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8 juin 2015

Anchois MSC: une promesse se réalise

Les anchois de la mer Cantabrique sont considérés comme les meilleurs du monde. Leur histoire constitue aussi une réussite exemplaire. D’un état de nécessité écologique et d’une crise économique on est passé à une surprise biologique.

Vue aérienne du golfe de Gascogne
Sur la côte nord de l’Espagne, dans le golfe de Gascogne, on pêche les meilleurs anchois de la planète.

Depuis quelques mois, pour empêcher que le scénario de crise ne se répète, Migros ne vend que des anchois pêchés de manière responsable. C’est le premier détaillant au monde à pouvoir le faire. En cela, l’enseigne respecte une nouvelle fois sa promesse de n’offrir à sa clientèle, d’ici à 2020, que des poissons et des fruits de mer de provenance durable.

Sinforiano de Mendieta, un homme qui respire la bonne humeur, est en route vers les pêcheurs de Cantabrie. Certains d’entre eux tiennent à un écosystème intact. D’autres songent d’abord à leurs revenus. Ici, au nord de l’Espagne, où la mer est rude et les vertes collines font penser à la Suisse, le chômage est inférieur de 2% à la moyenne nationale. Il n’empêche: un travailleur sur cinq n’a pas d’emploi.

Les réserves de poissons ont été surexploitées

Les pêcheurs MSC  en train de lever les filets.
Les pêcheurs MSC lèvent les filets à larges mailles dans lesquels se trouve une multitude d’anchois issus de la pêche responsable.

«Nous devons faire comprendre aux pêcheurs que nous ne pourrons l’emporter que si nous protégeons la mer, explique Sinforiano de Mendieta. Nous devons même en faire plus que ce que les prescriptions légales exigent. Il s’agit d’une ressource que l’on peut repousser, mais qui n’est pas illimitée.» L’entrepreneur et partenaire de longue date de Migros a vécu la crise. Il y a neuf ans, la Commission européenne de la pêche a été contrainte de décréter une interdiction de pêcher les anchois de la mer Cantabrique. Malgré les avertissements des scientifiques et des protecteurs de la nature, les bancs de poissons ont été surexploités.

Cageots de poissons qui viennent d'être pêchés.
Des poissons tout frais!

Les engrualis encrasicolus, comme on nomme en latin ces poissons argentés et brillants, ont rendu la Cantabrie célèbre. Ils passent pour les meilleurs de la planète. En priorité, ce sont des femmes qui sont affectées à leur préparation. Elles sont plus habiles de leurs mains. Il s’agit de lever délicatement les filets et de les déposer soigneusement dans des boîtes. Soudainement, toute une industrie, qui avait pris son essor dans la région durant plusieurs décennies, s’est trouvée menacée. Plus de 3000 pêcheurs et plus de 60 petites entreprises, familiales pour la plupart, ont failli disparaître. Pour survivre, certaines se sont mises à importer des anchois de la Méditerranée ainsi que d’autres régions jusqu’à ce que les bancs présents devant leur porte se reconstituaient.

A la grande surprise des biologistes, cette mutation s’est faite plus vite que prévu. En 2010, l’Union européenne a pu de nouveau libérer les quotas, tout en les réduisant. Elle en a aussi profité pour durcir d’une manière générale les règles, afin de promouvoir la pêche responsable.

«C’est déjà bien, mais pas encore assez bon,

avait commenté à l’époque Laura Rodríguez Zugasti, responsable de l’ONG «Marine Stewardship Council» (MSC) pour l’Espagne et le Portugal. Elle a exigé que les volumes soient portés au niveau le plus haut et le plus favorable tout en réclamant que l’on empêche des prélèvements dommageables dans l’habitat marin. C’est aussi le but que poursuit Migros depuis des années. D’ici à 2020, le grand détaillant a promis de ne vendre que des poissons et des fruits de mer qui ne sont pas menacés de disparition.

Un engagement sérieux du point de vue éthique

Portrait de Laura Rodríguez Zugasti sur le pont d'un bateau.
Laura Rodríguez Zugasti, responsable MSC Espagne/Portugal

Afin de tendre encore davantage vers cet objectif, un représentant de Migros s’est rendu il y a deux ans en Cantabrie, en compagnie de Sinforiano de Mendieta et de Laura Rodríguez Zugasti. Ils se sont mis à table avec les autorités régionales, les associations de pêcheurs et les travailleurs. Ils ont beaucoup discuté. Ils se sont aussi querellés. Il a été question d’engagements, de quotas, de devoirs, de contrôles… Le trio a plaidé pour une pêche plus écologique et plus efficace. Pour davantage d’éthique et pour un modèle d’affaires viable dans la durée.

Entre-temps, de nombreux pêcheurs, ainsi que la plus grande organisation d’exploitants d’anchois, se sont joints à la démarche. Ils ont beaucoup appris et investi pour mettre en œuvre les 28 prescriptions les plus strictes émises par le MSC (lire encadré). Depuis quelques mois, Migros est le premier détaillant au monde à pouvoir offrir des anchois de Cantabrie certifiés MSC. En cela,

l’entreprise augmente à 97% la proportion des poissons et des fruits de mer pêchés de manière responsable, ce qui lui permet quasiment de tenir déjà maintenant sa promesse.

On pêche avec des filets à grosses mailles

Le pêcheur de Cantabrie Antonino San Martín
Le pêcheur de Cantabrie Antonino San Martín s’engage pour sa patrie. Il veut qu’on pense à l’environnement dans une perspective à long terme.

Antonino San Martín (24 ans) est l’un des pionniers qui pêche des anchois certifiés MSC pour Migros dans le golfe de Gascogne. Il est tellement convaincu par la pêche responsable qu’il a déjà persuadé maints collègues de réorienter leur travail. Eux aussi ne trouvent plus les strictes servitudes qu’on leur impose trop radicales, trop éloignées de la réalité ou excessivement bureaucratiques. Eux aussi sont maintenant d’accord de ne plus pêcher qu’avec des filets à larges mailles pour n’attraper que des gros poissons. Eux aussi acceptent qu’on leur achète seulement les plus gros poissons.

Une ouvrière souriante en train de mettre des filets en boîte.
A Laredo, chez le producteur d’anchois Sucore (certifié MSC), ce sontsurtout des femmes qui coupent les filets et les mettent en boîte

Il n’empêche: pour plusieurs pêcheurs, cette mise en œuvre constitue un défi pour lequel ils doivent se battre. Tant il est vrai que, dans un pays qui compte 20% de chômeurs, obtenir quelques euros pour de petits poissons c’est toujours mieux que pas d’euros du tout. Il ne s’agit pas d’âpreté au gain mais uniquement de survie à court terme. «Nous avons un magnifique paysage, de longues plages de sable, un océan Atlantique sauvage, autant de vaches que d’habitants et la pêche, explique Antonino San Martín. C’est beaucoup. Mais il n’y a rien d’autre. Si nous, les jeunes, voulons rester ici, nous devons penser à long terme et veiller à ces fondamentaux existentiels.»

Sinforiano de Mendieta a raison d’être de bonne humeur.

Texte: © Migros Magazine | Monica Glisenti

Auteur: Monica Glisenti, Christine Gaillet (entretien avec Mme Rodríguez Zugasti)

Photographe: Daniel Grieser