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27 novembre 2014

Allô Obama, bobo?

La chronique hebdomadaire de Xavier Filliez, un Suisse expatrié à New York.

Un enfant se fait examiner par un médecin aux Etats-Unis, où la visite chez le pédiatre est obligatoire pour intégrer l'école.
La visite chez le pédiatre est obligatoire pour intégrer l'école américaine. Notre certificat médical suisse n'a pas suffi.

Je veux juste être super-honnête avec vous. Quand j’ai posé les pieds en Amérique, ce que je connaissais du système de santé, je l’avais appris dans Dr. House ou Nip Tuck. Ok, j’en savais un poil plus: tout ici, dès lors que tu franchis le seuil d’un hôpital où d’une clinique, est infiniment cher et on ne peut plus opaque. En fait, les Etats-Unis affichent les dépenses de santé les plus importantes au monde, 17% du PIB selon l’OCDE. C’est deux fois plus que le Japon et la Suède où la population est globalement en meilleure santé et vit plus longtemps.

Que la pharaonique réforme de la protection sociale, Obamacare, parvienne, un jour, à y remédier partiellement ou intégralement, n’est pas le débat. Il n’y aura d’ailleurs pas de débat dans ces colonnes mais deux anecdotes et demie qui pimentent le quotidien d’un expatrié débutant, père de famille vigilant et hypocondriaque juste comme il faut. Retenez-en, à votre guise, le plus grave ou le plus comique.

On commence par le comique. Coup de fil de l’école: Romane est à l’infirmerie. Entre deux battements de cœur, tu échafaudes un plan d’urgence en écoutant la «nurse» poser son diagnostic: un petit mal de ventre. Idem la semaine suivante: elle est pâle. Rebelote celle d’après: un chagrin. Tout le monde a l’air content sauf toi: l’infirmière scolaire qui collectionne les rapports. Et la petite Suissesse qui se paie une visite de l’établissement entre le lunch et la classe de «drama».

Il y a les petits bobos, les poux, la grippe. Mais il pourrait y avoir largement plus tragique. Une rencontre impromptue avec un camion du FDNY (les pompiers). Une crise cardiaque. Ebola. Le retour de la peste. Tu ignores tout, dans ces cas-là, de tes chances de survie mais il y a une chose que tu sais au-delà du raisonnable: c’est que tu ne veux pas, absolument pas, devoir payer pour ça.

La facture pour une visite médicale de routine est salée: 900$ pour une visite de routine, une prise de sang et un rappel de vaccin pour Romane et Balthazar.
Vous ne repartez pas du centre médical sans vous être acquitté de la facture: 900$ pour une visite de routine, une prise de sang et un rappel de vaccin pour Romane et Balthazar. Mieux vaux avoir une bonne couverture santé et accident.

Après le comique donc, et la perspective du tragique, voici le tragi-comique, comme dans les séries, avec un exercice pratique chez le pédiatre, visite imposée par l’école des enfants qui veut une trace de leurs antécédents médicaux. Tu rassures les marmots, 7 et 4 ans. - Mais non, ça ne fera pas mal. Une grosse demi-heure, dont dix minutes de consultation avec la doctoresse, deux rappels de vaccins, une prise de sang. Et la facture au guichet qui te souhaite la bienvenue en Amérique: 900$. A payer sur-le-champ.

En fait, si, ça fait très mal.

On avait eu un aperçu assez édifiant avant notre départ de Suisse de l’exorbitance des coûts de la santé outre-Atlantique: la plupart des caisses maladies/accidents proposaient des couvertures internationales pour les expatriés «exclus les Etats-Unis.» Couverture planétaire donc, moins 9,6 millions de kilomètres carrés. Conseil d’ami à ceux que l’expatriation chez l’oncle Sam intéresse: la CSS propose un «International Health Plan» «inclus les Etats-Unis» à des prix raisonnables pour une bonne couverture. Je veux juste être super-honnête avec vous: j’espère que maintenant, elle va me rembourser.

© Migros Magazine - Xavier Filliez

Auteur: Xavier Filliez