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1 décembre 2014

Sur le plus haut pont du monde à relier deux sommets

Une randonnée à 3000 mètres, du Scex-Rouge à la Quille- du-Diable avec, en prime, un petit frisson sur le pont suspendu Peak Walk.

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Le fameux Peak Walk, et à gauche, l'aire d'arrivée du téléphérique, un monolithe de métal et de verre qui semble tout droit sorti de terre.

Le car postal s’arrête au col du Pillon (1546 m). Pas de bol, c’est pile-poil au moment où la cabine du téléphérique prend son envol. Ce sera le seul hic de la journée! Vingt minutes plus tard, nous décollons à notre tour, direction la station sommitale de Glacier 3000. La montée se fait tout en douceur. Nous passons de l’ombre de la vallée à la lumière du glacier.

L’aire d’arrivée – un monolithe de métal et de verre qui semble tout droit sorti de terre – a été dessinée par l’architecte Mario Botta. Pas du tout ostentatoire, ce bâtiment impressionne par ses dimensions (il abrite restaurant, self-service et boutiques) tout en s’intégrant parfaitement à l’environnement. Un ascenseur nous conduit au 3e étage.

Un couloir, une volée d’escaliers et nous voilà tout là-haut sur la montagne, plus précisément sur une plate-forme panoramique baptisée «View Point» (2966 m). Face à nous, le «Peak Walk» (tourisme oblige, toutes les appellations sont en anglais…), un pont suspendu tout nouveau (il a été inauguré officiellement par Mike Horn le 24 octobre dernier), tout beau! Le seul au monde, assurent les promoteurs du lieu, à relier deux sommets. Une femme nous précède. «Je suis montée spécialement ici pour effectuer cette traversée. Parce que l’an prochain, je vais au Népal et qu’il y aura tout plein de passerelles de ce genre.»
Montée d’adrénaline. Allez, c’est le premier pas qui coûte! Longue de 107 mètres et large d’à peine 80 centimètres, cette structure métallique, encore couverte de givre à cette heure matinale, étonne par sa relative stabilité. Nous nous y sentons donc en sécurité et l’arpentons finalement sans nous presser. La dame a le sourire, elle a brillamment passé son test. «Oui, mais au Népal les ponts seront assurément plus branlants.» Vidéo: la vue depuis le pont suspendu

Les Alpes en cinémascope

La vue depuis le glacier des Diablerets.
La vue depuis le glacier des Diablerets.

Du Scex-Rouge (2971 m) où nous nous trouvons maintenant, vue XXL sur une vingtaine de 4000 (vingt-quatre exactement, mais nous ne les avons pas comptés!). Pour ne citer que les plus connus: le Cervin, le massif du Mont-Blanc, l’Eiger, le Mönch et la Jungfrau. Deux tourtereaux japonais, emmitouflés dans leurs doudounes de plumes, nous rejoignent. A peine le temps de prendre un selfie et les voici déjà repartis… C’est justement pour attirer davantage de visiteurs (entre 50 000 et 70 000 de plus d’ici cinq à sept ans) que cet ouvrage, dont le coût avoisine les deux millions de francs, a été ancré ici, à presque 3000 m d’altitude. «Aujourd’hui, la nature seule ne suffit plus aux touristes. Il faut, en plus, leur proposer de l’émotion», expliquait ainsi Bernhard Tschannen, le CEO de Glacier 3000, à l’un de nos confrères de 24 heures.

Typiquement, le genre d’argument à faire grimper aux murs les écologistes! A l’instar de l’organisation de protection des Alpes Mountain Wilderness, qui a exprimé son mécontentement via une banderole rouge au texte choc – «Nos montagnes n’ont pas besoin d’assaisonnement!» – déployée sur le lieu du «crime» la veille de l’inauguration. Comme quoi, concilier respect du paysage et tourisme de masse reste un défi particulièrement difficile à relever.

Trêve de politique. Une rando sur le glacier nous attend. Demi-tour donc jusqu’à l’Ice Express, un télésiège qui nous amène en quelques minutes au point de départ de cette balade. Plus qu’à suivre un large chemin fraîchement tassé qui court le long d’un haut plateau à la virginale blancheur, et passe quelques hectomètres en dessous du sommet des Diablerets (3209 m).

Nous croisons de temps à autre un fondeur, un skieur ou un snowboarder. Sinon, il n’y a que le crissement de nos semelles Vibram dans la neige, l’air vivifiant et ce panorama alpin absolument ébouriffant. Une heure d’enchantement et d’introspection avant d’arriver à destination, au pied de la bien nommée Quille-du-Diable (2908 m). Là, se trouve le «Refuge l’Espace». Après un revigorant repas, ne restera plus alors qu’à revenir sur nos pas…

Le topo

Départ: Scex-Rouge
Arrivée: Quille-du-Diable
Distance: 6 km (aller et retour)
Durée: deux petites heures
Difficulté: facile
Dénivelé: 32 m
Equipement: bonnes chaussures (éventuellement raquettes), habits chauds, gants, bonnet, lunettes de soleil et crème solaire
Période: tout au long de l’année (selon météo)

Accès

Transports publics: train Aigle-Les Diablerets, puis car postal (ou Skibus le week-end) jusqu’au col du Pillon.
Voiture: autoroute A9, sortie Aigle, suivre Les Diablerets, puis col du Pillon (parking gratuit à proximité de la station de départ du téléphérique).
Téléphérique col du Pillon–Scex-Rouge (aller et retour). Adultes: 77 francs. Demi-tarif et AG CFF: 39 francs. Enfants de 9 à 15 ans: 39 francs (jusqu’à 9 ans gratuit avec la carte junior CFF).
Infos: www.glacier3000.ch - www.diablerets.ch

© Migros Magazine – Alain Portner

Auteur: Alain Portner

Photographe: Laurent de Senarclens