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24 avril 2017

Ambassadeurs des oiseaux

Birdlife propose une formation à l’intention des très nombreux ornithologues amateurs que compte la Suisse romande. L’objectif? Approfondir leurs connaissances, mais aussi en faire des acteurs de la protection de cette espèce animale.

François Turrian et Yannick Storrer au centre-nature de La Sauge. Situé entre Ins (BE) et Cudrefin (VD), ce centre propose aux visiteurs un parcours extérieur de 500 m équipé de trois observatoires.

Les oiseaux constituent, paraît-il, l’espèce animale la plus étudiée au monde. Est-ce l’incroyable variété de leurs couleurs, les infinies mélodies de leur chant ou tout simplement leurs vols qui nous fascinent depuis toujours? Un peu tout ça à la fois chez Yannick Storrer, qui appartient à la cohorte de leurs défenseurs en Suisse. Des passionnés qui, en plus de passer des heures l’oreille aux aguets et le nez en l’air, jumelles sur les yeux, sont souvent avides de connaissances. C’est en pensant à eux que Birdlife, l’Association suisse pour la protection des oiseaux, a mis sur pied une «formation romande en ornithologie, qui a vu le jour en janvier 2011, avec la collaboration de Nos Oiseaux, une société pour l’étude et la protection des oiseaux. Depuis lors, une trentaine de personnes par volée se lancent à la découverte de quelque 170 espèces d’oiseaux nicheurs de Suisse à travers neuf cours et huit excursions», explique François Turrian, directeur romand de Birdlife Suisse. Et encore, il ne s’agit là que d’un premier cursus, complété depuis août 2013 par un second niveau de perfectionnement, «qui s’élargit aux oiseaux hivernants, aux rapaces ou encore aux migrateurs», explique Yannick Storrer. Biologiste de formation, la brune quadragénaire adore la nature et en a fait son métier, comme collaboratrice scientifique du Service Faune, Forêt et Nature (SFFN) du canton de Neuchâtel. «Mais ma spécialité jusque-là, ce sont plutôt les plantes, et notamment les plantes invasives. La passion des oiseaux s’est développée petit à petit, en commun avec mon époux qui réalise beaucoup de photos dehors. A l’époque de mes études, le cursus en biologie ne proposait pas beaucoup de choses concernant les oiseaux. C’est plus récemment que j’ai ressenti le besoin d’approfondir mes connaissances, d’être encadrée scientifiquement.»

Deux martins-­pêcheurs, dont l’habitat est 
menacé, exposés au centre-nature de La Sauge.

A la fin du second module, qu’elle a suivi entre 2013 et 2014, Yannick Storrer a dû, comme chaque participant, développer un projet personnel dans le domaine de la protection des oiseaux.

L’idée du cours est également que les personnes formées deviennent des acteurs de cette protection, en rappelant que l’état de santé des oiseaux reste un excellent baromètre de celle de la nature en général»,

note François Turrian. Yannick Storrer a ainsi choisi la revitalisation d’une parcelle agricole abandonnée et envahie de broussailles, avec cartographie des oiseaux nicheurs, près de chez elle à Marin (NE). «Cela nous a aussi permis d’aller construire en famille sept nichoirs dans un atelier de menuiserie. Et c’était génial. C’est cette forme d’action concrète qui m’intéresse avant tout.»

L’exposition temporaire «Les maîtres du ciel», au centre-nature de La Sauge, est consacrée aux particularités du vol des oiseaux.

Un engouement qui ne faiblit pas

Si sa formation universitaire lui a naturellement grandement facilité la tâche – Les participant(e)s sont issus de milieux professionnels variés, à l’instar des forestiers et parfois des accompagnateurs de moyenne montagne – Yannick Storrer a tout de même un peu séché sur les cris (à ne pas confondre avec le chant) de certains oiseaux. «Certains sont difficiles à mémoriser en raison de séquences sonores très courtes. Chez les passereaux par exemple, il existe une quarantaine d’espèces qui font une sorte de ‹tchip› très proches.» Les limicoles, ces petits échassiers migrateurs, s’avèrent également parfois difficiles à distinguer.

Alors que va s’ouvrir la 7e volée des cours dispensés par Birdlife et Nos Oiseaux, l’engouement ne faiblit pas. «Nous sommes à chaque fois complets», reconnaît François Turrian. Comment comprendre un tel enthousiasme? En tout cas pas par le nombre d’espèces vivant en Suisse: à peine 500 (dont 230 nicheuses) sur les 11 000 peuplant la planète. «Peut-être davantage parce qu’ici, autant voire plus qu’ailleurs, l’usage intensif de pesticides, l’invasion des plantes comme le thuya et le laurel et la destruction des habitats font peser une vraie menace sur l’avenir de nombre d’espèces.

Il suffit de demander à nos grands-parents de nous parler du nombre d’alouettes ou d’hirondelles dans des endroits du pays où ils ont désormais quasiment disparu pour s’en convaincre.»

Sensibiliser autour de soi voire au-delà, développer des projets de sauvegarde, bref avoir une part active dans la préservation de la nature et des oiseaux grâce à de meilleures connaissances: voilà ce qui semble motiver nombre d’ornithologues amateurs. «En créant cette formation, l’idée est également de former des poignées d’ambassadeurs des oiseaux et des réseaux de compétences un peu partout en Suisse romande», conclut François Turrian.

Texte: © Migros Magazine / Pierre Léderrey

Auteur: Pierre Léderrey

Photographe: Christophe Chammartin