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27 août 2012

Auprès de mon arbre...

François Bonnet a recensé dans un bel ouvrage quarante balades permettant d’admirer des chênes centenaires, des mélèzes géants ou des platanes historiques.

Arbre gigantesque
François Bonnet 
a répertorié des arbres remarquables de Suisse ainsi que de France et d’Italie voisines.

Au pied de la face nord de l’Eiger, la nature aime jouer la carte des contrastes. Ici, l’éclat des vertes prairies illuminées d’un soleil pourtant timide ne rivalise en intensité qu’avec la noirceur des roches qu’assombrissent des nuages bas et chargés d’eau. Traversant ce paysage qui force l’admiration, le petit train qui monte fièrement depuis Grindelwald jusqu’à la Petite Scheidegg a fait le plein de touristes.

Tous n’ont qu’une idée en tête: atteindre le Jungfraujoch pour admirer les mers de glace et toucher les neiges éternelles. Ils se comptent donc sur le doigt d’une seule main les passagers qui ont choisi de descendre à mi-parcours, à la halte d’Alpiglen.

François Bonnet est de ceux-là. Le jeune retraité neuchâtelois souhaite nous montrer une merveille de la nature bien moins connue que le Top of Europe: le jardin des arolles.

D’un pas vaillant et rapide, il emprunte le chemin balisé qui monte en direction du sommet. Notre homme connaît bien la route. Pas étonnant pour tout dire puisqu’il vient de publier un ouvrage – Au rendez-vous des arbres – recensant quarante balades en Suisse occidentale, en France voisine et dans la vallée d’Aoste. Toutes ces promenades, dont celle que nous nous apprêtons à faire aujourd’hui, ont un point commun: elles permettent aux marcheurs d’admirer des arbres remarquables.

François Bonnet: «Je suis toujours impressionné par ces végétaux qui peuvent vivre plusieurs milliers d’années.»
François Bonnet: «Je suis toujours impressionné par ces végétaux qui peuvent vivre plusieurs milliers d’années.»

Les plus beaux spécimens poussent à l’écart des sentiers

«Je suis toujours impressionné par ces végétaux qui peuvent vivre plusieurs milliers d’années, tels ces pins de Bristlecone poussant en Californie et atteignant parfois l’âge de 4700 ans. Cette longévité remet l’homme à sa place», raconte François Bonnet pour résumer son envie d’écrire un tel livre, avant d’ajouter, plus poète: «Je reste sidéré par l’esthétisme des feuilles, l’harmonie de leur forme. Elles sont toujours belles. Enfin, j’apprécie l’aspect phonique. Le bruissement de la feuille de tremble ou le sifflement des aiguilles de pin lorsque le vent les traverse, c’est tout simplement extraordinaire.»

La longévité de ces végétaux remet l’homme à sa place.

Après une bonne demi-heure de marche, nous voici maintenant sur un replat, l’alpage de Mettla qui marque à plus de 1800 mètres d’altitude le début du jardin des arolles. Cette zone sans délimitation précise voit pousser parmi les plus grands pinus cembra de Suisse. Il vaut alors la peine de quitter le sentier pour les approcher. De bonnes chaussures de marche sont ici recommandées, car les plus beaux spécimens poussent à l’écart, dans des zones marécageuses.

«Celui-ci doit avoir entre 300 et 500 ans», estime François Bonnet tout en mesurant la circonférence d’un arolle: «386 cm». L’affaire se veut précise, car notre homme n’est pas du genre à avoir une approche mystico-énergétique face aux végétaux. Toutefois, à la vue des deux grandes branches qui, tels des bras, quittent perpendiculairement le tronc avant de s’élancer vers le ciel, le promeneur ne peut s’empêcher d’y voir une expression humaine, soulignée par ces deux nœuds de l’écorce qui, comme par hasard, deviennent des yeux.

Comme c’est le cas avec les très vieux arbres, une partie est desséchée. Le visiteur ne manquera pas de caresser la partie morte du tronc, lisse et douce comme un galet. Et en tapant du poing, il remarquera aussi qu’il est creux. «C’est normal, avec les siècles, l’intérieur du fût s’évase, car le végétal n’en a plus besoin», précise François Bonnet.

Une partie des très vieux arbres est desséchée.
Une partie des très vieux arbres est desséchée.

De gigantesques témoins du passé

La balade se poursuit. Au niveau du départ du télésiège Arven, François Bonnet remarque au loin un arolle qu’il n’avait pas encore inventorié. «L’excursion devient exploration», se réjouit l’auteur. Quittant à nouveau le sentier, nous évoluons dans un pré fleuri, où dansent les papillons et les sauterelles avant de tomber devant un géant que le Neuchâtelois mesure aussitôt avant d’annoncer une circonférence de 585 cm, peut-être un nouveau record pour Grindelwald.

Au-delà des statistiques, l’émotion est palpable. Et dire que depuis le XVIIe siècle, ces organismes vivants résistent aux hivers les plus rigoureux. A la vue d’un petit arolle de 30 cm de hauteur poussant à proximité, le promeneur se projette avec admiration dans le futur. Sera-t-il encore là en l’an 2500… Nos descendants auront-ils la possibilité de l’admirer?

Touchés par l’extraordinaire force de la nature, nous rejoignons le chemin. Celui-ci quitte alors le jardin des arolles pour traverser une forêt d’épicéas jusqu’à Holenstein, le but de la promenade. Ce dernier tronçon ne présente toutefois pas d’arbres spectaculaires. «Un arbre remarquable n’est pas forcément très haut, très vieux ou très gros», précise François Bonnet. En effet, outre le gigantesque sapin de la Rondenoire dans le Jura vaudois, le vénérable platane de Cully, symbole de l’indépendance vaudoise, et le chêne dit millénaire de Châtillon (JU), l’auteur présente également dans son ouvrage le bouleau nain. «Il s’agit d’un arbre d’à peine 1 mètre de haut à l’âge adulte. Ses feuilles sont charnues et brillantes. Impossible donc de le confondre avec le bouleau ordinaire», précise le Neuchâtelois, qui sait aussi voir dans le petit les merveilles de la nature.

Auteur: Pierre Wuthrich

Photographe: Christophe Chammartin