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17 novembre 2016

Au fil du Rhin

En guère plus de trois heures de marche, la balade dans une nature préservée sur les rives du plus long fleuve de Suisse permet de découvrir la richesse de la vieille ville de Schaffhouse, les plus grandes chutes d’Europe et l’ancien couvent bénédictin de Rheinau (ZH).

Les chutes du Rhin
Les chutes du Rhin peuvent être observées depuis un rocher au milieu de la tourmente.

Impossible de les manquer lorsqu’on arrive par le train à Schaffhouse. Les chutes du Rhin ne sont distantes que d’une centaine de mètres du pont ferroviaire. Si elles impressionnent par leurs 23 mètres de hauteur et une largeur de quelque 150 mètres, c’est leur débit qui reste le plus phénoménal: en moyenne 700 000 litres à la seconde.

Mais avant de découvrir l’attraction naturelle la plus prisée de Suisse, il vaut la peine de prendre le temps de se balader dans Schaff­house. La cité, officiellement fondée au XIe siècle, doit d’ailleurs son développement aux chutes du Rhin.

Le fleuve étant infranchissable à cet endroit, il fallait transporter les marchandises par voie terrestre sur 6 kilomètres.

Cela a permis de créer des emplois sur place… et de prélever des taxes!», indique la guide Beatrice Ruckstuhl.

Une merveille d’horlogerie

Marché en ville
Les pommes font aussi la fierté des marchés de Suisse orientale.

L’archéologue nous emmène jusqu’à l’entrée de la vieille ville, de l’autre côté de la place de la gare. «La quasi-totalité du centre-ville est une zone piétonne.

Aménagée en 1973 déjà, elle est d’ailleurs la plus ancienne du pays»,

annonce fièrement l’employée de Schaffhauserland Tourismus. Nous voici sur la Fron­wag­platz, la plus grande place de la ville où ont lieu de nombreux événements culturels et politiques tout au long de l’année.

On y découvre la superbe horloge du XVIe siècle, qui domine toute la place. «Elle est exceptionnelle, car très perfectionnée pour l’époque. Ses cinq aiguilles indiquent l’heure, le jour, le mois lunaire, l’année et les éclipses de soleil et de lune.»

Schaffhouse possède de nombreux autres trésors de l’époque de la Renaissance. Le long de la Vordergasse, la principale rue commerçante de la ville, se dresse notamment la célèbre maison «Zum Ritter» avec ses fresques monumentales qui expriment la vie des chevaliers.

«Elles sont l’œuvre du peintre schaffhousois Tobias Stimmer, fameux notamment pour son portrait de Konrad Gessner qui a été repris sur les anciens billets de 50 francs.»

Et puis il y a les célèbres oriels, construits à des époques diverses, et qui prolongent côté rue de nombreux bâtiments de la vieille ville. Schaffhouse en dénombre 171, un record helvétique. «Leur fonction principale est de faire rentrer davantage de lumière dans les bâtiments.

Mais ils permettent aussi de communiquer un certain prestige.»

Les oriels étaient aussi utiles pour observer ce qui se tramait dans la rue. «Certains ont de petits orifices sur les côtés et sur le dessous, indique la guide, preuve à l’appui. Pratique pour espionner discrètement les allées et venues des passants…»

La forteresse circulaire du Munot
1 La forteresse circulaire du Munot offreune vue imprenable sur Schaffhouse et ses environs.

Mais c’est le Munot – la forteresse qui domine depuis 1589 le chef-lieu – qui reste le symbole le plus célèbre. La partie principale du bâtiment est publique et peut se visiter gratuitement. Après avoir gravi un joli escalier en colimaçon, on accède à la plateforme supérieure, qui offre une vue majestueuse sur la ville et le Rhin.

La cloche
Une inscription gravée sur cette cloche a inspiré le poète allemand 
Friedrich Schiller.

«Tout en haut de la tour habite encore le Munotwächter, raconte encore Beatrice Ruckstuhl. Autrefois, il avait pour tâche principale de surveiller les potentiels incendies dans la cité. Son autre rôle était de crier à 21 heures précises que les portes de la ville allaient se fermer pour la nuit.» Une tradition qui subsiste encore, même si la ville ne connaît plus de couvre-feu depuis le XIXe siècle.

Un plat local pour se mettre dans l’ambiance

Le temps de se revigorer en dégustant une part de Bölletünne (la tarte aux oignons traditionnellement préparée pour le jeûne du vendredi), qu’il est déjà temps de poursuivre notre balade.

Depuis Schaffhouse, la quatrième étape de la randonnée pédestre Via Rhenana permet de suivre le Rhin jusqu’à la petite ville de Rheinau. Après avoir pris le temps de contempler une seconde fois les chaotiques chutes du Rhin, nous suivons le fleuve le long d’un sentier.

Un jeune homme vu de dos assis sur un banc au bord du fleuve paisible
Une fois les chutes passées, le Rhin s’apaise.

Après quelques minutes seulement, les eaux tumultueuses ont cédé leur place à un courant beaucoup plus lent. Si bien que les locaux, lors de la belle saison, sont nombreux à s’adonner ici à la baignade. Mais en automne, les rives constituées de forêts sur les deux côtés appellent plutôt à la randonnée. Quelles couleurs! Les feuilles d’un jaune vif contrastent avec le Rhin qui prend aujourd’hui une teinte vert clair sous le soleil.

Une ancienne abbaye bénédictine sur une île

Le paysage ne perdra en rien de sa splendeur en approchant notre destination finale. Au détour d’un méandre, sur une petite île au milieu du fleuve, on aperçoit l’ancien monastère de Rheinau, fondé en 778. Un pont de pierre permet de traverser le bras le plus mince du Rhin pour arriver devant l’énorme église de style baroque qui trône en son centre.

Andreas Maisch en train de jouer de l'orgue.
L’organiste Andreas Maisch

L’organiste Andreas Maisch est là pour nous faire découvrir son lieu de travail. «C’est un véritable paradis pour un musicien, affirme-t-il. L’acoustique est parfaite!» Après une petite démonstration sur l’orgue principal de 1715, nous faisons le tour de l’île.

Au Moyen Age, les possessions du couvent s’étendaient aussi sur les rives gauche et droite du Rhin.

«Une dizaine de sœurs vivent ici. Les autres bâtiments abritent un musée, une école d’économie familiale et de musique et un restaurant.» Pour rejoindre l’arrêt de bus qui nous ramènera à notre point de départ, nous passons les ruelles de la petite bourgade où défilent de sublimes demeures anciennes. Avec cette impression qu’à Rheinau, lové dans ce double méandre du Rhin, le temps s’est arrêté.

Texte: © Migros Magazine | Alexandre Willemin

Auteur: Alexandre Willemin

Photographe: René Ruis