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7 avril 2014

Assemblée des délégués: une leçon de démocratie

Migros conserve les structures de direction qui ont fait sa réussite. Tel en ont décidé les délégués de la Fédération des coopératives Migros (FCM) réunis fin mars à Zurich lors de leur 175e assemblée.

Assemblée des délégués
Jean-Claude 
Manghardt, 
délégué de Migros Genève, collecte les bulletins 
de vote.

La discussion n’est pas nouvelle à Migros. Au contraire: depuis plus d’une décennie, les questions de la séparation des pouvoirs et de gouvernance d’entreprise moderne sont régulièrement posées au sein des différentes instances de la communauté.

Dans le plus pur esprit du fondateur Gottlieb Duttweiler, ces problématiques, loin d’être traitées avec précipitation, suivent un processus de décision consensuel relativement long, au terme duquel tous les aspects sont examinés. Dans ce domaine, la structure complexe de l’enseigne ne facilite pas la tâche des délégués. Néanmoins, l’assemblée des délégués réunie fin mars est parvenue à trancher.

Au cœur des débats: la proposition d’un petit nombre de délégués visant à modifier les statuts de la Fédération des coopératives Migros (FCM) de manière à ce que les directeurs des dix coopératives régionales et le président de la direction générale de la FCM ne puissent plus siéger au sein de l’administration de la FCM. L’initiative prévoyait que cette dernière, «onzième coopérative» – responsable, avec ses filiales, d’une part conséquente du chiffres d’affaires de Migros –, ne soit plus représentée au sein de l’administration.

Des débats animés et des opinions engagées

Dans son discours, le président de la FCM Andrea Broggini a rappelé que Migros, en sa qualité de fédération de coopératives, choisissait ses délégués à l’administration avec un degré d’autonomie élevé et sans restrictions statutaires. Pour Andrea Broggini:

Andrea Broggini, président de l'administration FCM.
Andrea Broggini, président de l'administration FCM.

La réussite de Migros s’explique aussi par ses structures fédéralistes, semblables à celles de la Suisse.»

Une opinion partagée par Peter Birrer, président de la Fondation Gottlieb et Adele Duttweiler, qui veille au respect des statuts, des contrats et de la pensée du fondateur:

Fervent partisan de la direction participative, Gottlieb Duttweiler refusait tout pouvoir hiérarchique. Sans la présence de la FCM au sein de l’administration, la recherche du consensus dans la communauté Migros serait impossible.»

Peter Birrer, président de la Fondation Gottlieb et Adele Duttweiler.
Peter Birrer, président de la Fondation Gottlieb et Adele Duttweiler.

Peter Birrer a par ailleurs appelé les délégués à penser avant tout à l’intérêt de l’entreprise, plutôt que de se demander qui a raison ou tort.

Après ces discours convaincants, le résultat du scrutin n’a étonné personne: sur les 106 délégués présents, 33 se sont prononcés en faveur de la proposition tandis que 72 votaient pour le maintien des statuts.

La limitation de la durée des mandats pour les membres de l’administration s’est avérée être un sujet moins polémique. Alors que, les années passées, les commissions statutaires ont toujours opposé un refus catégorique aux initiatives de ce type, l’administration a cette fois-ci suggéré de limiter le nombre de mandats effectués à quatre (soit seize ans au total). L’idée a été bien accueillie par les délégués, qui lui ont accordé 80 voix. Là encore, c’est le consensus qui l’a emporté: si Migros ne tient pas à conserver ses délégués ad vitam aeternam, elle ne souhaite pas non plus se priver d’un précieux savoir-faire en obligeant des collaborateurs compétents à céder la place au bout d’un temps trop court.

Le vote relatif au nouveau Règlement d’organisation a quant à lui été précédé de vives discussions. Ce texte régit l’organisation interne et la direction de la FCM, tout en définissant les compétences des organes. L’administration en a présenté une version remaniée, mieux adaptée aux exigences d’une gouvernance d’entreprise moderne que la mouture de 2003 qu’elle a remplacée. Le nouveau règlement, comportant deux amendements, est passé sans difficulté avec 70 voix.

Une fois les autres points statutaires approuvés par les délégués, la présidente Ursula Nold a remercié l’assemblée d’avoir su trouver un accord malgré les différends:

Ursula Nold, présidente de l'assemblée des délégués FCM.
Ursula Nold, présidente de l'assemblée des délégués FCM.

Après de nombreux débats très fructueux au sujet de la Corporate Governance, nous avons su prendre des décisions dans le respect des règles démocratiques.»

Auteur: Daniel Sidler

Photographe: Severin Nowacki