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3 septembre 2012

Au service de Migros

Depuis cet été, Andrea Broggini est le nouveau président de l’administration de la Fédération des coopératives Migros. Pour l’avocat tessinois qui œuvre au sein de Migros depuis huit ans, le distributeur est bien armé pour affronter le futur.

Andrea Broggini dans son bureau
En tant que 
nouveau
président de 
Migros, Andrea Broggini souhaite pouvoir dialoguer ouvertement 
avec ses 
collaborateurs.

Il y a un peu plus de deux mois, le 1er juillet, Andrea Broggini, 56 ans, a pris ses fonctions de président de l’administration de la Fédération des coopératives Migros. Désormais, l’avocat tessinois pendule – si possible en train – entre le village de Savosa, près de Lugano, où il habite, et Zurich, où il consacre 50% de son temps à son nouveau mandat. Parlant couramment le français, l’allemand et l’anglais, en plus de sa langue maternelle, l’italien, Andrea Broggini est à l’aise où qu’il se trouve: «J’ai vécu dans tellement de pays que je me sens bien partout.» Toutefois, en tant que Suisse italophone, est-il toujours aussi écouté? «Et pourquoi pas? Finalement, ce qui compte, ce sont les prestations que l’on apporte.»

Fils d’un professeur de droit, Andrea Broggini parle volontiers de ses occupations professionnelles. Et si les questions deviennent trop personnelles, il les esquive par une contre-interrogation: «Devons-nous vraiment évoquer cela?» C’est que l’homme ne tient pas à apparaître sous les feux de la rampe. Pour lui, l’entreprise doit primer sur sa personne. «Une société emploie de nombreux collaborateurs. Il n’y a pas un seul individu en son centre.»

Il n’y a pas qu’un individu au centre d’une entreprise.

En outre, il ne faut pas surestimer son rôle. Le chef opérationnel de Migros est Herbert Bolliger, président de la direction générale. Sa mission à lui consiste à diriger les vingt-trois membres de l’administration, qui doivent exercer une fonction de surveillance et d’options stratégiques.

A l’instar de son prédécesseur, Claude Hauser, Andrea Broggini entretenait une relation de confiance avec Migros avant même d’avoir occupé son nouveau poste. Membre de l’administration depuis huit ans, il a été chargé durant ces quatre dernières années de présider le comité d’audit.

Sa carrière, Andrea Broggini l’a toutefois menée à l’extérieur de Migros, notamment à New York dans le cabinet d’avocats Rosenman & Colin et à Tokyo, où il a travaillé pour Deutsche Bank.

Soigner les relations avec les coopératives régionales

Pour marquer le début de son mandat, Andrea Broggini souhaite dialoguer avec les collaborateurs afin d’apprendre à les connaître. Le Tessinois a d’ailleurs l’habitude d’aborder tous les sujets professionnels – même ceux qui fâchent – afin de faire avancer le débat.

Cela étant, Andrea Broggini est convaincu que Migros est une entreprise en bonne santé. Pour lui, elle bénéficie d’un excellent management et est très bien positionnée. En conséquence, il n’existe aucune raison qui plaide en faveur de changements radicaux.

Même les premiers jours qu’il a passés dans son bureau, au 19e étage du siège social de Migros à Zurich, ne l’ont pas poussé à métamorphoser les lieux. Il a même repris le mobilier – et quelques livres – de son prédécesseur.

Pour tout dire, Andrea Broggini se sent chez lui au Tessin, où il réside depuis 1992 et dirige son propre cabinet d’avocat. A Savosa, il habite dans une maison avec sa femme, Jennifer Bullard, binationale américaine et suisse, ainsi que sa fille de 17 ans; son autre fille de 19 ans étudiant à Washington DC.

Au sein de Migros, le Tessinois souhaite notamment «soigner les relations avec les dix sociétés coopératives». Pour lui, une entreprise davantage centralisée est superflue. «De fait, nos structures sont quelque peu complexes, admet-il. Et elles doivent aussi être régulièrement réexaminées. Mais, grâce aux coopératives régionales, nous sommes plus près de nos clientes et de nos clients. Et si certaines d’entre elles veulent se rapprocher les unes des autres, comme cela a été le cas avec Migros Aar, en 1998, qui est issue de Migros Argovie/Soleure et de Migros Berne, c’est leur affaire.» Au besoin, si elles le souhaitent, il est possible de les soutenir. Mais le plus important est que Migros, dans son ensemble, continue à se développer, de manière constante et fiable. C’est à cela que les uns et les autres doivent travailler.

En dépit de la situation économique difficile et de la concurrence accrue sur le marché helvétique, Andrea Broggini considère la Suisse comme une île «où les choses suivent encore leur cours normal». Ce qui ne l’empêche pas de concéder que la poursuite de la croissance est difficile dans le commerce de détail: «La population progresse peu, et le gâteau ne devient pas plus grand.»

Grâce à sa structure régionale, Migros est proche des clients.

Quant à Hotelplan, la filiale de Migros qui évolue dans un secteur mouvementé, Andrea Broggini se veut rassurant: «Nous devons épauler cette entreprise afin qu’elle puisse de nouveau se positionner favorablement.» Difficile cependant d’en savoir davantage pour l’instant: «Il faut d’abord que je me plonge dans les dossiers.»

Bénévolat au Tessin et en Suisse romande

Andrea Broggini est de surcroît engagé dans plusieurs activités bénévoles. Il siège au conseil de la Fondation San Maurizio, qui finance l’entretien de la chapelle éponyme à Lugano, où se déroulent diverses manifestations et concerts. Il siège aussi dans la Fondation Les Mûrons, à Lausanne, une institution active dans le domaine de l’art.

De la même manière, sa femme assume des mandats non rémunérés, notamment en faveur de l’école américaine de Montagnola, au Tessin. Elle est également engagée au sein du Conseil communal de son village et fait partie du conseil d’administration de TechnoServe Inc., une ONG créée par feu son père et qui, en Afrique, aide les défavorisés à créer leur propre entreprise.

Jusqu’à maintenant, le discret Andrea Broggini a pu demeurer dans l’ombre, au point que les collaborateurs des magasins Migros et Denner dans lesquels il a pour habitude de se rendre lorsqu’il effectue ses achats le samedi à Savosa ne le reconnaissent pas encore. Il est fort à parier qu’il n’en sera pas toujours ainsi…

Auteur: Sabine Lüthi

Photographe: Henry Muchenberger