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3 novembre 2014

Au diapason de sa passion

Alexandre Ramel exerce un métier en voie de raréfaction, celui d’accordeur et de réparateur de pianos. Dans son atelier lausannois, ce puriste à l’exigence chevillée au corps bichonne de vieux instruments afin de leur donner une seconde vie.

Alexandre Ramel pose entre des claviers de piano détachés de leur instrument
Alexandre Ramel: «Réparer ou accorder des pianos anciens me fait voyager dans le passé. J’essaie toujours d’imaginer les instruments dans leur environnement de l’époque. Il faut dire que je suis un féru d’histoire, plus jeune je voulais être égyptologue.»

L’antre lausannois d’ Alexandre Ramel déborde littéralement de pianos antédiluviens. Certains en état de marche, d’autres en voie de l’être. Notre hôte nous invite à le suivre en zigzaguant jusqu’à la pièce encombrée qui lui sert de bureau, et s’excuse pour le désordre.

Ici, nous restaurons des instruments anciens, une spécialité artisanale qui se perd. Les ateliers de ce type ont presque tous disparu en Suisse.»

La faute principalement à la concurrence polonaise (côté réparation) et chinoise (côté vente).

Lui refuse de raccrocher son diapason et continue de n’écouler que de l’occasion, même si ce n’est pas commercialement rentable.

Beaucoup trop de pianos de qualité sont condamnés et disparaissent pour le seul crime d’être vieux!»

s’insurge-t-il.

Ce qui le tient, le pousse à remettre chaque jour l’ouvrage sur le métier, c’est la passion! Celle que lui a transmise feu son père et qui l’a incité à faire revivre l’enseigne Ramel pianos. «Cela fait douze ans que je me suis lancé, j’étais alors le plus jeune accordeur, réparateur indépendant du pays.»

Alexandre pointe l’index en direction d’un Pleyel de 1832 qui trône dans son bureau. «C’est avec cet instrument que tout a commencé.» Notre homme a attrapé le virus en l’autopsiant.

Mon papa m’avait dit «Tu peux commencer à le réparer!»,
je m’y suis mis et je n’ai plus pu arrêter…»

Une journée avec Alexandre Ramel

7 h 45: l'atelier
«J’ai baigné dans cet univers depuis tout petit, cela fait maintenant bientôt dix-huit ans que j’exerce cette profession et j’aime toujours réparer les instruments, les améliorer aussi pour les emmener au maximum de leur capacité.»

Alexandre Ramel en train de réparer un piano.
Alexandre a grandi entouré de pianos.

12h 15: entracte
«Mon employé mange ce que sa mère lui a concocté et moi un plat tout préparé. Durant cette pause, on se regarde un bout de film. C’est un chouette moment de partage qui participe à la bonne ambiance de travail qui règne ici.»

Alexandre Ramel et son employé regardent un film dans l'atelier.
Un pause distrayante.

14 h 00: Accord parfait
«Ce n’est pas nécessaire d’avoir l’oreille absolue comme certains concertistes, mais il faut travailler son oreille tous les jours pendant des années avant de pouvoir prétendre savoir accorder un piano. Moi, ça m’a pris quatorze ans exactement.»

Alexandre Ramel en train d'accorder un piano.
Alexandre Ramel a parfait son oreille au cours du temps.

15 h 30:Belle mécanique
«Cette machine à tisser les cordes de basse est belle comme une locomotive. Elle doit avoir autour de 100 ans, a tissé des milliers de cordes et tourne encore comme une horloge. Enfant déjà, j’adorais tourner sa manivelle…»

rouages de la machine à tisser les cordes de basse
Une machine centenaire encore en pleine forme.

20 h 00: Les copains d'abord
«On se retrouve de temps en temps avec de vieux potes pour aller faire un bowling, nager au lac, skier en hiver… Les copains, c’est important! L’être humain n’est pas une créature faite pour vivre seule.»

Alexandre Ramel lors d'une partie de Bowling.
Cultiver les rapports humains compte beaucoup pour Alexandre Ramel.

Texte: © Migros Magazine - Alain Portner

Auteur: Alain Portner

Photographe: Dom Smaz