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2 novembre 2015

Assurances: les Suisses n’aiment pas économiser

Chaque assuré a désormais reçu son décompte de primes maladie pour 2016. Et selon le site Bonus.ch, la hausse moyenne de 4% ne serait dans certains cas que l’arbre qui cache la forêt. Pour autant, il semble que les Suisses ne vont pas se précipiter pour faire jouer la concurrence.Comme d’habitude, en fait.

Une femme désespérée avec une calculette photo
Une année 2016 annoncée comme financièrement corsée pour les ménages va-t-elle réveiller le consommateur avisé qui devrait sommeiller en chaque assuré? (Photo: Getty Images)

Après une relative accalmie ces dernières années, les primes d’assurance-maladie vivront une sévère hausse de 4% en 2016. A moins d’habiter Appenzell Rhodes-Intérieures (la plus petite hausse cantonale avec + 2,2%), c’est la hausse moyenne attendue pour l’année prochaine en Suisse. Plusieurs ministres de la santé crient au scandale, notamment en Suisse romande où Neuchâtel, Jura, Vaud ou Genève arrivent à 5% ou au-dessus. Des montants que chacun aura pu vérifier puisque les caisses-maladie avaient jusqu’au 30 octobre pour communiquer à leurs clients leurs nouveaux tarifs. Lesdits assurés qui disposent désormais d’un mois pour aller voir ailleurs. Avec des dépenses de santé qui grèvent de plus en plus les finances du ménage, ils devraient être nombreux à le faire. Eh bien non. Selon les spécialistes, moins d’un dixième de la population s’y risquera.

Comme en matière de télécoms, d’assurances diverses et variées et désormais de services bancaires, l’homo helveticus a une curieuse tendance à se laisser tondre. Et cela, malgré des outils de comparaison de plus en plus nombreux et précis, que ce soit sur internet ou dans la presse, spécialisée ou non.

Une année 2016 annoncée comme financièrement corsée pour les ménages va-t-elle réveiller le consommateur avisé qui devrait sommeiller en chaque assuré? En attendant, un rappel: la loi sur l’assurance-maladie (LAMal) garantit des soins de base strictement identiques, quel que soit l’assureur choisi.

«Comparer ne prend pourtant que quelques minutes»

Patrick Ducret, CEO du site Bonus.ch

Les fortes augmentations prévues des primes d’assurance-maladie vont-elles inciter davantage de Suisses à changer de caisse?

Pas d’après nos projections, en tout cas. Avec de telles hausses, on devrait effectivement s’attendre à un pourcentage de départs plus important, mais il n’en sera vraisemblablement rien. D’après nos projections, il sera entre 8% et 9%, pas plus. Autant dire qu’il ne concernera qu’une faible proportion du nombre d’assurés qui en tireraient des économies, parfois importantes.

De quel ordre?

Nous avons simulé plusieurs profils. Dans les cas extrêmes, ces économies s’approchent des 10 000 francs annuels. Pour une famille de quatre personnes, on parle de 5000 francs par an en moyenne. De quoi par exemple s’offrir de belles vacances.

Comment expliquer cette frilosité?

Il y a d’abord ce résultat de nombreux sondages: malgré le rôle de méchant souvent endossé par les caisses-maladie au sein du système de santé, les Suisses s’en disent satisfaits, voire très satisfaits dans leur grande majorité. A l’inverse, on s’aperçoit également que, depuis quelques années, la spirale des hausses de primes provoque un effet de rejet au sein d’une partie de la population. Certains nous disent leur ras-le-bol du système et adoptent la même position pourtant paradoxale que celui qui estime que tout va mal mais qui ne va plus voter: ils ne se donnent même plus la peine de calculer, estimant que de toutes les façons, ils paieront trop cher.

Pour comparer, il faut comprendre. Et ce n’est pas toujours simple, non?

Il y a sans doute un manque d’information. Par exemple, certains ne savent toujours pas que le catalogue des prestations de base est parfaitement identique puisque inscrit dans la loi. Un assureur ne va pas payer plus qu’un autre. Pourtant en plus de sites comparateurs comme le nôtre, il existe de nombreux autres moyens de se renseigner, que ce soit via les magazines de consommation ou les sites internet des assureurs, désormais parfaitement au fait du Net. Il s’avère par exemple très facile de demander une offre en ligne.

D’autres raisons?

Des assurés rechignent visiblement à séparer les soins de base des éventuelles complémentaires. Et puis, il faut admettre que dans le domaine de la santé comme dans d’autres, les diverses offres restent parfois compliquées à appréhender. L’introduction des modèles alternatifs comme le réseau de santé ou le Telmed complexifie le choix. Dans d’autres domaines, comme les télécoms, on voit bien que les offres combinées avec internet ou la télévision numérique contribuent à capter le client. Cette réflexion vaut aussi pour les packages bancaires où une foule de petites différences rend les analogies difficiles. Enfin, je pense que le Suisse est naturellement fidèle. A son assureur comme à son garage, sa banque ou sa marque de voiture.

Quelques conseils avant de faire le pas du changement?

Respecter quelques obligations administratives, dont la date butoir du 30 novembre (pas pour l’envoi, mais pour la réception par l’assureur), et la nécessité de rédiger un courrier recommandé. A cet égard, il faut rappeler que l’on trouve partout des exemples de lettres de résiliation standard. Il convient aussi de s’assurer que l’adhésion a été confirmée par la nouvelle caisse choisie. Sinon faire le meilleur choix nécessite de se renseigner sur les différentes possibilités d’économiser sans compromettre sa santé. Il s’agit avant tout du degré de franchise, pour lequel on évaluera ses dépenses de santé et ses besoins, mais aussi du modèle d’assurance alternatif comme le réseau de santé, le médecin de famille ou Telmed.

Texte © Migros Magazine – Pierre Léderrey

Auteur: Pierre Léderrey