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17 juin 2016

Au chevet des bêtes en détresse

Soigner les animaux sauvages est l’une des missions historiques du parc animalier La Garenne, à Le Vaud (VD). Petits et plus gros blessés y sont remis sur pattes... rapidement si possible, pour éviter l’accoutumance à l’être humain.

Une fois soigné et devenu suffisamment grand et autonome, ce petit oiseau sera relâché.

Le blaireau a mauvaise réputation. Il est même devenu synonyme de «personnage insignifiant, naïf, ridicule», nous dit le Robert. Eh bien, le Robert n’a pas dû visiter le centre de soins du parc animalier La Garenne, à Le Vaud (VD). Ni faire la connaissance des deux femelles blaireaux qui y récupèrent: plus sympathiques, il n’y a pas.

Soigner les animaux sauvages est une des missions historiques du parc. Des animaux blessés, abandonnés, perdus ou orphelins.

Le but, explique le biologiste Raoul Feignoux, c’est de pouvoir les relâcher. Ceux qu’on ne pourra pas relâcher ou qui restent handicapés, on les intégrera au parc.»

Le centre, doté d’une salle d’opération, d’une salle de soins et d’isoloirs où les pensionnaires peuvent récupérer tranquillement, reçoit chaque année environ 500 à 600 animaux. Beaucoup de hérissons, pas mal de chauves-souris et de petits oiseaux. Viennent ensuite quelques plus gros morceaux, genre renard ou, justement, les blaireaux. «On reçoit beaucoup d’animaux qui vivent autour des maisons et que les habitants ont récupérés. Des promeneurs aussi nous en amènent.»

Parmi les animaux qui auront retrouvé la grande forme, tous ne seront pourtant pas relâchés. La faute à «l’imprégnation». «Certains sont arrivés ici bébés, ils ont été biberonnés, ils n’ont plus peur de l’homme, ils sont apprivoisés. Relâchés, ils iraient chez les gens quémander de la nourriture ou des caresses, et ce n’est pas le but. Nous avons par exemple ici un blaireau qui essaie de se mordiller la queue pour attirer l’attention, cela devient un TOC. Nous ne le relâcherons pas, ce serait l’exposer à trop d’ennuis.»

Le blaireau est très sociable et s’apprivoise facilement.

Ne pas les habituer à l’homme

Les renards, les fouines ou les écureuils sont parmi ceux qui peuvent causer ce genre de problèmes. «Pour l’écureuil, l’imprégnation se fait, mais disparaît assez vite une fois relâché. C’est moins simple avec les autres mammifères, il faudrait avoir très peu de contacts avec eux, juste pour changer la nourriture, pas de caresses si on espère ensuite pouvoir les relâcher.»

Ainsi, quand le garde-faune amène un chevreuil, l’enjeu sera de le garder le moins longtemps possible au centre pour éviter «l’imprégnation». «Le temps de régler le problème. On a eu un cas dernièrement, juste une blessure à l’épaule, on a nettoyé la plaie, désinfecté, et dès que ça a commencé à cicatriser, on l’a relâché.» Raoul Feignoux cite le cas d’un cerf arrivé bébé:

On n’a plus jamais pu le relâcher. Dès qu’un humain était là, il s’en approchait pour réclamer de l’affection.

Ce genre d’animaux, si on les relâche, ils vont aller autour des maisons, ils n’auront plus la vie sauvage qu’on aimerait qu’ils aient. N’avoir plus peur de l’homme est dangereux pour eux, ne serait-ce qu’à cause des routes ou des gens qui voudraient leur faire du mal.»

La nourriture est en fonction de l’animal. Ce bébé hérisson est nourri au lait de chien.

Dans la salle de soins, ce jour-là, un oiseau minuscule. «Peut-être une grive, c’est difficile à dire quand ils sont si petits.» Il sera soigné, nourri, puis, devenu suffisamment grand et auto-nome, relâché. «Avec les oiseaux, il y a moins de contacts, on n’a pas ce phénomène ‹d’impré­gnation›, sauf peut-être pour les perroquets.» Quant à l’agresseur, il est bien connu des services: «Les animaux blessés qu’on nous amène, chauves-souris, petits oiseaux ou, plus rarement, lézards, ont souvent été victimes de chats.»

A cette époque de l’année, la plupart des pensionnaires sont des bébés.

Soit parce que les parents ont été tués, soit que les oiseaux tombent du nid et, du coup, les parents ne s’en occupent plus.»

Un petit hérisson s’adonne ce matin-là aux joies du biberon. «On lui donne du lait de chien. La nourriture est en fonction de l’animal. Comme le hérisson est un insectivore, donc mangeur de viande, on est obligé de lui donner du lait pour carnivores.» Les herbivores, comme le chevreuil, auront droit naturellement à du lait d’herbivore, «du lait de mouton ou de chèvre. Jamais du lait de vache, ce n’est pas bon, ce ne sont pas les bonnes protéines, et ça provoque surtout des diarrhées.»

Cette petite boule de piquants est arrivée la veille. Elle avait déjà les yeux ouverts, ce qui permet d’estimer à peu près son âge: «environ deux semaines». L’animal ne pèse pas bien lourd: 98 grammes, alors qu’un adulte fera facilement 700 grammes. «On utilise des plaques chauffantes pour leur maintenir une certaine température parce que la mère n’est plus là, qui donne de la chaleur au nid.»

Ceux qui restent, ceux qui partent

Au rythme de quatre ou cinq nourrissages par jour, bébé hérisson atteindra en un mois, un mois et demi, le poids à partir duquel il pourra être relâché: 500 grammes minimum à cette période de l’année: «Alors qu’en automne on ne les relâchera qu’au-delà de 600 grammes parce qu’il leur faudra une certaine réserve de graisse pour hiberner, sous les feuilles ou sous de la terre.» Les trop maigres passeront l’hiver au centre.

Pas de problème «d’imprégnation» avec l’être humain non plus pour le hérisson.

«S’il vit à proximité des habitations, c’est à cause des jardins et de la nourriture potentielle qui s’y trouve, pas pour rechercher un contact affectif avec les hommes.»

Notre journaliste Laurent Nicolet a fait une conquête...

Mais les blaireaux, direz-vous? On y vient. Les voilà, les orphelines. Les traitements sont terminés, elles sont en convalescence. L’une est arrivée de Genève, l’autre de Blonay (VD). «Elles ont été récupérées parce que les mamans ont été tuées sur la route et les bébés erraient tout seuls.» Raoul Feignoux est soulagé que ce soient deux femelles.

Du coup, on va pouvoir les garder au parc. Pour les blaireaux on n’accepte que des femelles, car on n’a pas envie d’avoir des bébés et ne pas savoir quoi en faire.»

Impossible de relâcher les deux demoiselles. «Elles sont très ‹imprégnées›. Il faut dire que le blaireau est un animal très sociable qui s’apprivoise facilement, c’est très joueur à cet âge-là.» L’intégration dans le parc se fera progressivement. «D’abord un premier contact pour qu’elles reconnaissent des odeurs de blaireaux, puis un contact visuel avec d’autres blaireaux et, si cela se passe bien, on pourra les mettre avec leurs congénères.»

Au fait, pourquoi un animal aussi attachant a-t-il si mauvaise réputation? Le biologiste hésite. «Ils font des dégâts et creusent des terriers. Et longtemps on utilisait leurs poils pour le rasage.» Et comme on dit chez les blaireaux: «C’est la barbe!»

Texte: © Migros Magazine | Laurent Nicolet

Auteur: Laurent Nicolet

Photographe: François Wavre/Lundi13