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2 mai 2016

Les artistes de la pâte à modeler

Il y a deux ans, les Fribourgeoises Fanny Sulmoni et Douve Frieden Spicher ont lancé «Fanny & Douve’s Dough»: des pâtes 100% artisanales, colorées et divinement parfumées qui font le bonheur des petits... et de leurs parents!

Fanny et Douve, une des deux porte une moustache en pâte à modeler
Pour la photo, Fanny et Douve ont reçu comme instruction de se mettre en scène avec leur pâte à modeler...

Avec leurs tenues pimpantes et printanières, on les croirait tout droit sorties d’un livre pour enfants. Et l’activité favorite de Fanny Sulmoni – chemisier à pois roses et pantalon bleu – et Douve Frieden Spicher – robe à rayures blanches et bleues – ne trahit pas cette première impression: dans leur cuisine, elles fabriquent d’irrésistibles pâtes à modeler.

Anciennes collègues à l’Institut d’éthique et des droits de l’homme de l’Université de Fribourg, mamans d’enfants scolarisés dans les mêmes classes à Fribourg et surtout amies, toutes deux partagent également une passion identique pour les jouets «faits maison et pas en plastique made in China».

En 2014, mues par l’envie d’acheter en commun un coûteux robot ménager, elles décident de préparer quelques pots de pâte à modeler artisanale et de les vendre sur un marché. «On avait déjà essayé de faire de la slim, de la porcelaine froide, de la peinture à doigts et même du sable cinétique, explique en riant Fanny Sulmoni.

La pâte à modeler était le seul produit qu’on avait déjà testé suffisamment longtemps sur nos enfants pour être à l’aise avec l’idée de le vendre.

J’en ai trois, âgés de 4 ans et demi à 7 ans et demi, et Douve six, âgés de 10 mois à 15 ans»

Un succès immédiat

Leurs boîtes colorées et délicieusement parfumées – puisque chaque couleur s’assortit d’un arôme – s’arrachent, la demande de leurs amies enseignantes s’accroît et les deux femmes décident alors d’élargir leur gamme et de la vendre en ligne. Avant d’accepter, tout dernièrement, de la livrer dans quelques boutiques romandes.

«Nous avons demandé à l’époque quelques conseils par mail au chimiste cantonal, car nous avons une responsabilité:

il y a une grande différence entre vendre une fois ses pots sur un marché et commercialiser un produit qui se situe entre le jouet et l’aliment.

On est ravies de notre succès, mais un peu victimes de lui, aussi.»

Au final, leur collection comporte neuf couleurs et parfums «intemporels» et trois nouveautés «saisonnières». Les dernières en date? «Nuage de plage», une pâte blanc neige au parfum de noix de coco, l’orange «Ukulélé secoué» à la goyave et le vert vif «Limette rigolette».

Ce qui nous amuse le plus, c’est de trouver les noms,

rit Douve. Parce qu’on veut qu’ils soient sympas, mais aussi qu’il y ait toujours un lien avec la couleur et le parfum.»

Démonstration en direct

Préparation de la pâte à modeler d'un rouge flamboyant.
Préparation de la pâte à modeler d'un rouge flamboyant.

Tourbillonnant autour de l’îlot de travail de Douve, les deux jeunes femmes ont décidé de nous montrer comment elles s’y prennent pour créer leur fameuse pâte. Farine – «une simple farine blanche, souligne Douve. On a beaucoup discuté pour savoir si nous allions utiliser de la farine bio, mais on s’est dit que cela n’en valait pas la peine, pour un produit qui est destiné au final à sécher et à être jeté» –, huile végétale, crème de tartre – «C’est ce qui donne sa consistance élastique à la pâte à modeler», explique Fanny –, colorants et arômes alimentaires, sel: les ingrédients sont réunis et la démonstration peut commencer! Douve décide de préparer une pâte à modeler verte façon «Limette rigolette», Fanny une rouge.

