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14 décembre 2015

Amélie Daniel, la vie en musique

A 30 ans, la chanteuse vaudoise ne se repose pas sur le succès de son premier album et prépare déjà le second. A son rythme, pour ne pas se perdre en chemin.

amélie daniel photo
Amélie Daniel veut prendre le temps de se construire une vraie personnalité musicale.

L’éclosion artistique d’ Amélie Daniel se chantonne comme une comptine merveilleuse. Partie à Paris avec son courage, une bonne démo et sa voix déjà rodée sur bien des scènes de Romandie, la jeune femme d’origine broyarde en revient avec un premier album remarqué, Cent souvenirs terriens, lancement d’une carrière de chanteuse prometteuse.

Dans les faits, évidemment, l’histoire s’avère plus longue, davantage cheminement entêtant que miracle parisien. Elle n’en est que plus belle. «Je suis partie à Paris pour la première fois en 2007. Mais la musique est pour moi une évidence, et le chant une passion depuis que je suis petite fille.» Amélie Roder grandit alors en pleine campagne de la Broye vaudoise, à Combremont-le-Grand. La fratrie de quatre enfants, dont elle est l’aînée, entend beaucoup de musique à la maison, Jean-Jacques Goldman se disputant la chaîne familiale avec les Beatles. Et puis il y a le grand-père Daniel, qui chante, joue de l’accordéon en semi-pro et organise de petits concerts dans son garage avec les enfants du quartier. «J’avais 8 ou 9 ans. J’y ai recueilli mes premiers applaudissements, mes premiers encouragements.» Alors forcément, quand il s’agira de se trouver un nom de scène, comme un remerciement elle prendra le prénom de celui qui l’a toujours soutenue. «Il est décédé très peu de temps avant la sortie de mon disque. Dommage», déplore la jeune femme blonde de 30 ans.

Cours de piano, puis la confirmation d’une vocation à l’adolescence en participant à une chorale gospel montée dans les environs de son village. «J’ai été choisie pour chanter en solo. A 14 ans, j’ai fermement décidé d’en faire mon métier.» Ce sera ensuite le gymnase option spécifique musique tout en rentrant pendant trois ans dans les cours du soir de Funambule , école privée nyonnaise dédiée à la chanson et au spectacle.

C’était évidemment une période très chargée, puisque je passais des bancs d’Yverdon-les-Bains à ceux de la côte vaudoise.

Mais en même temps j’y ai appris plein de choses. Pas seulement autour de la performance musicale, mais aussi autour de la scène, du théâtre et bien sûr de la fabrication d’une chanson. J’y suis entrée dans la catégorie auteur-compositeur, et c’est là que j’ai écrit ma première.» Nous sommes en 2002, Amélie n’a pas encore 18 ans.

S’enchaînent alors la participation à plusieurs formations de styles musicaux différents entre Lausanne et Yverdon. Mais aussi des cours dans ce qui est encore l’ EJMA (Ecole de jazz et des musiques actuelles) à Lausanne. En 2007, toujours soutenue par sa famille, la jeune femme veut tenter l’aventure parisienne. «J’ai un peu plus de 20 ans et quelques économies. J’ai alors écrit plusieurs chansons, toujours en français. Alors Paris était une évidence. On me donne le nom d’une boîte de production appréciée des artistes qu’elle respecte. J’ai réalisé en studio un CD de démos. Je le prends sous le bras et prends le TGV pour tenter ma chance.» Six titres avec lesquels elle compte bien convaincre. Non pas un label, mais une agence de production. «Ce que l’on appelle un producteur exécutif, qui rassemble les bonnes personnes pour faire un album.»

Loin des paillettes parisiennes

La première visite ne donne rien. La porte est close et, sans code ni nom de personne, autant rebrousser chemin. Le lendemain, il pleut à verse. Intrigué, un des directeurs de l’agence lui propose de rentrer au sec boire un café. «Je crois qu’il a été séduit par l’histoire un peu cliché de la jeune Suissesse qui veut monter à Paris.» L’écoute des démos achèvera de convaincre ce professionnel pas tout à fait inconnu puisqu’il s’agit de Vincent-Marie Bouvot, qui a notamment travaillé avec Florent Pagny ou Zazie. Il y a pire comme entrée en musique.

Il faudra ensuite près de deux ans d’allers et retours entre la Ville lumière et la Suisse romande. «On se voyait une à deux fois tous les deux ou trois mois et je bossais mes morceaux entre-temps.» Courant 2010, Amélie Daniel décide de prendre un peu de recul, préférant la tranquillité de la région lausannoise où elle habite désormais au stress parisien. «Je me sens définitivement plus à l’aise dans l’anonymat de la Suisse romande que dans certains milieux un peu show-off. Et je veux prendre le temps de construire une vraie personnalité musicale qui me ressemble. Tant pis si je rate quelques opportunités.» C’est ainsi que la chanteuse vaudoise décide de réenregistrer les voix en Suisse pour retrouver un son qui ressemble vraiment à ce qu’elle veut.

Cent souvenirs terriens sort finalement en octobre 2013, treize titres mélangeant pop enjouée et chanson française d’une jolie fraîcheur. Sans oublier un côté iconoclaste qui fait penser à celui d’Olivia Ruiz, avec notamment des étrangetés comme ces ondes Martenot, l’un des premiers instruments de musique électroniques inventé en 1928. «Celui qui en joue s’appelle un ondiste, et il n’y en a qu’une poignée en francophonie.

J’aime beaucoup les sons originaux et je m'inspire notamment des groupes écoutés par mon père lorsque j’étais petite, comme Supertramp.»

Cultivant ses racines, Amélie Daniel aime aussi à s’entourer de personnes de confiance. Ses musiciens changent peu, son père s’occupe de sa promotion et son frère s’occupe du site internet. Alors que le second album se profile déjà, le premier single est annoncé pour février. «Le ton restera assez léger, mais avec l’un ou l’autre texte plus grave. Je donne des cours de chant et de piano, avec internet on peut m’écouter à l’autre bout du monde. Rester moi-même et toucher un maximum de monde avec ma musique, c’est tout ce dont je rêve.» 

Texte: @ Migros Magazine | Pierre Léderrey

Auteur: Pierre Léderrey

Photographe: François Wavre