Archives
29 février 2016

Ascenseurs: gloutonnerie à tous les étages

La chronique de Leïla Rölli.

La chronique de Leïla Rölli.

Ascenseur rime avec bonheur. Bonheur quand, après une longue journée de travail, ses portes coulissantes s’ouvrent sur la délivrance. Bonheur aussi lorsque les corps fatigués ou dans l’incapacité de monter des marches trouvent dans cette cabine l’ami qui leur assure l’autonomie. Le lift est une belle invention, connue pour être l’un des moyens de transport les plus sûrs au monde. Peu de risques d’accident frontal, de perte de maîtrise ou de tête-à-queue. Mais, à l’image de ses va-et-vient, sa réputation connaît des hauts et des bas. Saviez-­vous, par exemple, qu’il favorise aussi bien les rencontres que les maladies? Outre les problèmes évidents liés à l’obésité et aux maladies cardiovasculaires qu’il encourage, l’ascenseur est aussi considéré comme un facteur important de propagation d’épidémies. D’une part, par la proximité des usagers qui expirent leurs virus dans un espace restreint, de l’autre, par ses boutons qui grouillent de microbes.

Mais un autre fait, moins visible, vient entacher encore un peu son indéfectible dévotion: sa gloutonnerie. Il est difficile d’établir des données exactes sur la consommation des ascenseurs, tant leurs mécanismes et leurs longueurs diffèrent, mais nous pouvons nous faire une petite idée de son ampleur en étudiant quelques cas. D’après le fabricant finlandais Kone, un ascenseur hydraulique lambda dans un immeuble de trois étages grille 3800 kWh par an, c’est à peu près ce que consomme un foyer américain moyen sur quatre mois, sachant que nos amis du Nouveau Monde ne sont pas connus pour leur sobriété énergétique.

En Suisse, on dénombre quelque 180 000 ascenseurs qui, chaque année, brûlent près de 300 GWh. C’est 0,5% de notre production nationale. Le plus étonnant est que 60% de l’électricité utilisée par nos élévateurs de personnes est dévorée lorsque l’appareil est à l’arrêt, en attente d’être appelé. Les plus rudimentaires gardent même la lumière allumée 24 h/24, une aberration. Mais si un ascenseur consomme même sans être utilisé, ne vaut-il pas mieux le rentabiliser et le faire travailler? La réponse est évidemment non! D’après le site energie-environnement.ch , un trajet en ascenseur qui transporte 100 kg sur cinq étages utilise autant d’électricité qu’un grille-pain. En attendant que de nouvelles générations d’ascenseurs ascétiques se généralisent, pour le salut de notre environnement et aussi parce que l’été approche et qu’il faut penser à muscler ses cuissots, prenons les escaliers, nous serons tous gagnants!

Texte © Migros Magazine – Leïla Rölli

Auteur: Leïla Rölli