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21 septembre 2015

Au fil de l’eau douce

Le sentier de la truite, entre Morges et le vieux bourg de Saint-Prex (VD), est une balade didactique pour toute la famille. Facile, presque sans dénivelé et totalement bucolique, avec en prime des plages secrètes et des haltes gourmandes. Qui dit mieux?

Une personne profte du bord de l'eau dans le sous-bois
L’itinéraire est riche en sous-bois poétiques.
Le château militaire de Morges.
Le château militaire de Morges, qu’on délaissera pour cette fois au profit d’une ambiance plus champêtre.

De la gare de Morges, pas besoin de boussole! L’objectif est clair: rejoindre le lac au plus vite. On traverse donc les avenues au pas de charge, contournant le château militaire pour se retrouver presque instantanément ailleurs: le cliquetis des mâts dans la brise de fin d’été, le soleil qui explose en miroir à la surface de l’eau, pour un peu, on se croirait au bord de la mer.

Mais il vaut la peine de traverser le parc de l’Indépendance en ralentissant un peu l’allure. Une cinquantaine de variétés d’arbres de tous les continents, marronniers tricentenaires, tulipiers, séquoias géants, saisissent le regard et le tirent vers le haut. Tout ce temps, concentré dans l’écorce et les ramures, donne au lieu une ampleur incroyable. Une sérénité. Et puis, on repart vers l’azur étincelant, le lac, l’embouchure de la Morges, les roselières. L’eau sera véritablement le fil rouge – bleu? – de cette balade.

Comme son nom l’indique, le sentier de la truite suit lac et rivière en une douzaine de panneaux didactiques, histoire de découvrir un peu mieux la vie aquatique de leurs locataires. C’est que dans le Léman cohabitent trois grandes espèces: les poissons nobles (salmonidés), les poissons blancs (cyprinidés) et tous les autres, de la perche au brochet! Une partie d’entre eux finissent d’ailleurs dans les assiettes de la Buvette du Petit Bois, qui sert mousse de féra, terrine de poisson et autres produits du lac. Avec ses filets qui sèchent au soleil et son drapeau de pirate, l’endroit donne envie de s’attarder…

Rive du Léman
Seul un quart environ des rives du Léman est laissé à l'état naturel.

Mais il est trop tôt pour passer à table! On s’enfonce donc dans le sous-bois, dans un décor d’une extrême poésie. Ici, les arbres flirtent avec l’onde, s’inclinent au plus bas, s’ouvrant parfois tel un rideau sur un ponton improbable qui s’avance dans l’immensité parfaite. On pourrait y méditer toute la journée. Cette balade ne sera en fait qu’une volonté contrariée: celle de s’arrêter à tout instant dans des lieux enchanteurs, aussitôt quittés pour aller voir plus loin! Le sentier sablonneux oscille ensuite entre forêt et plage, laissant apparaître çà et là de petites criques sauvages où l’on se prendrait presque pour Robinson. D’ailleurs, ce coin de littoral fait partie des rares rives du Léman encore naturelles (26%), où on laisse par exemple le bois mort servir d’abri aux gammares et aux lucanes cerfs-volants.

La petite cabane dans la pêcherie

Féras suspendues
Ces féras, qui viennent d’être fumées, refroidissent de manière naturelle en plein air.

Un peu plus loin, nouvelle surprise: seule au monde, une cabane fleurie avec sa guirlande de drapeaux tibétains et ses féras fumées qui refroidissent, suspendues comme de la lessive sur un étendage. C’est la pêcherie du Boiron, où vous risquez fort de croiser le pêcheur en train de démêler ses filets ou de préparer le poisson pour le marché. Entre les nasses pour les perches et le cri du coq, voici l’embouchure du Boiron, où commence le sentier de la truite, balisé avec un poisson bleu.

En quelques pas, on atteint la Maison de la Rivière, qui vaut le détour (voir encadré). La suite de la balade se fait au fil du Boiron, que l’on va remonter, telles les truites au moment de la fraie. Ce tronçon du parcours est particulièrement bucolique, il longe un verger et son jardin potager piqué de couleurs vives, courges et tournesols, flots de vendangeuses, rucher vrombissant. On s’enfonce ensuite dans le sous-bois, où la rivière va au ralenti, s’étale dans l’ombre, méandre, paresse en silence.

Deux chemins possibles

A l’entrée d’un tunnel, deux options: une version courte en 35 minutes jusqu’à Saint-Prex ou une version longue en une heure.

On choisit la deuxième, le pied léger, d’autant que le sentier est facile, parsemé de petits ponts, de passerelles, de prêles et de mûriers. Les arceaux de hêtres transforment le chemin en voie royale, tandis que le ressac du vent dans les branches efface le roulement de l’autoroute au-dessus des têtes. La dernière partie du parcours se fait en montée. On quitte définitivement le Boiron au douzième panneau consacré aux poètes qui ont chanté les rivières. Rimbaud, Lamartine et, plus près de nous, Pierre-Pascal Rossi. C’est en emportant quelques vers que l’on sort du bois, surgissant soudain sur un chemin agricole, face aux champs façon tableau de Ballmoos.

La porte d’entrée du vieux bourg à Saint-Prex.
Retour à la civilisation au travers de la porte d’entrée du vieux bourg à Saint-Prex...

Ne reste plus qu’à revenir au goudron, descendre par les trottoirs monotones jusqu’à Saint-Prex. Mais avec sa tour de l’Horloge, son ancienne forge – aujourd’hui occupée par une épicerie du terroir – son église romane, les façades pierreuses et fleuries de la Grand’rue, le bourg du XIIIe siècle mérite une visite. On peut encore s’arrêter au numéro 15, à l’atelier de Pietro Sarto, ou terminer à la pointe du Suchet pour sentir encore une fois le vent du large sur le visage. Ce qui revient presque au même…

Texte: © Migros Magazine – Patricia Brambilla

Auteur: Patricia Brambilla

Photographe: Laurent de Senarclens