un excellent sujet. Suffisamment bon en tout cas pour convaincre un éditeur de sa connaissance d’inclure cet épisode neuchâtelois à rebondissements dans sa collection phare baptisée «Crimes». «Ce sont des jeux de rôle qui plongent les joueurs dans des enquêtes se situant à la Belle Epoque, à Paris durant la Commune par exemple.»

Cinq personnages, un meneur de jeu et un narrateur

Dans «La Chaux-de-Fonds 1904», cinq quidams se réuniront autour d’une table pour s’improviser détectives: un médecin d’obédience radicale, un instituteur épris d’anarchisme, un commerçant juif qui fait des affaires dans l’horlogerie, une jeune veuve prétendument folle et une sage-femme qui ne craint pas d’afficher ses sympathies socialistes. Et pour leur faciliter la tâche, ils seront épaulés comme il se doit – par un meneur de jeu et narrateur.

«Je m’attache beaucoup à la psychologie des protagonistes. Durant la partie qui dure environ quatre heures, ces derniers devront faire face à des conflits intérieurs en procédant à des choix qui iront peut-être à l’encontre de leurs convictions morales, politiques ou religieuses», sourit cet historien malicieux.

Déjà testé et approuvé, son jeu sera officiellement verni dans le cadre du festival Ludesco dont il est l’une des chevilles ouvrières.

Mais ce Jurassien n’en est pas à son coup d’essai. Il a déjà à son actif trois autres jeux de rôle: le premier destiné aux enfants («Animaland»), le deuxième réservé aux couples avertis («Romance érotique») et le troisième écrit à quatre mains pour les amateurs d’univers inquiétant à la Jack l’Eventreur («Billet rouge»).

J’ai découvert le jeu de rôle à 17 ans et ça a été un déclic, une révélation... Le fait d’incarner un personnage, c’est magique, ça a quelque chose de grisant!

Lionel Jeannerat aura 30 ans en avril prochain, mais son état ne semble pas près de s’améliorer. Pire, il s’aggrave puisque ce jeune homme occupe aujourd’hui la présidence de Swiss Made JdR (une association qui promeut le jeu de rôle en Suisse) et gagne son pain en tant qu’historien et créateur de jeux indépendant. «Ces deux activités se goupillent bien, elles sont même complémentaires.»
Ses yeux pétillent comme ceux d’un gosse ou plutôt d’un adulte qui a su conserver son âme d’enfant…

© Migros Magazine – Alain Portner

Auteur: Alain Portner