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20 janvier 2014

Antoine Verdon, l'un des jeunes leaders de la génération Y

Cofondateur de Sandbox, un réseau de jeunes entrepreneurs et de créatifs actifs dans 50 pays, le Vaudois Antoine Verdon dresse les envies et la vision d’une génération Y à pied d’œuvre et prête à dynamiter le conformisme économique.

Antoine Verdon, cofondateur de Sandbox
Cofondé par Antoine Verdon, le réseau Sandbox rassemble de jeunes et brillants entrepreneurs.

Comment est né Sandbox, autrement dit le «bac à sable»?

Cela date du lycée, j’étais actif dans des organisations d’étudiants, au niveau national. On se réunissait pour échanger des idées. Le contenu n’était pas toujours très passionnant, comment faire du lobbying pour une nouvelle machine à café, comment organiser des soirées, etc. Mais les gens étaient intéressants, c’est là que j’ai connu les autres futurs cofondateurs de Sandbox. On s’est retrouvés vers 23-24 ans et on s’est rendu compte que tout ce qu’on avait réalisé jusque-là était dû au fait qu’on s’était rencontrés très jeunes dans un réseau. On s’est dit que quand on ferait des projets plus importants, plus tard, on aurait toujours besoin d’un réseau de ce genre, non plus à un niveau suisse mais international.

Concrètement en quoi cela consiste-t-il?

On a testé plusieurs formules pour finir par organiser des events, comme des dîners, avec des gens intéressants à Zurich. Puis un des fondateurs est parti à New York, un autre à Londres et un dernier à Singapour. On a fait la même chose dans ces trois villes. On a défini des critères de sélection, créé un système d’ambassadeurs. Aujourd’hui Sandbox compte 1000 membres – sélectionnés parmi 25 000 profils – actifs dans cinquante pays, organisant des events chaque mois.

Quels sont les critères d’admission?

Avoir moins de 30 ans quand on entre dans le réseau, avoir réalisé des projets particuliers, prouvé ses capacités de leadership, par exemple dans la création d’une entreprise qui a eu du succès.

Mais la richesse du réseau, c’est aussi d’avoir des artistes, des politiciens, des scientifiques.

A Berlin par exemple, l’un de nos membres est chanteur d’opéra et producteur de hip-hop. En Suisse, nous avons un auteur de littérature fantastique.

Quels sont les avantages pour les membres?

Le réseau leur donne accès aux ressources dont ils ont besoin. Une fille basée à Londres, par exemple, écrit un livre sur l’économie parallèle. Grâce à Sandbox, elle a pu interviewer un pirate somalien et constater que les pirates qui attaquent les bateaux se retrouvent dans des bourses où ils font du fundraising pour leurs expéditions, où on peut acheter des actions. Grâce au réseau, elle a aussi rencontré Lady Gaga, car un membre de Sandbox, producteur de musique à New York, connaissait en effet le producteur de l’artiste. En dix minutes, grâce à Sandbox, vous pouvez être mis en contact avec un spécialiste de la robotique des sous-marins.

Une sorte d’élite donc..

Pour établir un lien de confiance il faut qu’il y ait une sélection. Ce sont des gens qui ont un certain succès mais qui ne se considèrent pas comme une élite, plutôt comme une jeunesse entrepreneuriale moderne.

Ce ne sont pas des gens qui voyagent en business class ou dorment dans des 5 étoiles.

Ils voyagent beaucoup, mais le meilleur marché possible, et dorment généralement chez des amis.

L’entrepreneur à l’ancienne qui se vante de s’être fait tout seul, c’est donc bien fini?

Cela peut encore marcher à un niveau local, régional, dans l’immobilier par exemple.

Mais les entreprises high-tech, les start-up ont besoin de compétences qui viennent de partout.

Pour elles, la question principale c’est comment trouver des gens réellement bons, des investisseurs, des spécialistes. Pour tout cela, le réseau est très utile.

Vous vantez une nouvelle façon d’envisager le travail, en vogue notamment dans les start-up de la Silicon Valley, basée sur la confiance...

