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10 août 2015

Au secours, j’ai un ado de 3 ans!

Il vous dit «non» et n’en fait qu’à sa tête. Pas de doute, votre enfant est entré dans l’âge rebelle qui coïncide avec la phase d’opposition. Mais ce besoin grandissant d’indépendance peut aussi cacher l’envie de demeurer petit.

Un enfant qui dit non à sa maman
Un enfant passe par plusieurs phases d’opposition. Bien avant l’adolescence, c’est déjà vers ses 3 ans qu’a lieu la première crise... (Photo: Plainpicture / Vonwegener)

Angelica* s’en souvient comme si c’était hier. Il faut dire que c’était il n'y a pas si longtemps que Zoé*, 5 ans et demi aujourd’hui, sortait de ce que cette maman de trois filles qualifie elle-même de petite crise d’adolescence. Cela vous rappelle quelque chose? Souvenez-vous. Votre enfant qui se roule par terre en plein magasin parce que vous refusez de lui acheter son énième ballon griffé «Reine des neiges», sa crise suite à votre refus de lire une autre histoire alors qu’il est 22 heures, ses traînants: «Nooooonnnn, mêêêême pas!» quand vous lui demandez de ranger ses jouets.

Cette façon effrontée qu’il ou elle a de vous regarder lorsque vous lui interdisez quelque chose, cet aplomb avec lequel on vous répond quand vous tentez d’asseoir votre autorité. Bref, ce comportement d’ ado en culottes courtes qui fait que vous ne reconnaissez plus la prunelle de vos yeux.

Appelée phase d’opposition, cette étape, parfois qualifiée d’âge rebelle ou d’adolescence des petits, revêt des formes et une intensité variables selon l’enfant, comme le souligne le pédopsychiatre genevois Iñaki Marion i Moron dont l’entretien est à lire ci-contre.

Chez Angelica, c’est Zoé, l’une de ses jumelles, qui a donné le plus de fil à retordre à ses parents entre ses 3 ans et demi et ses 4 ans: «Son vocabulaire était de plus en plus limite, se rappelle-t-elle. Lorsque je lui disais que si elle ne se brossait pas les dents, elle aurait des caries, elle me répondait: «Je m’en fiche, je fais comme je veux et si j’ai des caries, c’est mon problème.» Je ne pouvais tout de même pas lui répondre: «OK, alors assume!»

A deux doigts de la catastrophe

Le point d’orgue fut atteint lorsqu’un jour, accompagnée de sa sœur jumelle, Zoé parvint à atteindre, dans la pharmacie familiale pourtant située en hauteur, une bouteille de sirop anti-inflammatoire et à l’ouvrir. «J’étais vraiment choquée, car nous lui avions bien répété que c’était interdit et dangereux. Le pire, c’était que même après l’avoir prise la bouteille à la main, elle continuait de nier alors que sa sœur a immédiatement dit qu’elle était désolée. C’était comme lorsqu’on chope un ado en train de fumer.»

Angelica se rend ensuite chez la pédiatre qui explique à la fillette combien elle a eu de la chance de ne pas avoir bu le contenu de la bouteille. Au-delà de l’autorité médicale, c’est surtout l’intervention d’un tiers qui a été marquante, poursuit-elle. «Le fait d’avoir la caution d’une autorité extérieure l’a aidée à réaliser que même si nous ne sommes pas médecins, nous étions aussi crédibles en ce qui concerne sa santé.»

Cet ultime épisode a décidé Angelica et son mari à aller consulter une psychologue de la famille. «Au cours des discussions, il est ressorti que si Zoé avait un tel désir de tester les limites, c’est aussi parce qu’elle ne voulait pas grandir et qu’elle éprouvait le besoin de se démarquer au sein de sa fratrie. Cela nous a beaucoup aidés à comprendre certaines réactions ambivalentes. Désormais, lorsque nous remarquons qu’elle a envie de rester petite, nous l’acceptons. Tout comme lorsqu’elle veut faire les choses à sa manière, nous la laissons libre dans la mesure du possible.» Le passage de la crèche à l’école enfantine s’est aussi révélé une étape salutaire. «Aujourd’hui, tout ce que dit la maîtresse est parole d’évangile!»

*prénoms d’emprunts

Texte © Migros Magazine – Viviane Menétrey

Auteur: Viviane Menétrey