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11 mars 2013

Apprentissage: trouve ta place!

Le printemps, c’est la saison des signatures de contrats. Un acte officiel qui clôt souvent un long parcours de combattant pour les jeunes qui cherchent un métier. Sortir des sentiers battus, c’est le conseil avisé d'apprentis peu communs.

Jennifer Wicht, apprentie tailleuse de pierre
La passion brille au fond des yeux de Jennifer Wicht lorsqu'elle parle de son travail de tailleuse de pierre.

Jennifer Wicht est une apprentie rare. Apprendre le métier de coiffeuse ou vendeuse? «Trop banal» pour la jeune Fribourgeoise d’Avry-sur-Matran: pas question de faire comme toutes les filles dans le choix de sa place d’apprentissage.

Quand elle apprend en classe qu’une entreprise de Rossens cherche un ou une apprenti tailleur de pierre, c’est le déclic. «J’adore ce qui est artistique et travailler de mes mains!» Elle se précipite sur le téléphone, obtient un stage, puis la place pour la rentrée 2012. C’est la seule fille dans cette filière, et ce, depuis longtemps. La dernière demoiselle remonte à une quinzaine d’années, confirme Jérémy Birbaum, son maître de stage chez Art Tisons, à Rossens, et responsable de la formation professionnelle des apprentis tailleurs de pierre romands.

Toutes années confondues, ils sont actuellement huit en formation. Une vingtaine, si on compte les trois autres professions cousines que sont les marbriers, ouvriers sur pierre et sculpteurs. «Ce sont des métiers qui recrutent, mais ils peuvent paraître durs, physiques. Et les jeunes d’aujourd’hui bloquent facilement; ils ne veulent pas essayer d’aller au-delà d’eux-mêmes», regrette Jérémy Birbaum.

Elle n’a rien du garçon manqué

Jennifer Wicht: «J'aime travailler de mes mains.»
Jennifer Wicht: «J'aime travailler de mes mains.»

Jennifer Wicht, elle, n’a pas froid aux yeux. Ni ailleurs, d’ailleurs. Depuis le mois d’août, lunettes de protection sur les yeux, marteau et burin bien en mains, elle dessine, trace et taille dans une halle grande et fraîche. «Il suffit de bien s’habiller...» Celle qui pratique la boxe, l’uni-hockey et le fitness à ses heures n’a pourtant rien du garçon manqué. «Maquillée, habillée, on ne me croit pas quand je dis quel apprentissage je fais. Je dois montrer des photos pour convaincre», rigole-t-elle.

Même si elle n’est pas encore sûre de continuer dans cette voie après son apprentissage – le métier de policière la titille aussi… – la passion brille au fond de ses yeux bleus quand elle parle de son travail.

J’adore toucher la matière, tailler. Et plus on apprend, plus on s’arrête ensuite devant les anciens bâtiments remarquant de petits détails qu’on ne voyait pas avant.

Les filles: sortez du classique et donnez-vous à fond! C’est son message à toutes celles qui cherchent une place d’apprentissage. Un conseil d’autant plus avisé que les métiers de l’administration et de la santé sont peut-être ceux qui recrutent le plus, mais aussi les plus recherchés, notamment par le gent féminine. Et donc la demande dépasse l’offre.

Des milliers de places à pourvoir encore

Actuellement – la situation évolue chaque jour – quelque 8000 places d’apprentissage sont encore ouvertes en Suisse romande à la Bourse suisse des apprentissages. Il reste plus de mille possibilités dans le domaine du bâtiment, de la construction, ainsi que dans la filière mécanique, horlogerie et métallurgie, à peine moins dans la vente ou l’administration.

Egalement beaucoup d’emplois ouverts dans l’électricité et l’électronique, contre une poignée de places de bijoutiers, graphiste, polydesigner ou réalisateur publicitaire.

Mis à part l’agriculture, les offres en relation avec les animaux se comptent quant à elles sur les doigts des mains. Et la dernière place de décoratrice d’intérieur est à prendre en Valais. Dans le canton du Jura, par exemple, il ne reste que 159 places disponibles, principalement dans le commercial, la mécanique, la logistique ou la boulangerie.

Les opérations de charme des associations professionnelles

Cantons, patrons et associations professionnelles font par ailleurs de grands efforts pour une plus grande visibilité de métiers auxquels les jeunes (et leurs parents) pensent peu, via les salons des métiers par exemple. Ainsi la formation de poêlier-fumiste, mise récemment en avant au dernier Forum Start à Fribourg – on n’y apprend pas à ne rien faire, comme son nom pourrait le laisser supposer...

Métier exigeant, il est d’autant plus demandé que les chauffages au bois sont redevenus tendance et pointus. Le poêlier-fumiste construit, entretient, rénove ou restaure des poêles, des fourneaux mais aussi des cheminées de salon. Il existe actuellement six places d’apprentissage en Suisse romande, mais deux entreprises supplémentaires ont fait la demande pour former des jeunes dans les cantons du Valais et de Fribourg, explique Benoît Sprumont, secrétaire de l’Union romande des poêliers-fumistes.

Aymeric et Carlos, apprentis poêliers-fumistes

Aymeric Chabloz, 18 ans, et Carlos Cavalinhos, 36 ans, apprentis poêliers-fumistes.
Aymeric Chabloz, 18 ans, et Carlos Cavalinhos, 36 ans, apprentis poêliers-fumistes.

A Prilly, chez Good Cheminées, Aymeric Chabloz, 18 ans, et Carlos Cavalinhos, 36 ans, poursuivent respectivement leur 2e et 3e année d’apprentissage de poêliers-fumistes. «Ce métier m’a tout de suit plu: on touche à tous les matériaux. J’aime bien les travaux de maçonnerie», confie le jeune Neuchâtelois Aymeric Chabloz, qui se verrait bien, plus tard, monter sa propre entreprise.

Désireux de quitter le domaine de l’hôtellerie, à cause d’horaires de travail incompatibles avec une vie de famille, Carlos Cavalinhos a quant à lui découvert cette profession un peu par hasard. «C’est un métier méconnu, mais très complet: c’est beau de partir de rien et de réussir à créer une très belle pièce de salon qui rend le client heureux», apprécie-t-il.

Un métier méconnu, mais où les places sont rares. Actuellement, seuls cinq apprentis suivent la formation, toutes années confondues, pour toute la Suisse romande. Et ce n’est pas la faute du marché. Celui de la cheminée, au sens large, se porte très bien, merci pour lui! Le hic, c’est la réticence de nombre d’entrepreneurs à former la relève. «Déjà que les professionnels formés sont rares dans le domaine, si en plus ils forment peu, il y en aura toujours moins de compétents», s’échauffe Patrick Good, président de l’ Union romande des poêliers-fumistes.
A bon entendeur…

Auteur: Isabelle Kottelat

Photographe: François Wavre / Rezo