Archives
4 juin 2012

Aux Grangettes, les étangs d’avant

Pour recréer la biodiversité et les zones humides disparues depuis la domestication du Rhône, une douzaine de plans d’eau seront créés. Visite avec Olivier Epars, gardien-conservateur des lieux.

Olivier Epars devant l'étang
Olivier Epars veille été comme hiver sur les 1100 hectares du site des Grangettes.

En fait la réserve naturelle ne l’est plus vraiment. Pour accroître la biodiversité, nous allons recréer des zones humides.» Le visage d’Olivier Epars, gestionnaire du site, respire la conviction tranquille. Depuis le temps qu’été comme hiver sa longue silhouette sillonne à vélo les quelque 1100 hectares des Grangettes, entre Villeneuve et Noville (VD), il connaît l’endroit par cœur. Son histoire, aussi, depuis l’endigage du Rhône il y a un siècle et demi, jusqu’à l’acquisition de ce paysage marécageux d’importance nationale par Pro Natura.

Avec l’endiguement, la dynamique naturelle s’est peu à peu perdue.

Depuis lors, le site est protégé, et la fondation qui en a la charge tente quotidiennement de préserver le caractère sauvage du lieu tout en le laissant ouvert à tous. Promeneurs et cyclistes se baladent d’ailleurs en nombre en ce mercredi enfin clément le long du Grand-Canal. C’est ici que la Fondation des Grangettes veut recréer ce que la main de l’homme a fait disparaître. «Car ce qui était autrefois une vaste zone humide ne l’est plus. Avec l’endiguement de 1836, la dynamique naturelle s’est peu à peu perdue. Les marais ont été asséchés. Et l’exploitation des gravières à l’embouchure du Rhône érode les rives, autrefois chargées d’alluvions.»

La tour d’observation de la faune de la lagune des Saviez
La tour d’observation de la faune de la lagune des Saviez

Conséquence directe: ces terres autrefois régulièrement inondées et donc renouvelées ne le sont plus. Les anciens plans d’eau naturels se sont asséchés, appauvrissant le foisonnement naturel. «Le delta fluvial ne crée plus d’étangs comme autrefois.»

Afin de maintenir les zones encore humides, le gestionnaire de la réserve et d’autres fauchent l’hiver autour des marais pour empêcher la forêt de s’étendre. Mais cela ne suffit pas. Il faut intervenir plus lourdement, afin «d’aider la nature à retrouver sa richesse».

En créant donc d’abord dix petites mares dans le secteur de la Praille, entre le Grand-Canal et le Vieux-Rhône. Ces plans d’eau constituent en effet une sorte de jardin d’Eden pour nombre d’espèces rares et menacées. A commencer par des batraciens, dont la rainette verte, ainsi que de nombreux insectes dont plusieurs sortes de libellules. Elles servent aussi de point de passage pour des échassiers, comme le chevalier combattant.

Un accès au public sera aménagé

Comme toujours, Pro Natura, propriétaire du site, se montrera didactique en aménageant trois de ses mares pour un accès direct au public en bordure du chemin de la Praille. A l’est de l’étang du même nom sera aménagée une île, haut-fond qui permettra le développement de la roselière. «L’île attirera les canards, en particulier des fuligules morillons, mais aussi par exemple des castors», explique encore Olivier Epars.

Un grèbe huppé couvant sur son nid
Un grèbe huppé couvant sur son nid

Mais l’aménagement le plus conséquent consiste à raccorder au Léman le Bey, ruisseau qui prend sa source à Rennaz et s’écoulait autrefois jusqu’au lac. «Son raccordement au Grand-Canal à la fin du XIXe siècle a asséché sa partie inférieure, aujourd’hui envahie par la végétation.»

L’ancien chenal d’embouchure sera réhabilité sur une septantaine de mètres et quinze mètres de large. Un important étang de 2000 m2 sera greffé au ruisseau. Ce plan d’eau ira jusqu’au lac, sur le modèle de la lagune qui existe du côté de Villeneuve et de l’embouchure de l’Eau-Froide. «Des poissons, carpes ou brochets, pourront venir dans cet étang, ce qui attirera davantage d’oiseaux, échassiers, grèbes huppés ou encore poules d’eau.»

Auteur: Pierre Léderrey

Photographe: Mathieu Rod