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20 février 2016

Il se passe de médicaments depuis 30 ans

Pour faire fructifier son capital santé sans passer par la case pharmacie, André Giordan a appris à écouter son corps et à prendre soin de lui. Parce que ce professeur de l’Université de Genève croit, pour l’avoir testé, au potentiel d’autoguérison.

André Giordan photo
André Giordan estime qu’il faut (ré)apprendre à écouter son corps et sa tête.

André Giordan vient de publier un ouvrage qui ne fera sans doute pas plaisir aux pharmas. Son titre: 30 ans sans médicaments*. Il y relate son expérience personnelle et y distille aussi de nombreux conseils (lui dirait plutôt des suggestions). «Mon livre devrait être remboursé par les assurances maladie», plaisante ce professeur qui collabore avec le service d’éducation thérapeutique du patient des hôpitaux généraux de Genève et enseigne dans l'université de cette même ville.

Depuis trois décennies, ce physiologiste (un spécialiste du corps humain) n’avale donc plus de pilules. Vraiment? «Oui, oui, même pas une petite aspirine quand j’ai mal à la tête.

Les bobos de la vie quotidienne, on peut les soigner tranquillement, sans se précipiter chez le médecin ou à la pharmacie.

En fait, il faudrait réserver l’usage des médicaments aux gros pépins dont j’ai été heureusement épargné jusqu’ici.»

A une bonne grippe, par exemple? «Non! Quand j’ai la grippe, je prends des bains chauds pour éviter que la fièvre monte trop, je bois un grog et je me repose. D'ailleurs, les docteurs le disent: “Si vous prenez des médicaments, ça dure sept jours. Et si vous n’en prenez pas, ça dure une semaine…” Ahahah!» Mais attention, cet agrégé de biologie se défend d’être un intégriste. «Se prendre en charge, prendre soin de soi, cela ne veut pas dire ne plus consulter son médecin!»

Les bonnes pratiques

Comme Hippocrate avant lui, ce Niçois a foi dans le potentiel d’autoguérison de notre organisme. Mais il a fallu pour cela qu’il l’expérimente dans sa jeunesse. «J’avais des sortes de crises de paludisme qui se reproduisaient à intervalles réguliers et que la médecine n’arrivait pas à traiter. Après un tour des hôpitaux qui aura duré quand même trois ans, j’ai fini par écouter ma grand-mère Angèle que me conseillait de manger des oranges. Et ça a marché!»

Ce résultat inespéré titille l’homme de science qui est en lui.

A la suite de cet épisode, je me suis intéressé aux bonnes pratiques pour éviter de tomber malade.»

Parmi elles, il insiste sur ce qu’il appelle les fondamentaux: alimentation variée et équilibrée, activité physique raisonnable et régulière, stress et addictions avec parcimonie… Autant de portes ouvertes qu’il enfonce dans son livre. «Ça vaut la peine de les répéter, car il y a une distance entre le savoir et le faire.»

Plus original, ce septuagénaire ­encore vert vante les bienfaits du sport en chambre. «Le sexe, c’est excellent pour la santé! Déjà, parce que ça fait bouger. Ensuite, si vous avez la possibilité de jouir un peu, cela libère des hormones, notamment des endorphines et de la dopamine qui relâchent le corps et stimulent le ­système immunitaire. Enfin, c’est bon pour le moral!» Une pratique sexuelle fréquente et épanouie ­augmenterait même notre espérance de vie d’une dizaine d’années ­environ…

A travers son ouvrage, André Giordan invite donc le lecteur à trouver ce qui lui fait du bien et à devenir ainsi «auteur de sa santé» comme il aime à le dire. «Pas simplement acteur, car cela supposerait qu’il y a un metteur en scène derrière.» Lui n’a d'ailleurs rien d’un gourou qui apporterait «la» vérité.

Une méthode, ça marche pour celui qui la crée, pas pour les autres.

Personnellement, je fais des suggestions et après c’est à chacun de trouver ce qui lui convient.»

Etre son propre médecin

Le point de départ de cette «démarche pour soi» consiste, selon cet expert, à «passer un peu de temps à se comprendre au lieu de passer celui-ci à consommer». C’est-à-dire qu’il faut d’abord (ré)apprendre à écouter son corps et sa tête, «parce qu’ils nous «parlent», qu’ils nous envoient des signaux en permanence». Comment?

Par le biais de la relaxation: on s’allonge, on respire par le ventre, on essaie de sentir les zones de tension pour pouvoir ensuite y remédier.»

Jouer à être son propre médecin, son propre thérapeute demande évidemment davantage d’efforts que d’ingurgiter une «pilule miracle». «C’est vrai! Mais on peut aussi tirer des plaisirs de ces efforts. Quant au médicament, ça reste la solution de facilité! Ça rassure le patient et ça donne au médecin l’impression qu’il a fait son boulot. Mais ça ne marche pas tout le temps et il y a, en plus, des effets secondaires, et c’est ça le gros problème!»

*A lire: «30 ans sans médicaments», Editions J.-C. Lattès. En vente sur exlibris.ch

Texte © Migros Magazine – Alain Portner

Auteur: Alain Portner

Photographe: Guillaume Mégevand