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15 septembre 2016

Au fil des Aiguilles- de-Baulmes

Entre le Suchet et le Chasseron, s’élève un sommet hérissé du massif jurassien que l’on atteint aisément à pied depuis la petite ville de Sainte-Croix (VD). Une vadrouille en boucle pour goûter sans risque aux frissons de la montagne.

Sur le chemin du sommet se trouve une grotte appelée la Cave Noire, assez vaste pour contenir quatre éléphants.
Sur le chemin du sommet se trouve une grotte appelée la Cave Noire, assez vaste pour contenir quatre éléphants.

Gare de Sainte-Croix (1066 m), terminus, tout le monde descend! Face à nous, une forêt de panneaux jaunes, dont trois indiquent les Aiguilles-de-Baulmes, notre ascension du jour. Sans l’ombre d’un doute, nous prenons à droite, direction Mont-de-Baulmes. Quelques foulées sur le bitume, puis descente à travers prés dans la cuvette de la Mouille de La Sagne. L’herbe est encore dégoulinante de rosée.

Un sapin solitaire sur une crête du Jura.
Un sapin solitaire sur une crête du Jura.

Après avoir enjambé l’Arnon qui n’est pas très en eau à cet endroit, une longue grimpette nous attend: cinquante minutes, la plupart du temps dans les bois, avant d’atteindre les pâturages du Mont-de-Baulmes, son restaurant et ses beignets au fromage. Courte pause pour reprendre notre souffle et admirer de solides bêtes à cornes que l’on dirait tout droit sorties d’un tableau bucolique du XIXe siècle.

Passage dans une forêt dense.
Le parcours est ponctué d’agréables surprises florales. Ici, des chardons.
Le parcours est ponctué d’agréables surprises florales. Ici, des chardons.

A nouveau sur pied, nous empruntons une allée d’érables qui conduit à la crête. C’est là, juste au bord de la falaise de calcaire, que la Société du Musée de Sainte-Croix a érigé, voilà cent quarante ans, une jolie table d’orientation (1287 m). Restauré depuis lors, ce belvédère promet un panorama sur les Alpes en cinémascope s’étendant sur… 200 kilomètres.

Arrêt sur paysage. L’on se penche, plein d’espoir. Mais avec la tête dans les nuages, le coup d’œil se limite au village de Baulmes en contrebas, à Yverdon-les-Bains (VD) et sa plage sur la gauche ainsi qu’à un aperçu des cultures en damier du Plateau suisse. «Par temps clair, on peut voir le jet d’eau de Genève», nous assure une jeune randonneuse. Rires. «Je vous jure, ce ne sont pas des conneries!» On reviendra.

Détour par la Cave Noire

Un joli sentier longe l’arête. Tantôt à l’abri d’épineux et de feuillus, tantôt à découvert. Les points de vue se succèdent. Souvent vertigineux. Le voile de brume se déchire parfois, nous révélant presque l’entier du lac de Neuchâtel et une étendue toujours plus vaste de la plaine. Mais toujours pas l’ombre d’une montagne. Il faudra s’en contenter…

L'entrée de la Cave Noire, une grotte assez vaste pour contenir quatre éléphants.
L'entrée de la Cave Noire, une grotte assez vaste pour contenir quatre éléphants.

Vissée dans la roche, une flèche jaune nous invite à faire un détour par la Cave Noire (1432 m). Hésitation, car ce panneau comporte également un avertissement: «Passage dangereux», suivi de cette précision «Torche électr. indispensable». Prévoyant, le photographe qui m’accompagne ne sort jamais sans sa lampe frontale. Plus possible de se défiler.

Progression sur une vire étroite à petits pas prudents. Une chaîne nous permet de franchir les derniers mètres nous séparant de l’entrée de la grotte. Ça y est, nous y sommes. Nous nous faufilons dans un goulet qui devient de plus en plus étroit à mesure que nous avançons. L’atmosphère est saturée d’humidité. Il n’y a plus qu’un orifice entre nous et la salle principale. Nous nous débarrassons de nos sacs à dos pour le franchir.

Dix mètres de diamètre, cinq de haut, la Cave Noire est assez vaste pour contenir quatre beaux éléphants d’Afrique. Au-dessus de nos têtes, une ouverture naturelle laisse passer un rayon de lumière. Et parfois aussi des volutes de fumée comme en témoigne le foyer qui se trouve à la verticale de cette trouée. Il est temps de rebrousser chemin pour retrouver l’air libre.

Les gentianes sont hautes, signe que l’hiver sera rude (?). Encore quelques encablures avant d’arriver au sommet. Ici, plus de hêtres ni d’épicéas: seuls les pins parviennent à s’accrocher à cette crête exposée aux intempéries. A force de plier sous le vent et de ployer sous la neige, leur silhouette s’est mise à ressembler à celle de grands bonsaïs torturés.

En contrebas de la falaise, le village de Baulmes. A gauche, Yverdon et le lac de Neuchâtel.
En contrebas de la falaise, le village de Baulmes. A gauche, Yverdon et le lac de Neuchâtel.

Croix de bois à l’horizon. Nous avons atteint le point culminant (1559 m) des Aiguilles-de-Baulmes. D’intrépides faucons crécerelles jouent avec les courants en frôlant la paroi au-dessous de nous. Il est midi passé d’une poignée de minutes. Le moment parfait pour un pique-nique avec vue. Comme pour prolonger un peu l’été qui s’en va…

Non loin de là, la frontière

Pour le retour, nous suivons les indications Col de l’Aiguillon, puis Sainte-Croix. La solide descente en lacets est belle, mais casse-pattes. Nous regrettons d’avoir laissé nos bâtons de marche à la maison. Arrivés en bas un peu fourbus, nous tombons sur une verrue, un vestige de la guerre, un fortin qui nous rappelle que la frontière n’est pas loin.

En pente douce

Nous bifurquons tout de suite à droite pour poursuivre notre trotte à travers pâturages, via un chemin que l’on devine plus qu’on ne le voit. Celui-ci pénètre dans une forêt avant de grandir jusqu’à devenir petite route de pierre. La descente en pente douce se prolonge jusqu’à Sainte-Croix. La boucle est presque bouclée. MM

Auteur: Alain Portner

Photographe: Jeremy Bierer