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24 mars 2014

Annecy, le temps d’une rêverie

A 40 km de Genève, la petite Venise des Alpes est une destination idéale pour un week-end de printemps. Pour faire du shopping ou simplement flâner à fleur d’eau.

Canal d'Annecy
Annecy est une ville dont on peut vite tomber amoureux... (Photo: Philippe Saharoff/Photononstop)

Dès les beaux jours, la ville savoyarde est prise d’assaut par les flots de touristes. Normal. Il flotte à Annecy (lien vers l'Office du tourisme) un petit air du sud, une nonchalance exotique. Même si l’on se trouve au pied des Préalpes, sous le front neigeux du Parmelan et qu’il peut souffler ici un solide vent du nord, la pittoresque cité médiévale prend ses aises, s’alanguit au soleil comme une belle méditerranéenne.

vue sur le lac avec les bateaux.
On ne peut imaginer Annecy sans le lac et ses gros bateaux... (Photo: Cie des bateaux/OT Lac d'Annecy)

Façades d’ocre et de pralin, lacis de ruelles et canaux vénitiens, tout est fait pour transporter le passant ailleurs, entre terrasses à fleur d’eau et mystérieuses arcades. On y vient pour flâner, chiner les jours de brocante (tous les derniers samedis du mois), faire du shopping dans l’une des nombreuses enseignes à la mode. Ou simplement humer les odeurs de lagune qui montent du Thiou, le déversoir du lac d’Annecy, qui scinde la ville en deux. Et se croire en Italie.

D’ailleurs, entre la Savoie et le Piémont existent des liens historiques. Il suffit de s’arrêter devant l’Hôtel de Ville, avec son style néo-classique, son austère fronton triangulaire, ses lignes horizontales, pour penser à l’architecture turinoise.

Au XVe siècle, la Maison de Savoie, considérée comme les portiers des Alpes, régnait sur un territoire qui allait de Nice à Neuchâtel, en passant par Aoste,

Pierre Lanternier, notre guide.
Pierre Lanternier, notre guide.

rappelle Pierre Lanternier, guide annécien. En 1715, les ducs de Savoie sont d’ailleurs rois de Piémont-Sardaigne et la capitale de ce royaume est Turin. Ce n’est qu’au moment de la réunification de l’Italie du Nord, en 1860, que la Savoie a été rattachée à la France, en échange d’un coup de main militaire pour bouter les Autrichiens hors de la Péninsule.

Une église aux vocations multiples

L’Italie est aussi présente à travers l’église Saint-François, plus connue sous le nom d’«église des Italiens» justement. Cet édifice, tout en volutes baroques et niches blanches, a une destinée hors du commun. C’est au XVIIe siècle, sous l’impulsion de Jeanne de Chantal et du charismatique évêque François de Sales, que le monastère – devenu aujourd’hui l’Hôtel de Savoie – est construit. Point de départ d’un nouvel ordre religieux: les Visitandines s’égaillent en mission avec toute la ferveur de la Contre-Réforme. Mais au XIXe siècle, l’église change totalement de vocation: «Elle est devenue tour à tour fabrique d’indiennes, immeuble, centre commercial et même dépôt de charbon!» rappelle Pierre Lanternier. Ce n’est qu’en 1922 qu’une communauté religieuse italienne lui redonne son rôle de patrimoine spirituel, d’où le surnom qu’elle a gardé aujourd’hui.

Palais de l'isle a Annecy
Tel un bateau de pierre, le Palais de l’Isle semble fendre les flots du Thiou de sa proue impassible, à quelques pas de la brocante.

On ne peut pas visiter Annecy sans s’arrêter deux minutes sur le pont Perrière. Histoire de jeter le coup d’œil carte postale au Palais de l’Isle: le bateau de pierre semble fendre les flots du Thiou de sa proue impassible. C’était le lieu des anciennes prisons – qui se visitent tous les jours sauf le mardi –, avec sa conciergerie, le sol en carreaux de terre cuite, la lourde porte du parloir dont le madrier est usé par les mains des détenus. L’originale bâtisse, qui a également abrité un tribunal, a bien failli être transformée en bain-douche et lavoir au XIXe siècle… Classée monument historique en 1905, elle a échappé à un destin savonneux et ses cellules à triple rangée de barreaux n’accueillent plus que des visiteurs.

Mais c’est en longeant le quai de l’Ile que l’on tombera vraiment amoureux du lieu. Parce que les façades de la rive sud sont d’origine, les maisons baignent dans leur jus avec leurs portes d’eau, sans quai d’accès. On y entrait autrefois à la vénitienne, par petit bateau à fond plat, comme en témoignent encore certaines marches suspendues au-dessus de l’onde. C’est peut-être cette atmosphère propice à la rêverie qui a séduit le promeneur Jean-Jacques Rousseau, écrivain genevois bien connu (voir notre précédent article à son sujet). A moins que ce ne soit le «contour de gorge éblouissant» de sa bienfaitrice, Madame de Warens, qui l’hébergea à Annecy… Un petit mémorial, à côté de la cathédrale Saint-Pierre, rappelle leur romance, avec des cœurs enlacés et des perven­ches sculptées dans un balustre d’or.

Ici, tout grésille, tout frémit de senteurs

On peut encore prendre de la hauteur et tenter d’apercevoir le Salève, en grimpant jusqu’au Château, lequel abrite aujourd’hui expos et musée des lacs et montagnes de Savoie. L’épaisse forteresse du XIIe siècle, dressée sur son éperon rocheux, a sans doute abrité les premiers seigneurs de la ville, les comtes de Genève. Tour de la reine aux murs infranchissables (4 mètres d’épaisseur et une seule meurtrière), chemin de ronde avec ses créneaux, ses mâchicoulis, Tour du miroir, dont on se servait pour envoyer des signaux lumineux, de quoi ravir les amateurs de château fort!

Un boulanger derrière son étal au marché d'Annecy
A ne manquer sous aucun prétexte: un petit tour au marché d’Annecy.

On aurait tort de quitter Annecy sans avoir plongé la tête la première dans son marché (tous les matins sauf le lundi), s’être faufilé entre les fumets rôtis et les étals colorés tout en dégustant une bugne (beignet au sucre) ou un roseau, chocolat fourré à la liqueur savoyarde. Ici, tout grésille, tout frémit de senteurs, macarons à l’ancienne, grands woks où mitonnent cuisses de grenouille à l’ail. On y mange montagnard, cochonnaille et reblochon, flammekueches aux escargots, autant de plats qui tiennent au ventre avec l’aplomb d’une tartiflette. Mais on y mange aussi raffiné, voire haute gastronomie, comme en témoignent les cinq chefs étoilés de la région, dont le plus célèbre, Marc Veyrat, vient de s’installer à Manigod, au cœur du massif des Aravis.

La brocante d'Annecy
La brocante d'Annecy (Photo: Françoise Cavazzana)

Il faudrait parler encore des portes qui penchent, des fontaines toujours vives, de la lumière qui file dans la chevelure de l’eau et de l’immense champ de Mars au bord du lac, frangé de platanes jusqu’à l’horizon. Un terrain qui a servi jusqu’au XIXe siècle de pâturage pour les troupeaux, mais où paressent désormais les familles en goguette et les chevaux de bois prompts à la course pour les plus petits. Sûr que la jolie ville, 52 000 habitants (135 000 avec l’agglomération) a su garder l’âme et la fraîcheur d’une promenade du dimanche. Où l’on n’hésite pas à revenir.

Auteur: Patricia Brambilla