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13 octobre 2014

Au cœur d’Alméria, le potager européen

Pendant les mois d’hiver, la province d’Almería, au sud de l’Espagne, offre un climat idéal pour les cultures maraîchères. Là, Migros s’engage en faveur de conditions de travail justes.

Florin Tofoleanu
Florin Tofoleanu, employé chez Antonio Rodriguez Lopez, en pleine récolte de concombres.

Un magnifique soleil d’automne brille sur les serres disséminées dans la province d’Almería, au sud de l’Espagne. A l’intérieur de l’une d’elles, Antonio Rodriguez Lopez se glisse entre d’interminables rangées de concombres, en cueille un et mord dedans sans même le laver: «Nous utilisons très peu de pesticides. A l’intérieur, les plantes sont protégées des nuisibles. Et comme il y a presque toujours un léger courant d’air qui assure une bonne ventilation, nous n’avons pratiquement pas de soucis de champignons.»

En outre, l’exploitant espagnol préfère lutter contre les insectes nuisibles en utilisant des auxiliaires comme les acariens. Grâce à ce procédé emprunté à l’agriculture bio, le recours aux insecticides a diminué de 80%.

Antonio Rodriguez Lopez, producteur de concombres.
Antonio Rodriguez Lopez, producteur de concombres.

La province d’Almería, au pied de la Sierra Nevada, est l’une des plus importantes régions maraîchères d’Europe, avec une production annuelle d’environ trois millions de tonnes. Comme les fruits et les légumes poussent sous d’innombrables serres qui n’ont pratiquement pas besoin d’être chauffées, la région est souvent appelée «mer de plastique» car elle occupe quelque 350 km2.

Près de 80 000 personnes, dont de nombreux immigrés, travaillent dans le secteur de l’agriculture. Vers l’an 2000, leurs mauvaises conditions de travail ont fait la une des médias, mais depuis, la situation s’est beaucoup améliorée, notamment grâce à l’engagement de détaillants tels que Migros.

L’enseigne oblige ses fournisseurs espagnols à respecter les normes GRASP (en anglais) qui renforcent les droits des travailleurs. Grâce à ce dispositif, ces derniers bénéficient désormais de contrats de travail écrits et sont informés des dispositions légales en matière de salaire minimum et de temps de travail maximum. En cas de problème, ils ont accès à des formulaires de réclamation ainsi qu’aux coordonnées des syndicats. Ces documents existent en arabe et en roumain, notamment.

Des travailleurs étrangers bien intégrés

De nombreux travailleurs, dont les deux employés d’Antonio Rodriguez Lopez, sont en effet originaires d’Afrique du Nord et d’Europe de l’Est. Arrivé du Maroc il y a treize ans, Mohammed Benzineb vit avec sa femme et ses quatre enfants dans une maison à El Ejido, une localité toute proche: «Par rapport à mon pays, les perspectives sont bien meilleures ici», glisse-t-il dans un excellent espagnol. C’est dans la péninsule Ibérique qu’il a fondé sa famille et c’est là que ses enfants vont à l’école.

Aujourd’hui, comme tous les deux jours, le travail de Mohammed Benzineb consiste à récolter les concombres et les conditionner dans des caisses.

Le reste de la semaine, lui et son collègue Florin Tofoleanu attachent les plantes et coupent les feuilles: «J’ai du plaisir à travailler ici», confie ce dernier, un Roumain de 44 ans. Il a émigré en Espagne il y a dix ans, en compagnie de son épouse et de ses deux filles: «En Roumanie, il est très difficile de trouver un emploi. La vie est bien meilleure ici», poursuit-il. Florin apprécie aussi ses horaires de travail, pensés en fonction du climat: «Nous commençons tôt le matin et nous nous interrompons à midi. Après la sieste, nous revenons en fin d’après-midi et restons jusque vers 19 heures.»

Lui aussi vit à El Ejido et il s’y sent très bien intégré: «J’y ai plein d’amis, des Marocains, des Roumains, des Espagnols, etc.»

Le personnel conditionne les concombres au dépôt de la coopérative Murgiverde.
Le personnel conditionne les concombres au dépôt de la coopérative Murgiverde.

L’exploitation d’Antonio Rodriguez Lopez appartient à la coopérative Murgiverde (en anglais) qui, dans la région, exploite quatre grands centres de transformation: «Nous avons fondé Murgiverde en 2005 pour mieux commercialiser nos produits et nous rapprocher de la chaîne de livraison», explique Manuel Galdeano, lui-même agriculteur et président de la coopérative depuis sa création.

Le respect de l’environnement gagne du terrain

Chaque année, quatre cent vingt exploitations fournissent environ 1500 tonnes de concombres, de poivrons, de tomates et d’autres légumes à Murgiverde.

Migros collabore avec les responsables de la coopérative pour mettre en œuvre les normes GRASP: «Nous attachons beaucoup d’importance à proposer des conditions de travail correctes», souligne Manuel Galdeano.

Manuel Galdeano, président de la coopérative Murgiverde.
Manuel Galdeano, président de la coopérative Murgiverde.

Trois délégués syndicaux élus travaillent par exemple dans chaque atelier d’emballage: «Nous nous réunissons chaque mois pour discuter d’aspects comme la sécurité, la protection antibruit et les heures supplémentaires éventuelles à effectuer selon la récolte.»

Les critères écologiques entrent aussi de plus en plus en considération: «Nous aidons nos producteurs à cultiver de façon plus respectueuse de l’environnement. Nos clients souhaitent en effet que nos denrées répondent le plus possible aux principes du développement durable», indique Manuel Galdeano.

Auteur: Andreas Dürrenberger

Photographe: Samuel Trümpy