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13 mars 2017

Au chevet de la flore suisse

L’état de santé des plantes sauvages indigènes est préoccupant. Selon la dernière liste rouge, près de la moitié des espèces sont considérées comme menacées ou potentiellement menacées.

glaïeul des marais
En danger: glaïeul des marais (Gladiolus palustris Gaudin) Espèce typique des prairies à molinie. Cet habitat est devenu très rare et ce glaïeul a beaucoup régressé. © Info Flora.

Malgré tous les programmes de conservation mis en place, la situation de nombreuses espèces végétales indigènes continue à se péjorer», constatent Sibyl Rometsch et Lionel Sager du Centre national de données et d’informations sur la flore de Suisse Info Flora. Centre reconnu et soutenu par l’Office fédéral de l’environnement, qui a publié fin 2016 la nouvelle liste rouge des plantes vasculaires (végétaux supérieurs à tige, racine et feuilles).

Les chiffres sont éloquents: presque la moitié des 2613 espèces et sous-espèces évaluées sont menacées ou ont disparu (27,7%) ou se trouvent potentiellement menacées (15,9%). 55 espèces sont considérées comme éteintes. Enfin, parmi les 670 plantes rescapées qui figurent sur la liste rouge, 111 se trouvent au bord de l’extinction, 197 sont en danger et 362 s’avèrent vulnérables…

«La proportion de végétaux sauvages menacés est à peu près la même qu’en 2002, date à laquelle a été publiée la précédente liste rouge. Par contre, il y a beaucoup plus d’espèces proches de la menace, principalement dans les zones humides, les prairies sèches, les champs et les vignes», relèvent les biologistes d’Info Flora.

Multiples pressions sur la flore

La faute autant aux gens des villes (urbanisation galopante et mitage du territoire) qu’à ceux des champs (intensification de l’agriculture en plaine, abandon d’exploitations subalpines et appauvrissement des pâturages par l’apport de fertilisants). A ces facteurs s’ajoutent les émissions d’oxyde d’azote, le réchauffement climatique (il profite quand même parfois à certaines espèces) et la percée des néophytes invasives qui mettent une pression supplémentaire sur les plantes indigènes et contribuent sans doute aussi à leur étiolement.

Sibyl Rometsch, directrice adjointe d’Info Flora, et son collègue Lionel Sager, ici au jardin botanique de Berne, ont contribué à l’établissement de la liste rouge des plantes sauvages indigènes de Suisse (photo: Pierre-Yves Massot).
Sibyl Rometsch, directrice adjointe d’Info Flora, et son collègue Lionel Sager, ici au jardin botanique de Berne, ont contribué à l’établissement de la liste rouge des plantes sauvages indigènes de Suisse (photo: Pierre-Yves Massot).

Des mesures ont d’ores et déjà été prises pour enrayer cette tendance. Comme monter des projets de conservation, revitaliser des cours d’eau, remettre de la nature dans les zones urbaines (gare aux envahisseurs exotiques!) ou encore lancer une politique visant à inciter les paysans à cultiver des surfaces de promotion de la biodiversité. «Ce qui est dommage ici, c’est que cette gestion agricole participe à une certaine homogénéisation de la flore. En effet, semer le même mélange fleuri partout en Suisse finit par gommer les spécificités régionales!»

Aujourd’hui, de nombreux végétaux ne doivent leur survie qu’à la création de sites protégés. Mais ce n’est pas non plus toujours la panacée: «L’initiative Rothenthurm a permis de préserver les marais, qui avaient perdu 90% de leur surface depuis le XIXe siècle. D’avoir mis ces habitats ‹sous cloche› ne garantit pourtant pas une sauvegarde à long terme des populations en péril, parce qu’elles n’arrivent pas à atteindre une taille critique suffisante pour s’adapter aux conditions changeantes de l’environnement.»

Des efforts trop timides

On le voit: la problématique est très complexe! Et les efforts fournis jusqu’à présent sont louables, mais encore trop timides pour enrayer l’érosion. «Rien que pour stabiliser l’état de la flore, un engagement bien plus important est nécessaire.» D’où l’urgence, selon Sibyl Rometsch et Lionel Sager, de mettre en œuvre les plans d’action de la Stratégie Biodiversité Suisse élaborés par la Confédération, lesquels prévoient notamment une augmentation du nombre et de la qualité des milieux naturels. «Ce que nous proposons, c’est la création de micro-réserves qui formeraient un réseau pour que les espèces puissent se maintenir et avoir des échanges.»

En attendant, certaines plantes en voie d’extinction – les derniers des Mohicans, en quelque sorte – sont cultivées et multipliées dans divers jardins botaniques de notre pays en vue de leur éventuelle réintroduction ou pour contribuer au renforcement futur d’une population chancelante. «Le jardin botanique de Genève est également en train de monter une banque de semences. Plus de 400 espèces y sont déjà conservées.» On n’est jamais trop prudent…

Auteur: Alain Portner