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12 octobre 2015

Au-delà de la ligne

Championne suisse de jumpline, Angelica Garcia se joue de la gravité avec insolence et poésie. Pas étonnant qu’elle ait été retenue pour participer à la prochaine saison de l’émission de M6 «La France a un incroyable talent».

Il y a trois ans, Angelica ne faisait pas de sport. Aujourd’hui, elle sort 
rarement sans sa slack!
Il y a trois ans, Angelica ne faisait pas de sport. Aujourd’hui, elle sort rarement sans sa slack!

Un pas, puis deux sur la pointe des pieds, un petit tour et la voici assise en tailleur les mains jointes tel un bouddha. Deux ou trois respirations, elle se relève déjà à la force des cuisses pour rebondir sur le ventre, terminant dans un grand écart. Cela semble si simple. Sauf qu’en lieu et place du sol, Angelica Garcia évolue sur une sangle de 3,5 centimètres de large à 1,70 mètre de hauteur sous le feuillage de deux arbres centenaires.

A la voir si légère et à l’aise sur sa bande en cette après-midi d’automne, on peine à croire qu’il y a trois ans à peine cette Lausannoise de 27 ans ne connaissait rien à la jumpline. C’est pourtant vrai. «Le sport et moi, ça faisait deux», rigole-t-elle attablée à la terrasse du café de Montbenon, à côté du parc où elle aime venir s’entraîner.

Que s’est-il passé pour que cette esthéticienne de formation – «un métier que j’aime mais qui n’est pas une passion» – pas versée pour un sou dans la performance physique devienne en un rien de temps championne de Suisse de jumpline, la version acrobatique de la slackline (sangle lâche en anglais)? Une rencontre décisive dans un jardin public à deux pas de chez elle un soir de printemps, raconte-t-elle la voix douce et posée.

J’ai vu un homme marcher en équilibre sur une sangle à quelques centimètres du sol et j’ai été impressionnée par la facilité avec laquelle il se déplaçait.»

«Je lui ai demandé d’essayer, pensant faire comme lui, mais je n’ai tenu que deux ou trois pas avant de tomber. C’est là que je me suis dit: Waouh! il y a du challenge.»

Une semaine plus tard, Angelica s’offre sa première sangle. Très vite, elle se met à la jumpline, dont les figures évoquent celles des funambules et le monde du cirque. Les gamelles sont au rendez-vous, mais elle s’accroche, se piquant au jeu. Les buttbounce (littéralement rebondir sur les fesses) des premiers temps laissent rapidement place à des figures plus complexes, telle la poétique traversée sur pointes – «ma préférée» – à laquelle la championne a ajouté une rotation à 180 degrés et qui est devenue sa signature.

Au début, j’étais couverte de bleus, car je retombais mal sur ma ligne, se souvient-elle, mais au bout de trois-quatre mois, j’ai appris à rebondir correctement.»

En plein air ou en se brossant les dents

Un côté garçon manqué hérité d’une enfance passée au contact d’un frère aîné et un goût certain pour les défis contribuent à sa persévérance. «Je suis quelqu’un de têtu, je n’aime pas quand quelque chose me résiste», assène-t-elle dans un sourire qui ne laisse pas place au doute. Du cran, il lui en a aussi fallu lorsque, seule fille parmi les slackeurs du coin, elle est montée pour la première fois sur sa sangle devant eux. Car sans être macho, le petit monde de la jumpline est à l’instar de celui du skate très masculin, raconte-t-elle. «On se donne rendez-vous sur Facebook et on se retrouve dans un parc pour slacker. Beaucoup de filles n’osent pas se lancer, car ce n’est pas facile de se prendre une gamelle devant tout le monde. Moi, j’aimerais les encourager, leur dire que les bleus du début passeront vite.»

Eté comme hiver la jeune femme sort rarement sans «slack», alternant entre les parcs et les couverts les jours de mauvais temps. La ligne est devenue une passion, à tel point qu’elle en a même tendu une dans l’entrée de son appartement sur laquelle il lui arrive de se brosser les dents. Le meilleur spot? Des troncs d’un minimum de 40 centimètres de diamètre à une distance d’une vingtaine de mètres, le tout assorti de musique pour le côté entraînant à l’instar de tout sport freestyle qui se respecte. Sa nouvelle vie de jumplineuse lui a aussi apporté son lot de surprises. Comme le jour où elle a été contactée pour participer à la prochaine saison de l’émission La France a un incroyable talent diffusée dès la semaine prochaine sur M6. L’aventure lui a valu un aller-retour à Paris où elle a enregistré son numéro devant le jury. A-t-elle passé l’épreuve du feu? «Je n’ai pas le droit de le révéler», sourit-elle.

Angelica aime à dire que l’équilibre trouvé dans les airs s’étend au-delà de la ligne, apaisant aussi bien le corps que l’esprit. Et puis il y a ce sentiment de liberté que procure l’exercice d’un sport en plein air et qui lui donne «envie d’y retourner et de progresser». Sa passion lui a ouvert d’autres horizons: elle s’est récemment mise à la grimpe, patrie d’origine de la slackline (lire encadré), rêve d’accrocher sa sangle au gré de ses voyages, se dit tentée par la highline. Actuellement, elle entraîne le backflip, figure ultime où le slackeur saute en arrière pour atterrir d’abord à côté de la sangle, puis sur le fil. «Il faut encore que je m’entraîne, car le but est que cela paraisse simple. Cela demande beaucoup de travail.» Il n’y a qu’à la voir pour le croire.

Texte © Migros Magazine – Viviane Menétrey 

Auteur: Viviane Menétrey

Photographe: Mathieu Rod