Cette façon de manager les entreprises va de plus en plus se répandre. Ne plus dire aux gens qu’il faut être absolument 42,5 heures par semaine au bureau, leur dire plutôt de faire ça et ça et si la personne le réalise en moins de temps, tant mieux pour elle. Des entreprises font de plus en plus l’expérience de la transparence salariale, où tout le monde est au courant de ce que chacun gagne.

On a même vu une entreprise allemande laisser à la fin du mois à chacun le soin de fixer son propre salaire en fonction de ce qu’il estime avoir créé comme valeur.

Ce sont plutôt des exceptions, non?

Les entreprises certes évoluent lentement. Mais tout dépend du secteur. Un bon ouvrier sera peut-être 1,5 ou 2 fois plus productif qu’un ouvrier normal, il ne sera pas dix fois plus productif, il ne pourra jamais faire dix fois plus de pièces. Par contre, et c’est ce que disait Serguei Brin, le fondateur de Google, un très bon programmeur peut être 20 à 30 fois meilleur que quelqu’un d’ordinaire. Du coup si on peut remplacer une équipe de 30 personnes par un seul individu, il sera très recherché. Il est donc normal de le payer plus, peut-être pas 30 fois plus, mais en tout cas trois ou quatre fois. Les règles salariales dans les entreprises high-tech sont très différentes de celles que l’on a connues jusqu’ici.

Finis les critères basés par exemple sur l’ancienneté?

Il ne faut pas non plus dévaloriser l’expérience, ou le fait de connaître tous les rouages d’une boîte. Mais les carrières linéaires, à l’ancienne, sont de moins en moins en phase avec les personnes les plus douées de notre génération.

Un des concepts de la net économie qui passe mal auprès du public, c’est celui de «destruction créatrice» d’emplois...

Il y a un siècle et demi, 99% des gens étaient paysans. Aujourd’hui ils ne sont plus que 1% et produisent de la nourriture pour tout le monde. Cela ne veut pas dire que les autres ne travaillent plus. Simplement ils font autre chose. Même chose avec l’informatique. Au début la crainte était que les ordinateurs allaient détruire des emplois. Au final ça n’a détruit que les moins qualifiés, et en a créé de nouveaux plus intéressants. On peut donc penser que ce phénomène va continuer dans le futur.

Le monde politique est-il en phase avec ces évolutions?

Pas toujours, si l’on pense par exemple à toute cette économie de services, comme AirBnB , qui permet de louer des appartements ou des chambres chez des particuliers. La France s’apprête à édicter des lois contre, prétextant que cela fait concurrence aux hôtels.

On peut tenir comme ça quelques années, mais c’est un combat perdu sur la durée, si les gens finissent par préférer dormir pour moitié moins cher à Paris chez quelqu’un qui a un bel appartement plutôt que dans un hôtel impersonnel.

Un système qui fonctionne déjà dans certains pays consiste également à ne plus aller au restaurant mais chez des particuliers, qui préparent plus que la quantité habituelle et vous vendent un repas moins cher qu’au restaurant. Ça permet à des grands-mères d’arrondir leurs fins de mois tout en ayant de la compagnie et aux touristes de découvrir un pays, sa cuisine et ses habitants, même si cela ne respecte aucune des réglementations sur la restauration, notamment en matière d’hygiène, mais finalement, on ne demande pas non plus à des amis chez qui on va manger d’avoir tant de mètres cubes de frigo ou d’utiliser un détergent particulier.

Estimez-vous que la Suisse est un pays plutôt ouvert à ces nouvelles façons de penser l’économie et le travail?

C’est un des pays les plus ouverts. Le terreau est favorable à l’innovation, avec un système facile de création d’entreprises, des hautes écoles de grande qualité, des regroupements de compétences. Le problème principal pour les entrepreneurs en Suisse, c’est de faire venir des talents de l’étranger, avec des quotas importants pour les non-Européens. Avec également la menace prochaine d’une initiative limitant aussi la venue d’Européens.

Je crois personnellement que plus les frontières seront ouvertes aux échanges de personnes et de biens, plus le bénéfice sera grand.

Auteur: Laurent Nicolet

Photographe: Jeremy Bierer