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28 octobre 2013

Au jardin des sons et des fées

Nathalie Manser, violoncelliste professionnelle, a imaginé un cours d’éveil musical pour les tout-petits. Qui mise sur la spontanéité, les couleurs et la poésie. Plongée dans la féerie à Aigle (VD).

Nathale Manser initie des enfants à la musique.
Au jardin d’éveil de Nathalie Manser, les enfants découvrent avec enthousiasme des instruments et des rythmes.

On y entre par quatre marches de pierre. Un vieux pressoir transformé en caverne d’Ali Baba. A peine poussée la porte, l’enchantement commence. Jouets à foison, vieux pupitres d’école, tapis ludiques et petites fées pensives dans les niches des murs. C’est rembourré, c’est coloré, ça s’envole en papillons et en dessins légers!

C’est là, au cœur de la vieille ville d’Aigle, que Nathalie Manser, 43 ans, violoncelliste professionnelle, accueille les enfants pour les initier à la musique. Mais ne lui parlez pas d’éveil musical. «C’est un mot qui a une connotation trop formatée!»

Je trouve le terme de «jardin» plus poétique et plus en accord avec la pédagogie féerique que j’essaie de développer.

Voilà donc un jardin créatif pour «les petites oreilles dans les étoiles», qui ne ressemble à aucun autre. Dès 3 ans et demi, – 2 ans et demi s’ils sont accompagnés de leurs parents – les enfants sont embarqués pendant quarante-cinq minutes dans le monde des sons et des instruments.

Une joyeuse mise en scène pour apprendre le rythme

Ce jour-là, Mahé, Mael, Samuel et Melodie, assis sur leurs petites chaises multicolores, sont tout ouïe. Il faut dire que Nathalie Manser y met du cœur. Pour leur apprendre à frapper en rythme, pas de théorie, mais une joyeuse mise en scène. Elle enfile son grand chapeau de feutre gris, saisit une marionnette et la voilà qui se lance dans une comptine, celle de la sorcière cachée dans un tambour. Les enfants, à tour de rôle, doivent frapper trois coups à la porte de l’instrument. «On fait une petite boule avec la main pour faire toc-toc-toc», explique Nathalie Manser. Les lutins s’exécutent, d’abord sérieusement, puis s’emportent en rigolant. «Non, on se concentre un petit peu», rappelle la musicienne. Apprentissage ludique ne veut pas dire défoulement collectif. «C’est important d’encourager le côté créatif tout en le canalisant. D’apprendre aussi la concentration et la discipline.»

De petits enfants jouent avec des instruments de musique.

Le déclic de cette nouvelle approche? Nathalie Manser, l’a eu à l’arrivée de son fils, en 2010. «Un mois après sa naissance, j’ai eu une révélation.»

L’envie de transmettre la musique par la poésie.

«Je me suis mise à dessiner et à écrire le cours. Je ne décrie pas les méthodes traditionnelles, mais je préfère développer la fibre créative des enfants et les emmener dans un monde un peu fou.»

Les notes deviennent des personnages de couleur

Un univers duquel elle a banni le mot «solfège», préférant inventer une terminologie figurative. Ainsi, chaque note est un petit personnage de couleur avec ses caractéristiques, maman clé de sol emmenant tout le monde dans sa portée-poussette. D’ailleurs, les notes, chaque enfant les a réalisées lui-même: une boule de Sagex, montée sur une tige de raphia et le tour est joué.

Car le bricolage est une activité qui fait partie intégrante du cours. «On fabrique de petits instruments, on coupe, on colle, on peint.» D’une grande boîte, elle sort une chenille musicale, faite d’une ribambelle de boutons. Un mini- tambourin réalisé avec un œuf Kinder et des perles montées sur des ficelles ou encore un bâton de pluie façonné avec des objets de récupération. Et ça marche: les petits participent et s’émerveillent.

Au jardin d'éveil, les petits enfants découvrent sons et ryhtmes.

«Ça ne sert à rien de les faire travailler sur les xylophones comme des bêtes. Par contre, je leur fais découvrir des musiques différentes. Les enfants sont bien dans les rythmes. Je leur propose aussi du classique, mais à petites doses. C’est un répertoire trop intellectuel, ils n’entrent pas dedans spontanément.» Les leçons se terminent parfois par un peu de relaxation, par un travail sur le souffle avec des petites plumes ou par un moment de cacophonie autorisée, où chaque enfant peut choisir un instrument et s’en donner à cœur joie!
Une vingtaine de bambins viennent donc chaque semaine, sans traîner les pieds. Et repartent avec un mini-devoir sous le bras pour la fois suivante. «Le but ici n’est pas d’en faire des virtuoses, mais de leur ouvrir une petite fenêtre, une parenthèse féerique dans un endroit particulier.» A voir les sourires sur les frimousses, la mission est réussie.

Auteur: Patricia Brambilla