«S’il y a un moment qu’il faudra prendre en photo, c’est quand on ajoute le colorant, avertit Douve. Parce que le mélange devient moiré, c’est vraiment beau.» Elle en profite pour immortaliser le photographe avec son portable. «Chacun son reportage, après tout!» Puis toutes deux prennent place côte à côte devant le plan de travail et commencent à mélanger leurs ingrédients.

«T’as mis combien d’eau?» – «800 millilitres.» – «T’es sûre? Ça ne donne pas le mélange habituel. Bon, je mets le colorant. Là, ça va devenir mystérieux!» – «Mais ce n’est pas le bon vert, non?» – «Ah ben non. Mais j’aime bien quand même, ça fait un peu escalier en formica des années 60.» Les lames du mixeur tombent dans la pâte. Rires jaunes des deux préparatrices. «D’habitude, ça ne se passe pas comme ça. Faut qu’on arrête de faire des démos avec la presse, je crois...»

Douve brasse son mélange vert en le passant régulièrement au micro-ondes pour l’épaissir. «Il faut que la chaleur touche chaque partie de la masse. Mais il faut éviter que ce soit trop cuit, sinon la crème de tartre devient gélatineuse.» Fanny ajoute arôme et colorant dans le sien. «Ah, il est vraiment couleur fraise, celui-là! Le rouge profond est la couleur la plus difficile à obtenir, ça tire très vite sur le rose.» Les deux pâtes sentent divinement bon, mais qu’on ne s’y trompe pas:

même si elles peuvent être ingérées sans risque, leur forte teneur en sel découragera vite les gourmands!

Subtil partage des tâches

Encore quelques brassages, et les deux inventives se retrouvent avec de belles boules de pâte à modeler qu’elles se hâtent d’emballer dans du cellophane. «Quand la masse refroidit, toutes les cellules se réchauffent et forment une masse homogène. Cela permettra à la pâte d’être ensuite bien élastique», prédit Fanny Sulmoni.

Soulagées d’avoir terminé leur tâche, elles se regardent, un sourire en coin: «C’est sympa d’avoir préparé tout ça ensemble, parce qu’en général on fait rarement la pâte à modeler les deux, explique Fanny Sulmoni.

En fait, on s’est partagé les tâches: Douve, la ‹chimiste›, fait les pâtes, et moi, je m’occupe du packaging, des étiquettes, de la vente et des contacts. Et on est cheffe à tour de rôle tous les six mois. Cela permet d’éviter les frustrations, d’avoir d’autres idées et aussi d’être soulagée quand on n’a pas de responsabilité!» «Mais quand on est dans le rush, on prépare la pâte les deux et

on peut faire jusqu’à quarante pots par jour,

souligne Douve Frieden Spicher. Il y a quand même une limitation physique, parce que j’ai un problème à une main.» «Et puis la complexité du travail est de mixer et chauffer sa pâte en même temps! renchérit la première. Le cousin de mon mari est ingénieur, et il a justement envie de réfléchir à une machine qui permettrait d’allier les deux actions. Parce que pour l’instant, on ne sait pas du tout comment on va pouvoir élargir la production.»

Pour la photo principale, toutes deux reçoivent l’instruction de se mettre en scène avec leur pâte à modeler. Fanny revient avec de mini-accessoires de boulanger et une montagne de boîtes colorées, tandis que Douve se lance dans un Monsieur Patate biscornu.

«Allez, je crois que je vais lui mettre des yeux! Tu veux une casquette?» – «Bonne idée, je vais aussi faire un bonhomme bizarre!» – «Il a un peu l’air d’avoir des seins, le mien, non?» – «Bon, on fait quoi avec? Ils se bagarrent? Ah non, faut du positif, pour Migros Magazine!» – «Ils peuvent se faire un câlin!» Puis, se tournant vers nous, un grand sourire aux lèvres:

Vous voulez jouer avec nous?»

Texte: © Migros Magazine | Véronique Kipfer

Auteur: Véronique Kipfer

Photographe: Laurent de Senarclens