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4 mars 2013

Axelle Red: «On a tous besoin de romantisme»

Pour fêter ses vingt ans de carrière, la chanteuse belge Axelle Red sort un nouvel album plus romantique que les précédents. Elle dévoile également son côté «fashion victim» par le biais d’une expo au musée de la mode à Hasselt.

La chanteuse dévoile un autre aspect de sa personnalité au musée de la mode à Hasselt. (Photo: Dukas/Madame Figaro/Le Figaro)
La chanteuse dévoile un autre aspect de sa personnalité au musée de la mode à Hasselt. (Photo: Dukas/Madame Figaro/Le Figaro)

Votre nouvel album, «Rouge Ardent», parle d’amour, alors qu’on vous connaît surtout pour vos textes militants. Pourquoi ce revirement?

Après avoir souvent mis ma créativité au service de mon engagement, après avoir abordé quantité de thèmes différents dans mes chansons, j’estimais que j’avais le droit d’écrire sur un sujet plus léger. Je me suis défendue cette fois-ci d’entrer dans une réflexion trop pesante. C’est un cadeau que je me suis fait, une part de rêve que je m’octroie, de même qu’à mon public. Parce qu’on a tous besoin d’un peu de romantisme dans la vie.

Pourtant, vous n’évoquez pas votre propre histoire d’amour... Pourquoi?

Si j’avais parlé de mon expérience, je n’aurais pas eu grand-chose à raconter. Je suis heureuse dans ma vie sentimentale: rien de plus banal. Et puis, le rose sans le noir, ce n’est jamais très intéressant. Je cherchais une histoire d’amour avec une fin tragique, parce que je trouve ça plus romantique.

Vous vous êtes donc inspirée du film «Into the Wild»...

De manière assez libre, oui. Disons plutôt que j’ai imaginé le point de vue de la petite amie du héros, qui regarde partir son amour d’enfance (ndlr: le héros, un étudiant brillant issu d’une famille aisée, décide de tourner le dos à la société moderne et part vivre en solitaire en pleine nature). Le fait qu’il meurt à la fin confère à leur histoire un parfum d’éternel. Après, d’autres images se sont également imposées. J’avais envie d’écrire sur une passion pure, absolue, sur l’amour avec le plus grand A possible, une saga à la Roméo et Juliette, à la Tristan et Iseult.

Vous en avez donc fini du militantisme?

Pas du tout! Cela ne change rien, je reste tout autant engagée. D’ailleurs, je suis récemment allée au Burundi pour le compte de l’Unicef. Mais je ne me sens pas obligée de consacrer chaque album à mon engagement. Et j’arrive peut-être aujourd’hui à mieux me positionner par rapport à tout cela. Même si certaines injustices, comme la violence infligée aux femmes, continuent à me révolter, j’ai réalisé que je ne faisais pas avancer la cause en souffrant personnellement.

Vous qui venez d’avoir 45 ans, mettez-vous cette prise de conscience sur le compte de l’âge?

Non, pas uniquement. L’âge n’est rien si on ne prend pas le temps de réfléchir, de raisonner. C’est ce que j’ai fait pour mon album très engagé Sister and Empathy. J’ai consacré un an à son écriture et j’ai trouvé les réponses aux questions que je me posais. Et même si d’autres les avaient trouvées avant moi, le fait d’y penser soi-même, ça fait un bien fou! Aujourd’hui je me sens forte, indépendante.

Vous êtes artiste, mère, militante: comment jonglez-vous avec toutes ces occupations?

Ce n’est pas évident. Par moments, je suis déchirée, parce que je ne suis pas la maman à 100% que je voudrais être. J’essaie d’être très présente, j’ai un studio d’enregistrement à la maison, mais si je veux continuer à faire de la musique, il y a forcément un prix à payer et je fais au mieux pour que ce ne soient pas mes enfants qui en pâtissent.

On découvre également cette année une nouvelle facette de votre personnalité, dévoilée par le musée de la mode à Hasselt en Belgique. Etes-vous vraiment une «fashion victim», ainsi que le suggère le titre de l’expo?

Quand on voit la quantité de vêtements dans mes placards, on peut effectivement le penser! Cela dit, je ne cours pas après la mode, je crée mes propres tendances. Je suis loin d’être une victime. En choisissant ce titre pour l’expo, je voulais apporter une petite note humoristique...


«Axelle Red – Fashion Victim», exposition à voir au musée de la mode de Hasselt jusqu’au 2 juin 2013. (Photo: Kristof Vrancken 2012)
«Axelle Red – Fashion Victim», exposition à voir au musée de la mode de Hasselt jusqu’au 2 juin 2013. (Photo: Kristof Vrancken 2012)

Une passion: la mode

«La mode, c’est avant tout un moyen de m’exprimer. Déjà petite, je n’aimais pas porter la même chose que tout le monde. Ma première robe de bal, à 16 ans, je l’ai fait faire par une vieille dame, pour qu’elle ne ressemble à aucune autre. Et durant mes études, j’utilisais l’argent que j’économisais grâce à de petits boulots pour m’acheter occasionnellement une belle pièce.»


Avec «Ellektra», Axelle Red a obtenu le prix d’interprétation au Festival du Film de New York. (Photo: Stardust/Cinetext)
Avec «Ellektra», Axelle Red a obtenu le prix d’interprétation au Festival du Film de New York. (Photo: Stardust/Cinetext)

Une expérience: le cinéma

«Dans le film «Ellektra» de Rudolf Mestdagh, je jouais le rôle d’une pianiste névrosée. J’ai obtenu le prix d’interprétation au Festival du Film de New York. Mais je n’ai jamais vraiment cherché à poursuivre l’expérience. Avec ma musique, mes enfants, mon engagement, je n’aurais pas le temps. Et puis je me sens davantage à mon aise dans le monde de la musique que celui du cinéma.»


Comme le héros du film, Axelle Red n'a jamais accepté de grandir.  (Photo:Keystone/Allpix Press/ Cineliz)
Comme le héros du film, Axelle Red n'a jamais accepté de grandir. (Photo:Keystone/Allpix Press/ Cineliz)

Un film: «Into the Wild»

«Si je me retrouve dans le personnage du héros, c’est parce que, comme lui, je n’ai jamais accepté de grandir. J’aime bien cette naïveté, ce côté tout ou rien qu’on perd d’ordinaire avec l’âge, cette envie de vivre la vie à fond. Cela dit, je n’aurais jamais pris la même décision que lui, celle de partir en laissant tout derrière moi. Je n’aurais jamais pu être heureuse en abandonnant tous ceux qui dépendent de moi.»


Auteur: Tania Araman