Archives
2 février 2015

Apocalypse no

Si tu es dans une tente deux-places en route pour l’Annapurna, il n’y a qu’une façon de réagir à l’annonce d’une tempête séculaire: monter la fermeture éclair et économiser sur la Vieille Prune. Si tu vis à New York, tu vas dévaliser le «Grocery store» du coin, acheter du fromage, du lait et quelques gallons d’eau. Du vin aussi. C’est important, le vin, dans la vie d’un prisonnier.

New York sous la neige photo
Dimanche après-midi: conférence de presse de crise. Le maire Bill de Blasio annonce le scénario cataclysmique d'une tempête historique et presse les New Yorkais de rester chez eux dès lundi soir...

Sérieux. C’est ce que font les New Yorkais à chaque annonce de tempête. Par peur, par mimétisme ou par tradition. Je ne sais toujours pas très bien. C’est donc, ce que j’ai fait aussi, l’autre jour, quand le blizzard toquait aux portes de la ville. En fait, un blizzard ne toque pas, il entre par effraction en arrachant le cadre de la porte et un bout du mur, mais c'est pour la formule.

J’ai vraiment pris les choses au sérieux devant les déclarations apocalyptiques du maire. En live sur New York One, en anglais, en espagnol, en langage des signes, Bill de Blasio détaillait ce que nous allions très vraisemblablement endurer durant les 48, peut-être 72 blanches et venteuses prochaines heures.

Bill - je me permets de l’appeler Bill depuis que je l’ai croisé samedi dernier sur un tapis de course du YMCA de mon quartier de Park Slope où il vit - a pris une feuille A4, l’a tendue face à la caméra, et déclaré, sans tanguer, du haut de ses deux mètres. «Voici les dix tempêtes historiques qui ont frappé New York depuis 1870. Celle qui se prépare va, pour sûr, dépasser la troisième sur cette liste en intensité, probablement la deuxième, et peut-être bien la première.»

Jusqu’à 3 feet (91 cm) de neige. Des vents faisant plonger les températures entre -10 et -20 degrés. 2400 hommes mobilisés pour gérer 6000 miles (9600 km) de réseau routier. «Restez chez vous si vous le pouvez»; «Prenez soin des plus démunis parmi vos voisins.» «Appelez le 311 si vous avez des problèmes d’eau chaude ou de chauffage».

Totalement K.-O, à ce stade, pour dire que l’année commence par deux cataclysmes: la fin du taux plancher sur le franc suisse et la fin du monde à New York. J’ai bien résisté au premier - j’ai acheté des dollars. (Vous aussi je crois - j’ai entendu que Morgins avait baissé le prix de ses journées skieurs). Mais pour le deuxième?

Quand tu as fait tes provisions, que les métros sont paralysés, que tes gosses restent à la maison après que les autorités ont décrété la fermeture des écoles, tu joues un moment aux Lego. Et puis tu surfes sur Internet. Tu repenses à Sandy: 30 morts. Tu repenses au film Le jour d’après. Tu réalises qu’il y a plus parano que toi. Beaucoup moins, aussi.

Sur Facebook, tu tombes sur Glenn Close, telle une vendeuse de pelles à neige, appelant à profiter de la tempête pour regarder des bons films (les siens) au chaud dans son sofa. Tu rêvasses. «Mort sous un mètre de neige. Il essayait ses nouveaux skis sur la Cinquième Avenue. Il n’a pas vu la déblayeuse. RIP Xavier.» Le ski me manque.

Parmi les commentaires des internautes, en voici un qui m’a fait réfléchir plus que les autres: «Le blizzard: enfin un événement face auquel les Etats-Unis ne maîtrisent rien.» L’auteur du post ne croyait pas si bien dire. Zéro tempête il y eût. Il a juste neigé de la neige sur Times Square. Vous connaissez la différence entre la fin du monde à New York et une demie-journée saucisse-frites à Morgins? A Morgins, tu en as pour ton argent. J’en toucherai deux mots à Bill samedi prochain.