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6 février 2012

Aux petits soins avec ses ex

A l’heure des familles recomposées, les ex sont légion. Le psychologue Yves-Alexandre Thalmann livre un guide pratique des séparations heureuses ou comment tirer le meilleur parti de ces personnes après la rupture.

Il vaut mieux une rupture sèche, qui évite de prolonger la souffrance.
Il vaut mieux une rupture sèche, qui évite de prolonger la souffrance. (Photo: Getty Image)

Faire durer son couple, entretenir la flamme du désir, trouver le bonheur à deux: des milliers d’ouvrages enseignent comment s’occuper de sa vie amoureuse. Mais quand l’amour s’arrête? «La rupture, on en parle peu: la question est occultée par notre société trop romantique et à côté de la réalité», lance Yves-Alexandre Thalmann.

«La culture du romantisme dans laquelle nous baignons, notre mythologie, le cinéma hollywoodien et la littérature nous mentent: ils parlent d’amours dont l’histoire s’arrête toujours au début, lorsque les héros se sont trouvés, d’amours qui riment avec toujours.» Et comme ces maudits contes de fées et leurs «Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants» ne donnent pas d’outils pour gérer un chagrin d’amour, le psychologue fribourgeois et auteur très prolixe livre, lui, ses recettes dans son Guide pratique des ruptures heureuses.

Parce que l’amour finit toujours par finir, ne serait-ce qu’avec la mort. Parce que des ex, on en a tous: des personnages parfois encombrants, mis en lumière avec les familles recomposées qui forment le quart de notre tissu social, selon le psychologue fribourgeois, amours platoniques de jeunesse ou partenaires inoubliables d’un long bout de vie. La faute aussi à la passion, érigée en modèle de relation amoureuse, qui «produit beaucoup d’ex» parce qu’elle ne dure pas.

Tirer des leçons d’un échec amoureux

Pour autant, loin d’une malédiction, un ex, ça peut servir… A améliorer la prochaine histoire, par exemple. «Apprenez à envisager les relations amoureuses comme des occasions d’apprentissage, des leçons de vie qui permettent de développer vos compétences relationnelles», lit-on dans le guide des ex. «Ce sont ces capacités – oser dire non, exprimer un besoin, etc. – et pas l’amour qui feront durer une relation. Les choses ne vont jamais toutes seules, même si on s’aime.»

Idéalement, il faudrait commencer par choisir son partenaire en fonction de l’ex qu’il sera, lance le psychologue. Un brin cynique? Quand on tombe amoureux, c’est rarement la raison qui nous guide… Le choisir par amitié, alors, parce que la caractéristique principale de ce sentiment, c’est la confiance. Pas très sexy non plus. Celui qui a fait du romantisme sa cible insiste pourtant sur le fait qu’on ne devrait «jamais prendre une décision impliquant la vie quand on est trop jeune, trop amoureux ou trop pressé…»

Yves-Alexandre Thalmann, dans son livre "Gérer ses ex": "Un chagrin d’amour fait souffrir. Le pire, c’est de penser qu’on va rester amis."
"Un chagrin d’amour fait souffrir. Le pire, c’est de penser qu’on va rester amis", Yves-Alexandre Thalmann, dans son livre "Gérer ses ex".

Offrez à votre futur ex une belle séparation

Bon, mais alors quand le mal est déjà fait? Le jour où sonne la séparation, on peut encore soigner la rupture. Au lieu des brutaux SMS et lettres, «par respect pour les personnes que vous avez aimées, offrez-leur une belle séparation. Exprimez-leur vos raisons.» Et évitez la guerre. Une attitude évidemment prioritaire quand il y a des enfants. D’autant «qu’on ne plaisante pas avec l’aliénation parentale», punissable par la loi, rappelle le psychologue fribourgeois.

Autrement dit, lorsqu’un parent prend l’enfant comme confident, lui disant pis que pendre de son ex-conjoint. Pris très au sérieux, ce comportement peut amener à des redistributions des droits de visite ou de garde. Sans compter les dégâts sur l’enfant, qu’illustre Yves-Alexandre Thalmann par un arbre à deux racines, dont on lui dit que l’une est pourrie.

Et si on est le quitté, le spécialiste de la relation amoureuse suggère de fuir les lieux chargés de souvenirs, d’en profiter pour découvrir de nouveaux hobbies, de nouveaux lieux, de se fixer aussi sur les défauts de son ancien partenaire et de laisser faire le temps. Egrenés sur un ton léger mais appuyés par des travaux scientifiques, les conseils de Gérer ses ex mettent aussi en garde contre le brusque retour de flamme qui survient fréquemment au moment de se quitter. C’est que «la rupture renforce le désir! Il faut juste y voir un phénomène de réactance psychologique: on aime davantage ce qu’on ne peut plus avoir…»

Mais s’il fallait ne retenir qu’un message, c’est celui d’opter pour une rupture brutale, d’un coup sec, au lieu d’une séparation progressive. Par souci d’économie de la souffrance. C’est comme pour enlever un sparadrap… «Un chagrin d’amour fait souffrir, on n’y échappe pas. Il faut réfléchir à comment vous allez souffrir.» Pour Yves-Alexandre Thalmann, le pire, c’est de penser qu’on va rester amis et de vouloir combler le vide avec une pseudo- relation.

Mais si on ne peut pas rester amis, on peut le devenir. Après avoir dûment consommé la séparation et réalisé son deuil. Six mois à un an semble un laps de temps moyen nécessaire pour faire le tour, selon le spécialiste.

Pour finir et pour bien commencer, lorsqu’on tombe amoureux, on devrait demander à l’élu de nous raconter le récit de sa ou ses ruptures. Histoire de savoir comment lui, il gère ça…

Auteur: Isabelle Kottelat