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22 mai 2017

Balade au bout de la Suisse

Aux confins de nos frontières, de Cologny à Hermance, cette promenade permet de s’immerger dans la campagne genevoise, avec ses villas cossues et ses bourgades médiévales.

Vue sur le Léman depuis Cologny
La balade sur
les hauts de la
rive gauche est ponctuée de vues imprenables sur les environs de Genève.

Un vent presque glacial souffle ce matin sur le Léman. Des moutons blancs se mêlent aux eaux couleur bleu roi, alors que sur le quai de Cologny se pressent quelques cyclistes, joggeurs et promeneurs luttant contre la bise.

Le point de départ de notre balade du jour se situe à quelques encablures de Genève-Plage et du Bain Bleu, qui nous fait de l’œil avec son hammam et son spa. Avec ce froid, ne serions-nous pas plus inspirés de nous plonger dans un jacuzzi délicieusement chauffé à 35 °C?

La journaliste en route sur les chemins de campagne.
Nous nous enfonçons avec plaisir dans la campagne genevoise en suivant les panneaux de Suisse Rando

Allons, un peu de courage, que diable! Après tout, le soleil brille. Et nous allons très certainement nous réchauffer, puisque le chemin s’éloigne du bord du lac et débute par une solide montée. Le but de l’expédition: Hermance, cette charmante bourgade médiévale qui flirte avec la frontière française. Mais plutôt que de longer les rives, nous allons nous enfoncer dans la campagne en suivant les panneaux jaunes de Suisse Rando.

Après avoir avalé quelques dizaines de dénivelés et traversé le centre de Cologny (en ayant une pensée émue pour Mary Shelley, qui imaginait ici même il y a cent ans le personnage de Frankenstein, lors d’un orageux soir d’été dans la villa du poète britannique Lord Byron), nous atteignons rapidement la périphérie de la commune et ses somptueuses résidences.

paysage de la campagne genevoise
Peu fréquenté aujourd'hui – peut-être à cause de la bise! – le chemin pédestre offre un bel aperçu des richesses de la campagne genevoise.

Paisible et peu fréquenté, le quartier offre une belle oasis de verdure. Sous le chant des oiseaux, des arbres habillés de lierre courent le long des ruelles, tandis que les glycines égaient les façades des maisons. Bientôt, nous distinguons le gazon immaculé du Golf Club de Genève. Toujours pas âme qui vive à l’horizon…

Puis nous nous enfonçons plus avant dans la campagne. Aux petites localités, avec leurs fermes rénovées, succèdent les vignes – peu fournies en cette saison – ainsi que les champs de colza, dont le jaune éclatant contraste avec les couleurs sombres que revêt aujourd’hui la chaîne du Jura, de l’autre côté du lac. Par endroits, une colline offre une ouverture sur le Léman qui, de loin, paraît toujours aussi agité.

Gare au château hanté en chemin

Quelques kilomètres plus tard, une surprise attend les amateurs de vieilles pierres: les ruines du château de Rouelbeau. Certes, il ne reste plus grand-chose de la structure bâtie au XIVe siècle, rapidement abandonnée par ses propriétaires et détruite au XVIe par les Bernois lors de la Réforme, mais une ancienne légende raconte qu’une dame blanche hante encore les lieux les nuits de pleine lune. L’occasion de s’offrir une petite pause culturelle…

Des sportifs longent un champ de colza.
Chaque printemps, les champs de colza dorés agrémentent le paysage d’un éclat particulier.

Après avoir traversé le hameau de Saint-Maurice (non, nous n’avons pas été miraculeusement transportés en Valais!), nous arrivons finalement dans la jolie petite commune de Corsier où, midi approchant, nous profitons de la présence d’un tea-room pour nous attabler autour d’un appétissant sandwich. Requinqués, nous poursuivons notre chemin dans l’ancien village savoyard, admirant une fois de plus les façades richement fleuries, puis nous rejoignons bien vite les champs de colza.

Un petit crochet par Anières – sans toutefois pousser jusqu’au lac – et nous voilà à l’orée d’un bois. Nous quittons la voie balisée par GenèveRando, la section cantonale genevoise de Suisse Rando, pour nous engager sur les rives de l’Hermance, que nous suivrons jusqu’à destination.

Nous entrons alors dans un autre univers, un véritable cocon de verdure baigné de lumière et bercé par le chant de la rivière. Prenant sa source en France, non loin de là, cette dernière court le long de la frontière sur plus de 6 kilomètres (nos téléphones portables ont d’ailleurs un peu de mal à se repérer) avant de se jeter dans le Léman... au niveau d’Hermance, bien entendu!

Une rivière jalonnée d’histoire

Nous ne sommes apparemment pas les seuls à apprécier l’atmosphère paisible et feutrée des lieux. Outre quelques promeneurs, nous croisons la route d’un chat solitaire qui prend le soleil sur un tronc d’arbre couché dans la rivière. Plus loin, c’est le chant d’un coq qui nous interpelle. Il est passé midi depuis longtemps: en voilà une drôle d’heure pour se réveiller!

Quelques anciens ponts ponctuent le parcours, dont celui de Marival, aussi dit pont des Autrichiens en souvenir des troupes militaires qui campèrent là en 1813: enjambant le Chamburaz, affluent de l’Hermance, il nous charme de ses vieilles pierres et de son harmonieux arrondi.

La plage d’Hermance
La plage d’Hermance, qui nous attend à la fin de cette balade, invite à la détente.

Après cette sinueuse promenade le long de la rivière, nous arrivons enfin sur les hauts d’Hermance. L’occasion d’admirer une dernière fois les glycines ornant les façades de la bourgade médiévale avant de nous retrouver au bord du lac où nous goûtons une pause bien méritée, assis sur le parapet et saluant le courage des plongeurs qui s’apprêtent à s’enfoncer dans les eaux troublées du Léman. Pour nous, l’aventure est terminée, ne reste plus qu’à sauter dans un bus pour retourner au centre-ville de Genève.

Texte: © Migros Magazine / Tania Araman

Auteur: Tania Araman

Photographe: Olivier Vogelsang