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28 mars 2016

Arnaques et filouteries: les cas se multiplient

Entreprises ou particuliers, personne n’est épargné. L’Office fédéral de la statistique (OFS)a annoncé une hausse de près de 25% du nombre d’escroqueries en 2015. Pour lutter contre le fléau, une arme de choix: la prévention.

Plus de 3000 tentatives d'escroquerie ont été signalées sur la Toile en 2014. (Photo: Getty Images)

Qu’elles prennent la forme d’un appel au secours lancé par un prétendu ami détroussé à l’autre bout du monde, de la mise en location d’un appartement au loyer particulière­ment alléchant ou encore de l’e-mail soi-disant officiel d’un institut bancaire, les arnaques dont le citoyen lambda peut se retrouver victime sont inventives, variées… et en recrudescence! En 2015, l’Office fédéral de la statistique a en effet enregistré une forte augmentation (24,2%) des cas d’escroqueries en tous genres.

A noter que les particuliers ne sont pas les seules cibles potentielles de ces filous professionnels. De nombreuses entreprises ont ainsi été l’objet l’an dernier de fraudes sophistiquées, se voyant subtiliser – notamment par le biais de coups de fil provenant en apparence de leur maison-mère basée à l’étranger – d’importantes informations ou de coquettes sommes d’argent.

Les assurances ne sont pas en reste: entre 2009 et 2015, un homme récemment interpellé par la police vaudoise aurait escroqué neuf compagnies du canton en déclarant de faux accidents de circulation. Montant du préjudice: plus de 180 000 francs!

Si la majorité des cas d’escroquerie déclarés en 2015 ont été élucidés, la meilleure arme pour lutter contre ce phénomène demeure la sensibilisation du public. A cet effet, la Prévention suisse de la criminalité, agissant sur mandat de la Conférence des directeurs et directrices des départements cantonaux de justice et police, multiplie sur son site internet mises en garde et conseils pour se prémunir contre les arnaques.

«Les méthodes employées par les escrocs évoluent constamment»

Jean-Philippe Brandt, porte- parole de la police genevoise.

L’OFS annonce une hausse de 24,2% des cas d’escroquerie. Comment expliquer un tel boom?

Difficile à dire. Peut-on imputer cette augmentation au développement constant des nouveaux médias? Je ne suis pas sûr. Parfois, il suffit qu’il y ait une vague d’arnaques pour faire grimper les statistiques. A Genève, nous sommes passés de 565 à 620 cas entre 2014 et 2015, soit une hausse d’environ 10%. Cela reste raisonnable. Toutefois, il est fort possible que ces chiffres ne reflètent pas de manière tout à fait fidèle la réalité. Qu’elles aient perdu de l’argent qui n’était pas déclaré ou qu’elles aient honte de s’être fait avoir – notamment dans le cas d’escroqueries à la romance – toutes les victimes ne déclarent pas les arnaques dont elles ont été l’objet.

Les escroqueries à la romance? Qu’est-ce que c’est?

Les escrocs agissent sur les sites de rencontres: ils nouent un lien affectif avec leurs victimes, se faisant passer par exemple pour des veufs avec un enfant malade à charge. Une fois la relation de confiance établie, ils demandent de l’argent pour contribuer aux soins du petit… Si ce genre d’arnaque n’est pas aussi répandu que d’autres, il est très dommageable au niveau financier: certaines personnes ont perdu jusqu’à 100 000 francs.

Quels sont les types d’arnaques les plus fréquents?

A Genève, nous avons eu affaire en 2015 à de nombreuses histoires de fausses annonces immobilières: même si les sites qui les relaient font beaucoup d’efforts pour limiter ces abus, il leur est difficile d’opérer un contrôle régulier. Sur internet également, on trouve souvent des offres pour des objets électroniques à des prix très avantageux: un Iphone 6 à 100 francs par exemple. Une fois l’argent versé, on ne verra jamais la couleur du téléphone… Mieux vaut donc s’abstenir de répondre à ce genre d’annonces, quitte à passer à côté de réelles bonnes affaires. Le problème, c’est justement que les escrocs savent qu’en nous vendant du rêve, ils touchent une corde sensible.

Comment la police peut-elle agir contre les arnaqueurs?

Notre meilleure arme – et bien souvent la seule – reste la prévention. Une fois le méfait accompli, il est très difficile de remonter à la source, voire impossible dans le cas d’arnaques par le biais d’internet. Par ailleurs, les méthodes employées par les escrocs évoluent constamment, nous avons souvent un coup de retard: dès le moment où nous avons compris leur combine et alerté la population, ils ont amélioré leurs techniques ou sont passés à autre chose.

Un exemple?

Prenez le cas des fausses annonces immobilières: comprenant que les loyers qu’ils affichaient étaient trop mirobolants, les escrocs les ont adaptés au marché actuel pour les rendre plus crédibles. De même, les e-mails émanant soi-disant d’instituts bancaires, qui auparavant étaient truffés de fautes, ressemblent de plus en plus à des messages officiels. Le travail d’arnaqueur se professionnalise. D’ailleurs, nous avons rarement affaire à des personnes isolées qui décident de se lancer, mais à des réseaux qui se spécialisent. Et leurs cibles ne sont pas uniquement Monsieur et Madame Tout-le-monde. Les entreprises aussi font l’objet d’arnaques.

De quel type?

L’exemple le plus courant, c’est la secrétaire qui reçoit un coup de téléphone un vendredi en fin de journée, alors que la direction est déjà partie. Au bout du fil, l’escroc se fait passer pour un client important, demandant un virement bancaire urgent. Faisant appel à son pouvoir de persuasion, il prend de haut l’employé et parfois arrive à la convaincre. Là encore, même si nous mettons en garde les entreprises, les arnaqueurs modifient constamment leur procédure pour arriver à leurs fins.

Texte © Migros Magazine – Tania Araman

Auteur: Tania Araman