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6 janvier 2014

Balade au cœur de Sion, la conviviale

Récompensée de ses efforts en 2013 par Patrimoine suisse via son Prix Wakker, la capitale du Valais a commencé sa mue architecturale et urbanistique il y a dix ans seulement. Visite guidée d’une cité qui a su remettre de la qualité de vie en ville.

La capitale 
du Valais compte un peu plus de 
30 000 habitants.
La capitale 
du Valais compte un peu plus de 
30 000 habitants.

En matière d’urbanisme et d’architecture, le Valais n’a pas bonne réputation. C’est le moins que l’on puisse dire. Alors, quand une organisation aussi sensible à ces problématiques que Patrimoine suisse remet son Prix Wakker (un montant symbolique de 20 000 francs pour récompenser les communes qui «poursuivent un développement soigneux de leur territoire») à une ville de ce canton – qui plus est à sa capitale –, ça surprend, immanquablement.

Titillés, nous sommes allés là-bas, histoire de découvrir cette cité d’un peu plus de 30 000 habitants qui est davantage connue pour son centre médiéval et son équipe de foot que pour sa métamorphose urbaine entamée voilà dix ans. Une tâche facilitée par Sion Tourisme qui organise justement sur demande des visites guidées en lien avec cette mutation. Ce matin-là, notre accompagnatrice bat la semelle devant l’office. Il fait un froid de canard et une bise à frigorifier un pingouin.

Fanny Corvaglia, guide à l’office du tourisme de Sion.
Fanny Corvaglia, guide à l’office du tourisme de Sion.

La place de la Planta est vide. Devant nous marche Fanny. Il a un joli prénom, notre guide… Tiens, cette balade démarre comme une chanson de Gilbert Bécaud? Pas le temps de rêvasser que nous voilà déjà à la place du Midi, là où tout a commencé! Madame Corvaglia – c’est son nom – tire de son porte-documents un vieux cliché en noir et blanc sur lequel figure ledit espace avant sa transfiguration. Partout, des voitures et des places de parc. «C’est l’automobile qui avait donné sa forme à la ville», rappelle-t-elle.

Sur la place du Midi, les terrasses fleurissent désormais aux premiers rayons de soleil.
Sur la place du Midi, les terrasses fleurissent désormais aux premiers rayons de soleil.

La hideuse surface s’est transformée depuis en agréable zone de rencontre. Les piétons y sont rois, le trafic motorisé y est toléré et les terrasses y fleurissent aux premiers rayons de soleil. Que du bonheur, semble-t-il, même pour les quelques commerçants qui s’étaient âprement opposés à cette réalisation. «Je crois qu’ils ne reviendraient pour rien au monde à la situation d’avant 2003», sourit notre accompagnatrice avant d’ajouter: «Cet aménagement a vraiment été l’élément déclencheur de la mue de notre localité.»

«Avant, le centre était mort le soir»

Les élus sédunois, avec l’aval cette fois-ci et parfois même sur requête des boutiquiers, ont en effet poursuivi sur leur lancée la revitalisation de la capitale valaisanne. «Avant, le centre était mort le soir, il se vidait à l’heure de la fermeture des bureaux. Ce n’est plus le cas aujourd’hui», raconte Fanny Corvaglia. Seuls quelques riverains, aspirant à davantage de calme, se plaignent parfois de ce retour de la vie au cœur de la cité.

Petit arrêt à l’espace des Remparts, une place gagnée sur le parking de la police et pensée comme un salon en plein air. «A la belle saison, les gens s’y installent pour lire, manger, échanger.» Au sol, nous fait remarquer notre guide, une large ligne rappelle qu’il y avait jadis une enceinte à cet endroit. «Du côté intra muros, il y a des pavés roses et de l’autre du bitume gris», précise-t-elle.

La place des Remparts a été pensée comme un salon en plein air.
La place des Remparts a été pensée comme un salon en plein air.

Ici, comme ailleurs dans la vieille ville, point d’équipements luxueux ou tape-à- l’œil, rien d’ostentatoire: les trottoirs ont été simplement effacés, les places de parc pratiquement toutes éliminées, du mobilier urbain et des candélabres installés pour embellir les lieux et ralentir la circulation… Nos pas nous conduisent au carrefour des rues de Lausanne et du Grand-Pont. Pas de pont – la Sionne a été enterrée il y a belle lurette –, mais deux belles artères qu’ombragent de magnifiques façades, restaurées dans les règles de l’art pour la plupart. «La transformation de la cité, par effet ricochet, a aussi incité nos autorités à revoir leur politique en matière de rénovation des bâtiments historiques et contemporains.»

la rue du Grand-Pont avec la Grenette au premier-plan.
La rue du Grand-Pont avec la Grenette au premier-plan.

Au début de notre périple piétonnier, nous avions ainsi pu admirer un magasin des années 60 – les Galeries du Midi – lifté dans l’esprit de l’époque.

Via une rue pentue, nous accédons aux hauts de la ville, à la croisée des chemins qui mènent à Valère et Tourbillon. Réalisée en 2010, la place Maurice-Zermatten s’étale devant nous dans toute sa sobriété monacale, son austérité quasi protestante. Une vaste étendue pavée, un arbre et… voilà! «C’est très épuré de manière à mettre en valeur ce site extraordinaire.» Un panorama en Technicolor et Panavision, avec châteaux et vignobles à perte de vue. Bluffant!

Nous redescendons la colline par un méandre de ruelles. Il s’en dégage comme un petit air d’Italie. La visite se termine («Au revoir, Fanny!»). Pas la mue de Sion («Ce qui a été fait dans le centre, nous essayons maintenant de le propager à l’ensemble du territoire communal.»), ni notre promenade d’ailleurs. Cette localité à la convivialité retrouvée nous a donné une folle envie de prolonger encore un peu cette douce et enivrante flânerie citadine…

© Migros Magazine - Alain Portner

Auteur: Alain Portner